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19 juillet 2012 4 19 /07 /juillet /2012 10:31

pass-contraception-copie-1.jpg(Où il est fait suite au billet précédent, donc).

 

Nous touchons là, de fait, au cœur de l'arnaque. A la confusion entre liberté et droit. Confusion savamment entretenue, et pour cause, par les défenseurs de l'euthanasie. L'être humain, quels que soient son âge, sa situation économique, sanitaire, psychologique, a-t-il la liberté de mettre fin à ses jours ? Oui. Absolument. Depuis 1810, notre code pénal ne prévoit aucun châtiment pour celui qui attente à sa propre vie, pour peu qu'il n'ait pas mis en danger celle d'autrui en même temps.

 

Mourir, faut-il le rappeler, n'est pas un droit dont certains seraient privés. On n'a pas eu vent de manifs d'immortels réclamant, Duncan McLeod à leur tête, le droit de mourir. Mourir avant l'heure, en revanche, est une liberté dont certains usent – au grand dam, d'ailleurs, de la société lorsqu'il s'agit de jeunes. Mais voilà, l'homme moderne veut mourir dans la dignité, et il en fait un droit. A l'autre bout de la planète, une certaine Mère Teresa se battit pour quelque chose comme cela : le droit de mourir, même indigent, dans des draps propres, en tenant la main d'une religieuse, en sachant qu'on serait pleuré au moins par elle, et que sa dépouille serait traitée avec respect. Transposé chez nous, ce droit à mourir dans la dignité est devenu le droit de voir une commission médicale croiser différents facteurs, de votre état de conscience à votre état physiologique, en passant par le coût pour votre famille et la société, avant d'appuyer sur le piston d'une seringue létale.

 

Ouah, trop top, ce nouveau droit. Ça, c'est de la dignité ou je ne m'y connais pas.

 

Car le deuxième volet de l'arnaque, c'est que si ma liberté fondamentale de mettre fin à mes jours est concédée à un tiers, ce n'est plus un suicide. Ça s'appelle alors un homicide, et la question de mon consentement n'y change rien. Ma liberté devient alors mon droit de me faire tuer. Beau progrès, vraiment.

 

On m'objectera, comme cette autre commentatrice : « on vous opposera toujours ici cet argument de la liberté: le condamné à mort est exécuté sans l'avoir voulu, quelqu'un qui réclame l'euthanasie pour lui-même exerce sa liberté. Alors nous sommes d'accord , "la liberté, pour quoi faire?", seulement je me permets de vous faire entendre cette réponse que j'entends si souvent. Qu'on pourra aussi vous formuler ainsi: "D'accord c'est terrible de débrancher mémé si elle n'a rien décidé, mais... si mémé veut?"

 

Hé bien, Mémé a le droit de vouloir mourir. Elle a le droit de penser que sa vie ne vaut plus la peine d'être vécue. Mais elle n'a pas le droit de me contraindre à penser comme elle. Et surtout, elle n'a pas le droit de demander à qui que ce soit de porter la responsabilité de son choix de mourir à sa place. Elle n'a pas le droit d'avoir un droit au suicide assisté, même s'il paraît justifié au possible. Elle a le droit plein et entier, en revanche, de s'entendre dire : « Non, Mémé, tu n'as pas le droit, car non seulement moi, mais la société à laquelle tu appartiens pleinement, à laquelle tu apportes par ta présence depuis tant d'années, nous pensons que ta vie vaut la peine jusqu'au bout, et que personne n'a le droit de te dire le contraire. Et moi, aidée par cette société et par les moyens considérables dont elle dispose pour soulager ta souffrance, je vais t'accompagner jusqu'au bout, quoi qu'il en coûte, parce que ta douleur ne te rend pas moins digne de vivre ».

 

Pas facile, certes. Mais il est totalement illusoire de penser que tuer quelqu'un qui le souhaite est plus aisé. Je demande donc solennellement à ce que l'on respecte mon droit à moi de ne pas me trouver dans la situation épouvantable d'avoir à accéder à la demande de mémé parce que la société pense qu'elle a raison de se considérer comme inutile.

 

Et puis zut. Si mourir c'est un droit, pourquoi le réserver aux vieux ?

 

Il se trouve que le suicide, dans notre société, fait l'objet de campagnes de prévention, car on estimait jusque-là – mais c'est sans doute vieux jeu – que le suicide d'une personne était un drame pour la société entière. Si cela devient un droit, soyons logiques, vraiment logiques :

 

 - Abandonnons la date du 5 février, ''Journée nationale de prévention du suicide'', et remplaçons-la par une Journée du droit à mourir.

 - Retirons le statut d'associations d'utilité publique à toutes les ONG qui se battent contre le suicide des jeunes.

 - Créons un Pass'Euthanasie, qui sera délivré en même temps que le Pass'Contraception aux lycéens, et qui contiendra un bon gratuit pour une injection de Penthotal.

 - Affectons les lignes budgétaires consacrées à la prévention à une association, qu'on pourrait appeler le Planning Létal, qui pourrait vous fournir en toute discrétion de quoi mettre fin à vos jours, sans que votre famille soit au courant.

 - Militons pour que les sans-papiers aient accès à ce droit dans le cadre de leur aide médicale d'urgence.

 - Envoyons des intervenants dans les écoles pour expliquer aux enfants que personne, non, personne n'a le droit de les contraindre à vivre, et que le cas échéant, ils trouveront un médecin qui pourra parler à leurs parents si ceux-ci font de la résistance.

 - Lors des cours d'instruction civique, expliquons gravement aux collégiens que tenter d'empêcher le copain dépressif de se suicider est une atteinte à son droit fondamental de mourir.

 - Remplaçons les bénévoles de SOS-Amitié par un disque vous indiquant le centre d'euthanasie le plus proche.

 - Réhabilitons la mémoire de Roch Thériault, le gourou québécois qui s'amusait à mutiler ses adeptes, enlevant un bout d'intestin par-ci, une main par-là, castrant tel disciple, abusant de tel autre. Ben quoi, ils étaient consentants !

 

Est-ce vraiment la société que nous voulons ?

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Published by Nystagmus - dans Société
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commentaires

villa deste 10/05/2013 08:36


Merci pour ce super site a tres bientot. 

Lalala 13/08/2012 11:18


Il me semble que cette article mélange un peu tout : suicide, homicide, euthanasie, souffrance, agonie... C'est un peu facile de mettre tout cela sur le meme planier. Et comme souvent chez les
opposants à l'euthanasie, on utilise des phrases toute faite, des principes, tout cela est très bien en théorie, mais ça me semble completement désincarné.


Le simple fait que ton exemple le plus concret soit celui de "mémé qui croupis dans son mourroir" me fais dire que tu n'a peut-être encore jamais été confronté a des situations de proche en fin
de vie, atteint par exemple de maladies incurables. Je sais bien qu'une loi doit se séparé de toute passion et émotion, mais pour un sujet comme cela il me semble important de bien être au
courant de ce qu'est, concretement, une personne en fin de vie.


Tu parles du fais que la souffrance fais partie de la vie et qu'il ne faut pas chercher à la fuir de manière lache. Je voudrais emmettre une grosse nuance : si je me casse une jambe, je souffre,
mais j'endure car je sais que demain sera meilleurs et que la souffrance se calmera. C'est en general le principe de la vie, on surmonte et on endure parcqu'on a l'espoir que demain sera
meilleurs. Dans le cas dont on parle, cette souffrance c'est l'agonie, et l'agonie, elle, a cela de particulier qu'elle ne connaitras pas de lendemain plus doux, chaque jours sera pire que le
precedent et ce jusqu'à la fin. (c'est dans ses cas là, et uniquement, selon moi, que se pose la question de l'euthanasie)


Et quand tu parles de "toute" les techniques qui existes pour "soulager" le malade je ris doucement! Il s'avère que dans bien des cas, la souffrance ne peu plus être apaisée car les doses de
calmant sont à leur niveau maximal et en donner plus serait à coup sûr provoquer la mort du patient...Voilà donc que sur la base d'un principe théorique on laisse les gens agoniser dans la
souffrance, principe derriere lequel on s'abrite pour s'eviter de "porter la responsabilité de donner la mort". Qui donc de celui qui veut laisser vivre ou aider a mourir est le plus lâche?...


Aider un proche à l'agonie à "passer de l'autre côté" me semble être la plus belle preuve d'amour qu'on puisse lui faire. Parce que cela necessite la plus grand empathie du monde, et que cela
implique d'accepter l'idée que la personnes qu'on a connu n'est déjà plus vraiment là, que tout ce qui en faisait la personnes qu'on connait et qu'on aime a disparu, shotté aux calmant h24,
naviguant dans les eaux troubles entre vie et mort. Laisser partir c'est le vrai acte de courage, s'accrocher comme une bête a des faibles signaux de vie, c'est comprehensible mais finalement
assez egoiste.


Par ailleurs je ne crois pas une seule seconde a l'argument qui dirait que les gens en abuserait par "confort" pour eviter de s'embetter trop longtemps avec des vieux mourrant. C'est absurde et
c'est prendre les gens pour des insensibles decerebrés. Personnelement je ne connais personnes autour de moi qui serait capable de prendre cette decision à la légere et je ne penses pas être
entouré de gens specialement plus intelligent et sensibles que la moyennes...


Bref les grand principes c'est bien, mais regarder les choses en face et savoir de quoi on parle c'est bien aussi.

Nystagmus 13/08/2012 11:54



:D bien sûr, je n'ai aucun proche en fin de vie ni malade. Normal: je suis un robot. Pour info, j'ai accompagné pendant quatre ans ma grand-mère durant son agonie. Et quand je dis accompagnée, je
veux dire que j'allais la voir au minimum tous les deux jours, que je l'ai aidée à rester le plus longtemps possible chez elle, sauf les 15 jours à la toute fin où une occlusion intestinale a
fait qu'elle a dû être hospitalisée, que je l'ai changée, lavée, ai géré ses urines et ses selles, le lien avec les personnels médicaux et par-dessus le marché elle avait un Alzheimer profond. Et
ce que j'ai vécu avec elle durant ces années, j'en suis fière peut-être plus que n'importe quoi d'autre.


Pour ce qui est de la souffrance qui ne peut plus être soulagée "dans bien des cas", c'est faux. Et ce que vous dites des doses de "calmants" (antalgiques serait peut-être plus exact) qu'on ne
peut plus donner sans provoquer la mort du patient, je vais vous dire un secret: c'est faux aussi. Parce que c'est déjà légal. Ca s'appelle la loi Leonetti, qui permet justement ce geste. Et
c'est une très bonne chose. C'est là que je vous rejoins effectivement: mieux vaut savoir de quoi on parle.


L'euthanasie est bien différente. Je prépare prochainement sur ce blog l'interview d'une responsable d'une unité de soins palliatifs. Si vous avez des questions que vous aimeriez que je lui pose
de votre part, je le ferai avec grand plaisir :)


Quant à l'argument du confort, n'y croyez pas, c'est votre droit: mais si vous regardez le bilan de 10 ans d'euthanasie en Belgique, par exemple, c'est déjà ce qui s'y passe :
http://plusdignelavie.com/?p=1891#_ftn3 . Et des résultats similaires sont observables en Hollande. Que je sache, les Belges ni les Hollandais ne sont plus affreux que nous.



DM 25/07/2012 17:08


@Kezako: Le lien est que dans les deux cas, on a interdit la diffusion d'informations factuelles et fiables (sur la contraception, avant la libéralisation légale de celle-ci, sur le suicide,
après le scandale du livre Suicide, mode d'emploi) sur la base de principes moraux inspirés par la religion catholique (et d'autres principes, par exemple qu'on voulait favoriser la
natalité, y compris par des grossesses non désirées ou accidentelles).


Sur la diffusion d'informations fiables, je n'ai pas d'opinion bien définie. Il y a des arguments pour : éviter que des gens ne choisissent, par ignorance, une mort très douloureuse ou qui les
laisse gravement invalides. Ceci mériterait réflexion, mais j'ai cru comprendre que ce sujet serait considéré comme trop obscène pour mériter débat.

Kezako 25/07/2012 08:30


@DM: J'aimerais que vous alliez au bout de votre raisonnement. Pensez-vous que ce serait une avancée d'informer les gens sur les méthodes de suicide les plus "fiables"? Quel lien établissez-vous
entre la contraception et le suicide?

Yogi 22/07/2012 21:42


@ Nystagmus : Vous faites erreur. Merci de ne pas proférer d'accusation
sans fondement.

@ Antoine : "Car après toute souffrance accueillie, la vie jaillit". Non.
On parle ici de "personnes majeures en phase avancée ou terminale d’une
maladie incurable provoquant une souffrance physique ou psychique
insupportable et qui ne peut être apaisée". Il me paraît insultant et
inhumain d'imposer à quelqu'un de rester dans une souffrance INEVITABLE
comme vous dites et dont la seule issue possible est FATALE. Pourquoi
souhaiter prolonger cette souffrance le plus longtemps possible, la réponse
à cette question ne m'apparaît pas clairement.

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