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27 août 2012 1 27 /08 /août /2012 11:35

 

eucharistie.jpgJ'ai lu, mon cher René, avec une attention toute particulière votre réponse à ma réponse. Avec la plume qui vous caractérise, et qui a réjoui les lecteurs de Pèlerin durant tant d'années, vous poursuivez l'échange qui s'est instauré entre nous sur la doctrine catholique en matière sexuelle. Et vous m'interrogez sans détours :

 

« Pensez-vous qu’un non global à la contraception et la préconisation de la méthode Billings soient une réponse à la hauteur de l’enjeu social et humain que cela représente dans des régions du monde comme l’Afrique ou l’Amérique latine ? Vous sentez-vous d’aller expliquer à une femme du Nordeste brésilien qui en est à sa septième grossesse et qui n’a pas les moyens de nourrir ses enfants, que c’est là le don que le Ciel lui envoie pour aider à sa sanctification ? Et que tout usage de contraceptifs serait œuvre du diable ? C’est là une morale de bourgeoisie catholique où l’on a le temps d’observer son rythme biologique et l’impudence de laisser croire à l’ensemble des fidèles que ce serait là la volonté de Dieu. Pas de pays où l’enjeu quotidien est tout simplement de survivre ».

 

Je vais donc vous répondre clairement : oui, je pense qu'un non global à la contraception est une réponse à la hauteur. Parce que la morale sexuelle catholique n'est qu'une partie d'un grand tout. C'est précisément parce qu'ils se battent comme des lions aux quatre coins du globe pour la justice sociale et l'avènement d'un monde meilleur que des catholiques ont vocation à porter en même temps la bonne nouvelle d'une sexualité responsable et respectueuse. C'est parce qu'ils sont, de très loin, les premiers à accueillir et à soigner les personnes atteintes du sida en Afrique – 30% des centres de soins dans le monde, sans compter l'accueil des orphelins, les distributions de vivres et de médicaments aux malades et les campagnes de prévention – que ces mêmes catholiques ont toute légitimité à dire et à redire que la fidélité reste le moyen le plus efficace dans la lutte contre le sida. Je crois et je plaide que la vision catholique de l'Homme est une vision globale, qu'un combat pour la justice qui serait coupé de la morale ne serait qu'un idéal politique parmi d'autres, qu'une morale sexuelle et affective déconnectée de la justice ne serait qu'une coquille vide. L'ensemble du magistère moral, dans lequel la morale sexuelle occupe une place qui n'est pas démesurée, et la doctrine sociale ne sont jamais que les deux faces d'une même idée de l'Homme qui culmine en l'amour que Dieu a pour nous. Déconnectées l'une de l'autre et du Dieu qui les inspirent, ces deux facettes sont peut-être chacune profondément estimables, mais elles sont incomplètes.

 

René, vous me citez le cas d'une femme du Nordeste brésilien qui en serait à sa septième grossesse et n'aurait pas les moyens de nourrir ses enfants pour justifier le recours à la contraception. Cela m'interroge : avec un budget si serré, il faudrait en plus qu'elle achète des contraceptifs, alors que la méthode Billings lui permet gratuitement, en passant 15 secondes de plus aux toilettes le matin, de pouvoir mieux maîtriser sa fécondité ? Elle qui vit, si j'ai bien compris, sous un climat d'une aridité épouvantable, devrait en plus contribuer à pourrir le peu d'eau disponible en relâchant des hormones de synthèse dans la nature, ce qui promet d'être un enjeu écologique majeur de ces prochaines années ? Comment conserve-t-elle ses contraceptifs chez elle dans des conditions optimales pour éviter qu'ils ne perdent de leur efficacité ? Ne sera-t-elle pas tentée d'en faire commerce afin d'améliorer l'ordinaire de ses enfants, ce que toute personne de bon sens et acculée à des conditions de survie, comme vous dites, ferait, moi la première ?

 

« Vous sentez-vous d’aller expliquer à des personnes homosexuelles que ne pouvant avoir accès, par effet de nature, à l’une des finalités de la sexualité : la transmission de la vie, l’Eglise estime, pour leur sanctification, qu’ils doivent ad vitam aeternam s’interdire la seconde : le plaisir et l’épanouissement du couple ! Moi, je ne le ferai pas ».

Là encore, René, j'ai l'impression que vous faites du discours du magistère ce qu'un musulman pourrait faire des interprétations de son école juridique, en classant les choses selon le concept hallal/haram, licite et non licite. Il ne s'agit en aucun cas de vouloir dicter quoi que ce soit à qui que ce soit. Il s'agit de dire qu'il n'existe pas de nature homosexuelle. Ça, je le défends mordicus. Cela ne peut avoir de sens pour nous, chrétiens. Il n'existe qu'une seule nature humaine, une et indivisible dans la complémentarité des deux sexes, quelle que soit par ailleurs la sexualité d'individus éminemment respectables.

 

Ce qui ne signifie pas non plus que l'homosexualité soit pour autant un choix. Les choses ne sont pas binaires ! Écoutons les personnes homosexuelles qui nous disent, qu'elles soient croyantes ou pas, qu'elle n'ont pas choisi d'avoir cette sexualité-là, pas plus que quiconque – et souvent même que si elles avaient pu choisir, il en aurait été tout autrement, compte tenu de la somme de souffrances endurées à cause de cela par ces personnes. Croyons-les. Elles savent de quoi elles parlent. Moi, je crois que l'homosexualité n'est ni un destin, ni un choix. C'est une blessure parmi la foule de blessures humaines de nature très diverse qui nous limitent dans notre rapport à l'autre, tous autant que nous sommes. Désirer une personne du même sexe que soi, ce n'est pas, ce n'est jamais, cela ne peut pas être le signe que l'on est quelqu'un de « limité », « handicapé de la relation ou du bonheur », « incapable d'aimer en vérité », comme on a pu me reprocher de le sous-entendre – et si vraiment je me suis exprimée de manière à laisser penser que je voyais les choses comme cela, mille pardons. Par contre, oui, l'acte homosexuel en soi est limité – ce qui ne signifie aucunement que l'acte sexuel entre deux personnes de sexe différent transforme comme par magie ceux qui le pratiquent en champions de l'altérité, loin, très loin de là - et beaucoup de personnes qui éprouvent ce désir en sont conscientes (voir par exemple le second témoignage dans cet article). On se moque souvent, en-dehors et parfois même à l'intérieur de l'Eglise, de ce que de nombreux prêtres ou moines se sentent homosexuels. Y a-t-il là matière à rire ou à réfléchir ? Pourquoi ne ferions-nous pas confiance à ces personnes sans partir du principe que ce sont des frustrés ou des faibles incapables de s'assumer, pour qui le sacrement de l'ordre serait une « planque », mais des gens qui ont senti en eux un appel à la continence dans le Christ ?

 

Et à tous ceux qui vivent en couple, qui sont fidèles à leur conjoint de même sexe ou qui, dans un second mariage après un divorce, essayent comme chacun d'entre nous d'unifier leur foi et leur vie de tous les jours, je dis avec force : non, l'Eglise ne vous exclut pas. Le jeûne eucharistique à laquelle elle nous invite tous lorsque nos actes ne nous rapprochent pas davantage du Christ ne nous jette pas du côté d'hypothétiques impurs, mais nous offre au contraire de communier plus étroitement avec tous ceux qui, de par le monde, souffrent de famine eucharistique, qui ne peuvent matériellement communier au Corps et au Sang du Christ, faute de prêtres ou à cause de persécutions ; avec tous ceux qui ne connaissent pas le Christ et n'en sont pas moins des témoins pour l'humanité. Portons la tête haute et avec fierté cette faim eucharistique qui signe mieux que n'importe quoi d'autre le fait que nous ne revendiquons pas le sacrifice de Jésus comme un droit mais comme une grâce. Soyons pour tous nos frères qui communient par habitude, sans s'interroger sur le sens de ce à quoi ils s'engagent en le faisant, l'interrogation vivante de leurs propres contradictions, comme ce jeune homme inconnu qui s'est avancé un dimanche dans la file des communiants bras croisés sur la poitrine et qui m'a convertie. Soyons des saints, en quelque sorte, que nous communiions ou pas.

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Published by Nystagmus - dans Catholicisme
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commentaires

Bécasse 25/01/2013 22:35

Je découvre ce blog avec joie ! Merci de votre courage pour dire la Vérité... Je signale juste au sujet de l'exemple de la femme du Nordeste brésilien, que Soeur Thérésa, en Inde, parlait de
Billings à des femmes dont la situation socio-économique devait être comparable. Avec de jolis mots : "quand la terre est humide, elle est fertile". Elle n'a jamais changé d'avis et toujours
continué à enseigner cette méthode naturelle, je suppose que si cela s'était révélé sans résultat, elle aurait eu le bon sens de changer de méthode. Et elle ne manquait pas de bon sens ;)

Cha 16/09/2012 23:01


Merci pour cet article.


Et pour continuer dans les témoignages, bien que sans contraception, mariée avec un homme, ça m'est arrivée d'aller voir Jésus les bras croisés sur moi, car je n'étais pas dans les bonnes
dispositions pour recevoir le Corps du Christ.


 

Charles-Marie 03/09/2012 11:16


Heureux les invités au repas du Seigneur,


Pour m’avoir invité, merci du fond du cœur !


Mais Seigneur, mon habit est sale et rapiécé.


J’en voudrais bien un neuf, je voudrais m’efforcer


De revêtir pour toi l’habit blanc de la fête.


Hélas, sur ma maison, secousses et tempêtes


Sont passées, ont rendu l’accès bien trop étroit


Pour retrouver l’habit qui est digne de toi.


 


Je ne puis donc, Seigneur, t’offrir en ce moment


Pour ton Saint Corps mon corps en temple très aimant


Et faire ainsi grandir en moi la Charité


Que tu es, ô Jésus, de toute éternité.


 


Toi, Seigneur, tu sais tout, tu sais bien que je t’aime,


Et à qui dans l’Amour demeure c’est toi-même


Qui plantes dans son cœur la tente où tu résides,


Et fais jaillir ton eau, si pure et si limpide.


 


D’une parole, ô Dieu, envoie ton Saint Esprit


Changer mon cœur figé pour qu’il écoute et prie !


Qu’en t’aimant toujours plus, la soif qui me tourmente


Annonce le Salut à mon âme souffrante !


 


Que toujours je désire abreuver mon palais,


Boire à la Source ouverte pour nous à jamais !


Que je sois attiré par le Sommet béni


Où je verrai ta face et ta gloire infinie !


 


Qu’à l’heure favorable et peut-être dernière


J’atteigne le sommet de ma vie tout entière,


Je sois empli des eaux de la source d’eau vive,


Guérisse de ma lèpre et, bienheureux convive,


Robe blanche enfilée, je m’attable et festoie


Pour l’éternel repas donné par notre Roi !

Philarête 29/08/2012 23:04


Ce commentaire s'adresse au n° 18 ci-dessus, signé de Pierre Emmanuel Bonhomme.


 


Je trouve votre ton inutilement agressif, et votre argumentation un peu confuse. Quelle curieuse idée, d'abord, de mélanger homosexualité et intersexualité! On a l'impression que pour vous
l'homosexualité est du même type (voire la même chose) que l'hermaphrodisme, qui est une anomalie physique: c'est quand même une drôle d'idée!


S'il est vrai que certaines formes d'intersexualité tendent à induire une homosexualité supérieure à la moyenne, ce n'est pas le cas de toutes les formes, et évident pas, dans une écrasante
majorité, de tous les homosexuels!


Ensuite, j'aimerais bien savoir si vous savez, vous, combien d'enfants intersexuels sont opérés chaque année: les chiffres varient du simple au décuple, voire au centuple, selon les sources! On
ignore aujourd'hui la prévalence de plusieurs formes caractérisées d'intersexualité, et la plupart des opérations sont pratiquées, de toutes façons, à l'insu des parents.


Et puis c'est une curieuse idée aussi de prendre l'image des gens qui croyaient que le soleil tourne autour de la terre: car, contrairement à ce que vous dites, c'est bel et bien cela,
«l'évidence»! Rien de moins «évident» que l'héliocentrisme – et c'est souvent cela qui arrive avec la science… De fait, en matière d'homosexualité, la seule «évidence» actuelle, c'est qu'on ne
sait pas vraiment l'expliquer, et qu'en tout état de cause aucun savant n'accepte aujourd'hui de parler d'une «nature homosexuelle»… De toutes façons, aucun savant ne se hasarde aujourd'hui à
parler tout simplement de «nature», ce n'est pas un mot qui présente un sens suffisamment clair pour intervenir dans une discussion scientifique.


Fallait-il donc convoquer le spectre de l'Inquisition pour aligner autant d'erreurs mêlées à tant de platitudes?

Marie 29/08/2012 18:47


Merci Natalia, et merci Anne, pour vos témoignages. Vraiment, je suis admirative de vos démarches, en toute sincérité, de l'amour de Dieu qui s'en dégage et de la force de votre attachement à
Lui, loin du qu'en-dira-t-on.


Ton billet m'a poussée à approfondir des questions que je me pose depuis un certain temps et qui ont nourri plusieurs discussions avec des prêtres et des confesseurs. Au-delà de la dichotomie
droit de communier / pas le droit de communier, il y a pour moi quelque chose de beaucoup plus intime qui se joue, de l'ordre du cœur-à-cœur avec le Christ. Pourquoi vais-je communier? Au début,
j'y allais parce que tout le monde y allait, et, à partir du moment où j'étais "canoniquement en règle" avec l'Église, ça me semblait aller de soi. Il y a eu ensuite des messes où je me suis
demandé si j'étais vraiment dans de bonnes dispositions pour aller communier. Dans toutes ces interrogations, j'ai vécu au fond de moi-même le fait que je recevais Dieu, Jésus-Hostie, et que, si
cela ne guérissait pas mes blessures du moment, le fait de communion contribuait à les apaiser, à m'aider à repartir de la messe un peu plus emplie de la force divine qu'au début. J'ai également
pris conscience du fait que je ne communiais pas uniquement pour moi mais pour le Christ, et plus précisément pour la relation qu'Il veut instaurer avec chacun d'autre nous chaque fois qu'un de
ses fidèles le reçoit. C'est pour ça que, avec mes faiblesses et en sachant que nous ne comprendons réellement tout ce que signifie le mystère de l'Eucharistie et de la communion que dans l'autre
vie, l'idée de faim eucharistique m'interroge. Parce que la participation à l'Eucharistie est une grâce et non un droit, elle peut rapprocher du Christ et porter du fruit, même quand nous nous
sentons indignes de la recevoir. Ce sont là uniquement des réflexions personnelles, tirées de mon expérience et que je ne veux en aucun cas imposer à tous, mais que ton billet m'incite à
partager.


Pour toutes ces raisons, plutôt que de poser le débats en termes d'interdits (ce que fait encore le Droit Canon), il faudrait plutôt une catéchèse solide sur le sens de la communion, non pas un
exposé doctrinal sec mais une porte qui s'ouvre vers la compréhension de ce mystère, qui permettrait à chacun un discernement et une méditation profonde sur ce geste que nous faisons parfois
machinalement, pour éclaircir les raisons qui nous poussent à communier ou à ne pas communier et entrer un peu plus dans la compréhension de ce mystère que le Christ nous a légué.

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