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21 février 2010 7 21 /02 /février /2010 08:10

1156949251.jpgUn danger épouvantable menace les femmes. Alarme, filles d'Eve! Le machisme, toujours à l'affût, nous a rattrapées, et nous tient sans que nous y ayons pris garde sous son joug genré. Heureusement, le tocsin a été sonné, et les écailles tombent de nos yeux et nous voyons enfin l'épouvantable réalité.
Car la réalité, mesdames, c'est que la femme française se voit ramenée au Paléolithique. Le cri de ralliement de l'antique servage a retenti du fond des villes: "Femme, hors de l'entreprise et vaque à tes casseroles!" On veut faire de toi, femme, ma semblable, ma soeur, une mère. Pire: une mère maternante.

La Bête immonde, c 'est bien connu depuis Aragon, a le ventre fécond. La femme aussi. C'est sans doute ce syllogisme qui tient lieu de réflexion à une certaine catégorie de féministes, pour lesquelles la maternité menace fondamentalement, ontologiquement, la femme. Comment en est-on arrivé là?

Dans son dernier ouvrage, Le Conflit, la femme et la mère (Flammarion), Elisabeth Badinter (dont vous n'avez pu échapper à l'omniprésence médiatique que si vous avez précédé, en ce temps de carême, Jésus dans le désert) nous explique que l'on est en train, à coups d'idéologie réac, de renvoyer la femme au foyer afin qu'elle y soit l'esclave exclusive de ce phallocrate de bébé.

Diantre. J'ignorais que je fusse menacée ainsi. Lorsque j'ai pris mon congé parental pour mon premier, puis pour mon second enfant, je croyais naïvement que j'allais pouvoir me reposer de mes grossesses et de mes accouchements, m'occuper de mes enfants comme on ne peut guère le faire en temps normal, prendre du temps pour dormir, faire du sport, allaiter... Mais non. Je ne le savais pas, mais j'étais entré à pieds joints dans le piège tendu par l'autre sexe, cet ennemi héréditaire de la femme.


Soyons sérieux. Les couches et les casseroles menacent la femme? Figurez-vous qu'ils menacent également l'homme. Dans ma génération, nombreux sont les hommes qui rêvent de pouvoir s'arrêter pour s'occuper autrement de leurs enfants. Ceux qui en ont les moyens le font. Les autres - et c'est là que le bât blesse - sont freinés par un point de détial, l'argent. Tant que les hommes seront mieux payés que les femmes - 27% d'écart en moyenne - le vrai choix n'existera pas. Et pourquoi en rêvent-ils, les hommes? Parce que la violence des petits pots et des couches sales leur paraît infiniment plus valorisante que la douceur d'un monde du travail où l'on est pris et jeté comme un kleenex, pour des salaires qui ne décolent pas depuis des années, et où le harcèlement est érigé en modèle de management. Franchement, payé au smic à bac + 5, toujours en cdd renouvelable au bout de 10 ans sur le marché du travail, ça vous fait envie à vous?

Mais revenons à la violence sexiste, qui décidément est à la mode en ce moment puisqu'un fim - à l'affiche de fort bon goût - est sorti il y a quelques semaines. Toujours ce discours archéo-féministe selon lequel il faut libérer la femme, même apparemment consentante, de l'esclavage du foyer. Et la véritable violence faite aux femmes, elle, est passée sous silence.

Cette violence-là est plus sexuelle que sexuée. Petit test: lorsque vous allez de chez vous à la boulangerie, surcasta combien d'images porno (soft ou non) tombez-vous? Personnellement, pas plus tard que ce matin: 5. Entre les pubs de parfum et le buraliste du coin qui ignore jusqu'à l'existence de la loi sur les affiches des magazines pour adultes qu'il déballe sur le trottoir, on arrive vite au compte.

Et pas un talk-show sans qu'un "hardeur" ou une "hardeuse" ne soit invité à donner son avis sur tel ou tel sujet de société ou de politique. Test pris au hasard dans un magazine féminin: "Es-tu une super extra salope, une salope normale ou une coincée ?" 1,   L'orgasme obligatoire et normé, ou la frontière ultime de la libération de la femme. Vite, un biberon et des bigoudis, j'étouffe.

C'est une violence sexuelle plus que sexuée parce que la femme est toujours le premier rempart contre la violation de la dignité humaine. Et quand ce rempart-là saute, l'enfant puis l'homme suivent. Il n'est qu'à regarder la façon dont la publicité maltraite, au-delà du corps féminin, le corps de l'humain en général.


En tant que chrétiens, nous nous doutons bien que le porno n'est pas franchement catho-friendly. Il en est même pour penser que le sexe en général est condamné par la Bible, et que la chute au jardin d'Eden se résume à une histoire de fesse dans laquelle le petit Adam et la petite Eve se sont fait attraper en train de jouer au docteur, au grand dam de Papa Dieu qui les a punis par la maladie et la mort. Breaking news: le péché originel ne parle pas de sexe.

A contrario, une certaine façon de voir le sexe, dont le porno est une manifestation, nous parle, elle, du péché originel. De cette tentation de devenir comme des dieux, comme le sussurait le serpent à l'oreille du premier couple.

Dans la Bible, les interdits sexuels sont listés en Lévitique 18. Je vous mets ici le passage (Lv 18, 6-23, Bible de Jérusalem):

18:6  Aucun de vous ne s'approchera de sa proche parente pour en découvrir la nudité. Je suis Yahvé. 
18:7  Tu ne découvriras pas la nudité de ton père ni la nudité de ta mère. C'est ta mère, tu ne découvriras pas sa nudité. 
18:8  Tu ne découvriras pas la nudité de la femme de ton père, c'est la nudité même de ton père. 
18:9  Tu ne découvriras pas la nudité de ta sœur, qu'elle soit fille de ton père ou fille de ta mère. Qu'elle soit née à la maison, qu'elle soit née au-dehors, tu n'en découvriras pas la nudité. 
18:10  Tu ne découvriras pas la nudité de la fille de ton fils ; ni celle de la fille de ta fille. Car leur nudité, c'est ta propre nudité. 
18:11  Tu ne découvriras pas la nudité de la fille de la femme de ton père, née de ton père. C'est ta sœur, tu ne dois pas en découvrir la nudité. 
18:12  Tu ne découvriras pas la nudité de la sœur de ton père, car c'est la chair de ton père. 
18:13  Tu ne découvriras pas la nudité de la sœur de ta mère, car c'est la chair même de ta mère. 
18:14  Tu ne découvriras pas la nudité du frère de ton père ; tu ne t'approcheras donc pas de son épouse, car c'est la femme de ton oncle. 
18:15  Tu ne découvriras pas la nudité de ta belle-fille. C'est la femme de ton fils, tu n'en découvriras pas la nudité. 
18:16  Tu ne découvriras pas la nudité de la femme de ton frère, car c'est la nudité même de ton frère. 
18:17  Tu ne découvriras pas la nudité d'une femme et celle de sa fille ; tu ne prendras pas la fille de son fils ni la fille de sa fille pour en découvrir la nudité. Elles sont ta propre chair, ce serait un inceste. 
18:18  Tu ne prendras pas pour ton harem une femme en même temps que sa sœur en découvrant la nudité de celle-ci du vivant de sa sœur. 
18:19  Tu ne t'approcheras pas, pour découvrir sa nudité, d'une femme souillée par ses règles. 
18:20  A la femme de ton compatriote tu ne donneras pas ton lit conjugal, tu en deviendrais impur. 
18:21  Tu ne livreras pas de tes enfants à faire passer à Molek, et tu ne profaneras pas ainsi le nom de ton Dieu. Je suis  Yahvé. 
18:22  Tu ne coucheras pas avec un homme comme on couche avec une femme. C'est une abomination. 
18:23  Tu ne donneras ta couche à aucune bête ; tu en deviendrais impur. Une femme ne s'offrira pas à un animal pour s'accoupler avec lui. Ce serait une souillure. 

Ce qui me frappe dans ce texte, c'est qu'il y a un interdit (en 18:21) qui paraît n'avoir rien à faire là. C'est l'interdit de jeter ses enfants dans le feu pour une idole. C'est à mon sens le verset qui donne du sens à tout l'ensemble, le verset sans lequel cette parole ne serait qu'une liste prescriptive à suivre sans comprendre. Avec ce verset 21, le risque est désigné, il s'appelle idôlatrie.  Et c'est là, à mon sens, que le bât blesse. Le porno est une idole, comprenez: une image faite par l'homme devant laquelle l'homme s'incline. Ecoutez Isaie, chapitre 44:

44:14  Il a coupé des cèdres, il a choisi un chêne et un térébinthe qu'il a laissés croître pour lui parmi les arbres de la forêt. Il a planté un pin que la pluie a fait grandir.
44:15  Les hommes le destinent au feu : il en a pris pour se chauffer, il l'a allumé et a cuit du pain. Mais aussi il a fait un dieu pour l'adorer, il a fabriqué une idole pour se prosterner devant elle.
44:16  Il en avait brûlé la moitié au feu, sur cette moitié il fait rôtir de la viande, la mange et se rassasie; en même temps il se chauffe et dit : " Ah! je me suis bien chauffé et j'ai vu la flamme. "
44:17  Avec le reste il fait un dieu, son idole, et il se prosterne devant lui, l'adore et le prie et dit : " Sauve-moi, car tu es mon dieu. "
44:18  Ils ne savent pas, ils ne comprennent pas, car leurs yeux sont incapables de voir, et leur cœur de réfléchir.
44:19  Pas un ne rentre en lui-même, pas un n'a la connaissance et l'intelligence de se dire : " J'en ai brûlé la moitié au feu et j'ai cuit du pain sur ses braises, je rôtis de la viande et je la mange; avec le reste je ferais une chose abominable, me prosterner devant un bout de bois! "
44:20  Il est attaché à de la cendre, son cœur abusé l'a égaré, il ne sauvera pas sa vie, il ne dira pas : " Ce que j'ai dans la main, n'est-ce pas un leurre ? "

Dans cette perspective, oui, il y a du boulot pour libérer la femme. Et le reste de l'humanité avec. 

1 Magazine Ving Ans, avril 2003. Sur ce "test" et sur le matraquage incessant dont les femmes sont l'objet, on lira avec profit ici l'excellente analyse de Michela Marzano, auteur notamment de Malaise dans la sexualité chez PUF.

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