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9 décembre 2010 4 09 /12 /décembre /2010 21:21

eurovision96_VR.jpgDécidément, comme ne cessent de nous le clamer les tenants de la Modernité Décomplexée et Heureuse (MDH®), la France est en retard. C’est ce que je me disais fin 2006 en regardant ce numéro d’Envoyé spécial où l’on montrait comment certaines cliniques espagnoles pratiquaient l’avortement jusqu’à 8 mois de grossesse. Espagnols eux-mêmes sacrément en retard sur les Anglais, qui sans doute vexés de se voir coiffés au poteau de la MDH® par les Ibères, ripostaient un mois plus tard via le Collège Royal des obstétriciens et gynécologues britanniques, qui suggérait carrément l’avortement post-partum, avec cette logique imparable : « Pourquoi pensez-vous qu'on pourrait donner la mort à un bout du "conduit de la naissance" et non à l'autre ? » Ce foie jaune de législateur n’a pas eu les cojones de suivre cet avis éclairé. L’Anglais s’est donc rabattu, tout triste, sur le droit du travail qu’il a achevé de dépecer pour avoir une chance de rester dans la course.

C’était sans compter sur les Pays-Bas. Le Batave, on nous le crie à l’envi, est la quintessence sur pattes de la MDH®. Pensez, il est trop cool le Batave : il se déplace à vélo, fume de l’herbe qui fait rire en faisant des bisous aux gendarmes et met ses prostituées en vitrine, parce qu’au moins, là, on voit la marchandise vachement mieux que sous un réverbère pourri.

C’est donc au pays de la tulipe et du moulin qu’on a écrabouillé les velléités de course en tête des Espagnols et des Anglais, et ce dès 2004. Il s’agissait de proposer l’euthanasie, non pas pour les vieux ni les débiles, ce qui serait limite conservateur, mais pour les enfants. On vota donc, en Batavie, que l’enfant de moins de 12 ans trop malade ou handicapé pour rester digne (retenez bien ce mot, il est l’excuse de toutes les saloperies) pourrait être euthanasié s’il le souhaitait et que ses parents étaient d’accord MAIS aussi, et là on confine à l’indépassable, si l’enfant n’était pas d’accord. Ou si on ne sait pas trop vu qu’il ne peut pas parler. Prenez ça dans vos faces, ringard Anglais, has been Espagnol.

 

 Las ! Voilà que le Suisse, bien que légendairement lent et peu prompt à tenter quelque compétition européenne que ce soit – il a quand même laissé passer 4 éditions de l’Eurovision, c’est dire – s’est réveillé et a contemplé, du haut de ses cimes enneigées, l’état de l’avancée de la MDH® en Europe. Constatant avec un certain dépit qu’il lui serait difficile de faire plus que le Hollandais, qui peut désormais euthanasier de moins neuf mois à l’infini, il décida de faire dans le gore. C’est ainsi que sur les riantes rives du lac de Zurich, l’on vit prospérer l’association Dignitas (vous noterez que décidément le concept de dignité est très en vogue chez le tenant de la MDH®) qui, plutôt que de s’embêter à demander à des médecins de prescrire des barbituriques aux candidats au suicide (un médecin, c’est parfois un empêcheur de mourir en rond), sortit de sa boîte à idées le kit de suicide, comprenant du gaz (hélium) et un sac. Ensuite on allait dans des bagnoles planquées dans les bois filmer les candidats au suicide qui se mettaient la tête dans le sac et agonisaient durant de longues minutes. Les films étaient ensuite envoyés à la justice, afin que celle-ci constate qu’il n’y avait pas meurtre mais suicide.

Croyez-moi ou ne me croyez pas, mais il s’est trouvé des gens pour s’émouvoir et même s’indigner de zurich.jpgcette situation. Surtout quand on se rendit compte que Dignitas (je ne sais pas vous, mais je ne parviens pas à me lasser de ce nom) facturait l’hélium + le sac + l’accompagnement au fond des bois 300 francs suisses (soit 190 euros), les plus riches pouvant se payer le fameux pentobarbital beaucoup plus rapide et confortable au prix de 40 000 francs suisses (25000 euros). Et que les corps incinérés non réclamés étaient balancés dans le lac de Zurich (jolie photo ci-contre de quelques-unes des urnes retrouvées par des esprits chagrins).

Vous conviendrez qu’avec de tels champions, le petit débat ridicule de la France sur les cellules souches embryonnaires fait rigoler la MDH® tout entière. On avait pourtant cru qu’on pourrait être champions, et ce dès 1989, avec l’arrêt Perruche, qui reconnaissait enfin – mais comment avait-on pu vivre en harmonie avant – un préjudice d’être né. Las ! Comme pour les Britanniques et leur avortement post-partum, ce foie jaune de législateur, tout ça tout ça etc.

Heureusement que nous avons les Belges, qui sont comme chacun sait des Français qui mangent des frites en buvant de la bière. Un tribunal belge vient de rendre un verdict qui sauve l’honneur de la MDH® francophone. La cour d'appel de Bruxelles a en effet condamné un hôpital à indemniser des parents au nom de leur fille dont le handicap n'avait pas été détecté lors du diagnostic prénatal. Ils ont estimé que la fillette, née trisomique et lourdement handicapée, avait subi un préjudice indemnisable à hauteur de 30 euros par jour de vie.

Triste mais banal ? Pas tant que ça. Les juges ont en effet estimé que le préjudice, pour les parents (vu que la petite fille est morte en mars dernier à l’âge de 11 ans), était à la fois d’ordre moral… et esthétique.

Vous avez bien lu, esthétique.

Je vous laisse, je vais vomir.

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Published by Nystagmus - dans Société
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commentaires

Marie 16/12/2010 17:46



Je vomis et je pleure également.


Etudiante en médecine, j'ai peur de ces lois qui nous emmènent de plus en plus loin de la défense de la vie.


Et ce ne sont pas les cours de "sciences humaines" qui me réconfortent.


Prions également, pour que la Vie triomphe sur la culture de mort



Ren' 14/12/2010 11:10



Merci pour ce lien vers cette condamnation en Belgique dont je ne savais rien ; je l'ai ajouté aux commentaires de mon blog collectif, en espérant des réactions des quelques belges qui y passent
: http://dialogueabraham.wordpress.com/2010/12/03/la-vie-naissante-en-avent/



Nystagmus 14/12/2010 15:07



Avec plaisir :)



Physdémon 12/12/2010 19:18



Excellent billet.


Il ya quelque chose de douloureux dans votre ironie qui rappelle Jonathan Swift dans "A Modest Proposal". Tant pis si certains ne comprennent pas cette forme d'humour noir. Il me paraît tout
indiqué pour désigner un mal que la majorité ne veut pas voir. Et il requiert autant de courage que d'esprit, ce qui n'est pas peu dire !


Soyez assurée de ma communion de nausée, si vous me permettez l'expression !



Nystagmus 12/12/2010 19:36



Cher Physdémon,


Vous n'imaginez pas le compliment que vous me faites... Ce court opus de Swift, considéré généralement comme le premier exemple d'humoir noir de la littérature, est un peu mon autre bible - je
l'avais même, si vous permettez que je conte ma passionnante vie un instant, intégré au corpus de textes de mon oral du bac tellement j'avais été saisie par la force inouïe de ce texte. Soyez
infiniment remercié d'avoir illuminé ainsi ma soirée!



chevance 11/12/2010 15:23



Excellent, et cette fois je comprends tout -mais je crois qu'il y a une petite erreur sur le premier lien cité,non ?


C'est en tous cas tout à fait normal. On vit dans une société qui trouve normal l'IVG. On sanctionne les gens qui n'ont pas de ticket dans le bus, mais on peut avorter x fois sans que personne ne
vous rappelle à la loi.


Dans 20 ans, les petits papys qui jadis ont fait la révolution de 68 sur l'air de "Il est interdit d'interdire", les petites mamies qui se sont battues pour l'IVG recevront une lettre de la Sécu
qui les invitera à prendre RV pour le jour de leur 80e anniversaire. Ce sera le début gérontocratique du baby boom.


A la Sécu, une charmante dame appelée Océane Dupont-Dutruc recevra la petite mamie ex-militante du MLF en disant : "Voyons, vous avez 80 ans, vous vivez seul, vos enfants sont loin, vous leur
coûtez beaucoup, c'est très mal de peser ainsi sur leurs épaules.. C'est déjà eux qui ont payé votre prothèse de la hanche il y a 3 ans, vu que ce genre de soins n'est plus assumé par nous depuis
que vous avez eu 65 ans. Honnêtement, ils ont en assez bavé avec vous..."


- Oui, Madame Océane, mais que faire ?


- J'ai la solution. Vous prenez RV avec ma collègue Mégane Durand, chez Dignitas, elle vous indiquera comment ne plus peser sur la société.Vous êtes un poids mort, désormais. Une charge pour la
collectivité... Il faut vous y faire. Mourir, c'est pas si terrible. Et Dignitas fait ça très bien, vous ne souffrirez pas du tout... je vous assure...


- Vous êtes sûre ?


- Absolument. Et puis c'est beau de finir en pleine possession de ses moyens, comme jadis Madame Jospin, qui n'a pas voulu être dépendante. Quelle horreur, la dépendance.


- Mais pourtant j'ai cotisé au 5e risque !


- Un peu de dignité, voyons ! Vous n'allez pas maugréer. Il en va de l'équilibre des comptes publics... Et de la paix sociale.


- mais c'est légal, Madame Océane ?


-mais bien sûr.  je vous rappelle que la loi Veil puis Aubry a été améliorée il y a 10 ans devant la montée du péril vieux. On décidé il y a plus d'un demi siècle que le bébé non désiré
était une charge illégitime et donc qu'on pouvait avorter sans être poursuivi en justice, et je suis sûr que vous étiez d'accord à l'époque...


-oui, et j'ai même avorté, en 1983..


-Vous voyez, c'est ce que je vous disais. Donc, depuis la révision de la loi Aubry, on permet aussi que la personne âgée qui n'est pas désirée puisse terminer sa vie dans la dignité. C'est
formidable,non ? Vous vous imaginez, pourrir sur place en devenant vieille ?


- Mais j'ai encore envie de vivre. Et regardez ma voisine, elle a 90 ans, elle vit bien.


- mais c'est différent.Votre voisine paye l'impôt sur le grand âge, environ 60.000 euros par an, grâce à quoi elle conserve son droit à peser sur les comptes sociaux. Et en plus elle est dans la
résidence pour vieux. Si vous pouvez payer, pas de problème. Mais attention, tout retard de paiement entraîne le transfert immédiat chez Dignitas. Et c'est d'un stress...


- mon autre voisine, Madame Zut, a refusé d'aller à Dignitas, elle a disparu.


- oui, c'est différent, elle est catholique. On l'a transférée dans un camp de redressement. Ces catholiques n'ont que ce qu'ils méritent. Ce sont des asociaux. Pensez un peu à la façon
insupportable qu'ils ont eu de s'opposer à l'IVG, qui vous a rendu service. Avez vous envie de finir avec eux dans un camp? En plus, là-bas, on les laisse mourir à leur façon... La déchéance
totale, si vous voyez ce que je veux dire... Sérieusement, voulez-vous être déportée là-bas ?


- Non, Madame Océane...


-Alors, j'appelle ma collègue chez Dignitas ?


- Ben, s'il n'y a pas d'autre solution... oui.


-Dites-moi merci, au moins. Je vous ai épargné une mort horrible.



Nystagmus 11/12/2010 16:14



Savez-vous, Chevance, qu'au moment de publier mon billet, je cherchais une illustration et que c'est l'affiche du film Soleil Vert qui a failli l'emporter?


J'espère rire encore de votre dialogue dans 20 ans! et en rire avec ma mère, de préférence ;)



nicolas 10/12/2010 22:38



L'ironie est toujours subtile sur internet. J'apprécie beaucoup le ton de ton billet et ne comprends pas en quoi il serait peu chrétien. Il n'y a aucun amalgame mais un rapprochement de faits
illustrant une même culture de mort. D'ailleurs sur l'analyse de l'arrêt Perruche, il s'agit bien d'une réparatoin du préjudice d'être né car l'enfant ne pouvait pas naître en bonne santé : il
pouvait uniquement naître handicapé ou ne pas naître... (c'est mon analyse et celle que je présente à mes étudiants...)



Nystagmus 11/12/2010 06:19



Thanks professeur ;)



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