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18 juillet 2012 3 18 /07 /juillet /2012 10:44

KitInjectionFrançois Hollande l'a dit hier : il y aura « concertation » et « débat » en ce qui concerne l'euthanasie. Je cite La Croix :

« Faut-il aller plus loin, notamment dans les « cas exceptionnels où l’abstention thérapeutique ne suffit pas » à soulager un patient aux prises avec une « douleur irréversible »  ? Faut-il dans ce cas avoir recours à un « acte médical, assumé, au terme d’une décision partagée et réfléchie » ?

 « Poser cette question, c’est ouvrir une perspective qui, en elle-même, entraîne un débat. Et les questions sont multiples : à quel moment l’issue peut-être considérée comme fatale ? Comment évaluer le caractère insupportable d’une douleur ? Comment recueillir le consentement d’un patient et s’il ne peut être obtenu, sur quel autre fondement peut-on prendre cette décision ? » , s’est interrogé le président de la République, en affirmant que ce débat « noble et digne »  devait être abordé dans « l’apaisement et en refusant la caricature et la polémique ».

Certains, comme l'estimable René Poujol, à qui l'on doit une remarquable lettre sur le sujet, y voient une évolution positive du discours présidentiel, et l'assurance que toute loi établissant la pratique de l'euthanasie en France sera précédée d'un consensus. Mazette. Je ne sais si je suis d'un incurable pessimisme, mais je ne parviens pas à me réjouir.

Le débat et la concertation, je suis pour. A mort, si j'ose dire. Que l'on ne prenne pas de décisions graves, sur les finances publiques, sur l'avenir de l'Europe, sur le nucléaire, sans que les citoyens n'aient leur mot à dire, très bien, parfait, encore.

Mais un débat sur l'euthanasie ?

Peut-être que je vis dans un autre monde. Mais, voyez-vous, un de mes premiers souvenirs de la vie publique, c'est Robert Badinter à la tribune de l'Assemblée lavant cette tache rouge sur le drapeau français : la peine de mort. Les sondages n'étaient pourtant pas contents, si j'en crois mes souvenirs. Mais la noblesse du politique, c'est précisément de ne pas céder aux sirènes du populisme en disant : ici, s'arrête mon rôle, et commence quelque chose qui ne m'appartient pas. La vie d'autrui en fait partie.

 

Car, comme le rappelle opportunément l'ancien ministre de la Santé Claude Evin aujourd'hui dans Le Monde :

« Nommons les choses par leur nom. Se prononcer en faveur de l'euthanasie consiste désormais à vouloir légaliser l'injection létale de barbituriques et de curares. Il s'agit en pratique d'exiger du personnel soignant qu'il donne activement la mort, c'est-à-dire qu'il arrête le cœur du malade pour traiter sa souffrance ».

 

Si débattre de l'euthanasie est du champ du politique, remettons en débat la peine de mort. L'usage de la torture dans l'obtention des aveux. Débattons donc autour d'un drink de l'opportunité ou non de laisser vivre les enfants lourdement handicapés. Invitons Tariq Ramadan à expliquer dans des réunions citoyennes le bien-fondé d'un moratoire sur la lapidation des femmes adultères dans l'islam.

 

Je dois être une affreuse réac, mais il est des choses dont on ne débat pas.

 

Attention, il ne s'agit pas de nier le vrai, le réel, l'insoutenable problème de la souffrance en fin de vie. Mais l'idée de barbecues citoyens on l'on échange fraternellement (et « sans polémique », mon Dieu, « sans polémique »!!!!) sur l'opportunité ou pas de débrancher Mémé et à quel stade, sur l'évolution de sa dignité proportionnellement à sa consommation de couches, ça a un petit air de barbarie souriante et policée qui me glace d'effroi.

 

Mémé, on la soigne, on l'entoure, on dépense collectivement des sommes folles pour qu'elle souffre le moins possible, on l'accompagne comme on peut, avec ce que ça comporte de souffrance pour tout le monde, de sacrifices pour la collectivité, et quand elle ferme les yeux sans qu'on ait regardé sa montre, on a tous grandi en humanité.

 

Le ''débat citoyen'' est une arnaque. Vous ne me croyez pas ? Ouvrez donc votre poste de radio, quelle que soit la fréquence : toutes les radios généralistes ont une tranche où les auditeurs réagissent à l'actualité. Allez donc voir sur internet comment se déroule un ''débat'' . Nous vivons dans une société où les gens n'ont aucune idée de ce que c'est, sinon pérorer avec le ressort intellectuel d'un coucou mort au fond d'un tonneau de bière sur des sujets plus graves les uns que les autres. Vous ne me croyez pas ? Récemment, sur un forum de mamans, à propos de l'avortement : « Défendre la vie ? Mais un fœtus c'est qu'un tas de cellules !!! Pourquoi pas défendre le droit à la vie d'une tumeur tant que t'y es !!! Et tous les spermatozoïdes qui meurent à chaque éjaculation, tu les recueilles, aussi ? » (''argument'' liké 165 fois). Ou sur la page FB de la Banque alimentaire du Vaucluse, qui a accepté le don d'un abattoir de taureaux morts dans une corrida : « Serait-il raisonnable de bouffer les cadavres des milliers de personnes qui meurent tous les jours? Puisque vous allez dans ce sens, c'est aussi de la viande, et après tout selon vous on a le droit de manger du cadavre...bouffons de l'humain, stop au gaspillage! »

 

Qu'implique un débat ? Que ses participants sachent penser. Or, désolée de vous l'apprendre, mais collectivement nous ne savons plus penser. Sous le triple effondrement des différences fondatrices que sont la différence des sexes, la différence des espèces et la différence des générations, le débat aujourd'hui se résume à une empoignade tripes contre tripes, où chacun veut que sa souffrance, son parcours singulier, sa perception des choses ait force de loi.

 

La seule chose que ce débat changera, c'est que la future loi sur l'euthanasie aura la légitimité d'avoir été débattue.

 

Vous verrez.

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Published by Nystagmus - dans Société
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commentaires

publicain 07/09/2012 11:04


Bonjour et bravo pour cet article.


Le problème n'est il pas dans notre système politique qui permet à 51% d'imposer ses choix à 49%...

Esclarmonde 27/08/2012 17:33


Je me suis toujours trouvée gênée puis carrément contre l'euthanasie, d'instint, sans savoir pourquoi.


Mais depuis que j'ai trouvé cette info, je sais pourquoi !! On a affaire à
un projet de société à la "meilleur des mondes", glaçant !

Nystagmus 27/08/2012 17:41



Oui, c'est glaçant. Et ça va au-delà de ce qu'on peut imaginer. Comme je vois que vous êtes en train de prendre à rebours les billets de mon blog (ce qui me fait très plaisir), si vous ne vous
lassez pas avant, vous finirez par tomber sur un billet intitulé "Belgium, one point".


Enjoy :)



Sam Hocevar 11/08/2012 18:21


"Se marier n'est pas un droit non plus Ou alors trouvez-moi l'article qui le précise."


Ceci ne laisse rien augurer de bon sur la qualité du reste de vos recherches.  Avez-vous déjà entendu parler de l’article 12 de la Convention de sauvegarde des droits de l'homme et des
libertés fondamentale, ratifiée par la France en 1974 ?

Nystagmus 11/08/2012 19:29



Vous avez raison, j'ai répondu trop vite: "A partir de l'âge nubile, l'homme et la femme ont le droit de se marier et de fonder une famille selon les lois nationales régissant l'exercice de ce
droit".


Merci de votre vigilance :)



DM 23/07/2012 08:40


@Nystagmus: Je m'aperçois que la fin de mon message a sauté, emportant la question posée.. qui est


« Dans une démocratie, où il n'y a pas d'autorité transcendante pour trancher des questions éthiques, comment voulez-vous en traiter sans débat ? »

Yogi 22/07/2012 21:41


@ Nystagmus : Vous faites erreur. Merci de ne pas proférer d'accusation
sans fondement.

@ chiaroscuro : Certes la vieillesse précède souvent la mort. Mais vous
noterez que l'aménagement prévu à la loi ne fait pas référence aux
"personnes âgées" mais aux personnes en "souffrance physique ou psychique
insupportable et qui ne peut être apaisée". C'est donc bien mon exemple qui
reflète le mieux le problème posé, et non celui de Mémé qui attend
paisiblement la fin, et qui est mise en avant à des fins manipulatoires.

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