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11 décembre 2010 6 11 /12 /décembre /2010 10:13

a-clockwork-orange-1971.jpgLa lecture des nouvelles du monde recèle de véritables délices, décidément, ces jours-ci. Voilà-t-il pas en effet que l’AFP nous informe que la commission européenne s’indigne des « tests phallométriques » pratiqués par les autorités tchèquessur certains demandeurs d’asile. Diantre ! me suis-je dit à la lecture de ce titre accrocheur. Ne me dites pas que l’on mesure le kiki des messieurs et que l’on renvoie se faire buter dans leur pays ceux qui n’entrent pas dans la fière norme tchèque. Hé bien… si. Quasi.

Il s’agit en fait, et que le cerveau qui a imaginé cela soit célébré dans les siècles des siècles, de juger de la fiabilité des dires des demandeurs d’asile. Imaginons que vous soyez, au hasard, un Ougandais ou un Iranien homosexuel. Imaginons en outre que, fatigué de risquer la prison ou la mort à cause de votre tendance homophile, vous décidiez de demander l’asile à un pays à la législation plus clémente. Vous voici donc dans un centre de demandeurs d’asile en République tchèque. Vous remplissez des papiers. Arrive un(e) fonctionnaire.

 « Pourquoi demandez-vous asile chez nous ? »

- Parce que je suis homosexuel et donc menacé de mort dans mon pays »

- Mmhhh. Très bien, on va vérifier tout ça. »

On vous emmène donc dans une pièce munie d’un écran télé. On vérifie au préalable que le fait d’être entouré de policiers et d’un « sexologue professionnel » ne vous file pas une érection avant même le début du test, petit pervers. On vous demande donc de vous mettre, sinon nu (les sources d’information sont muettes là-dessus) du moins dans une tenue permettant de juger de l’érectilité de votre appendice. Flics et toubibs vaquent dans une ambiance très administrative, chacun à son occupation, les flics à la sécurité, les toubibs à votre virilité.

Sur l’écran de télévision, apparaît alors une séquence de film pornographique hétérosexuel. Votre mission est donc de ne pas bander. J’imagine bien entendu que le « sexologue professionnel » dispose de données précises et objectives sur le temps minimum requis de non-bandaison pour être classé définitivement comme homosexuel devant le spectacle réjouissant d’une demoiselle subissant les assauts de mâles en ayant l’air de trouver ça formidable.

La Commission européenne s’est donc indignée, et je m’indigne avec elle. Car en plus d’être surréalistement irrespectueuse, cette « procédure » est aberrante sur le plan de l’efficacité. Il existe en effet, je sais c’est incroyable, des êtres qui ne sont pas excités, même involontairement, par la pornographie. Il existe aussi, et cela semble difficile à penser pour les auteurs de cette mesure, des gens dont la sexualité ne peut se résumer à une tendance homosexuelle même si cette tendance est principale. Hé oui, la sexualité, c’est beaucoup plus compliqué que de bander ou pas devant un porno. Admettons en outre que vous ne soyez rien qu’un salaud de pauvre venu en Tchéquie pour ne pas crever de faim, pas homo pour deux sous, atteint de priapisme la plupart du temps et que le sexologue vous mette justement votre porno préféré. Sachant qu’on vous observe et que le résultat de ce test suffise à vous renvoyer à votre crevage de faim bien de chez vous, vous banderiez, vous ? Et les lesbiennes, alors ? On fait quoi ? On leur fait compulser le calendrier des Dieux du Stade avant de vérifier le taux hygrométrique dans leur culotte ?

Et pourquoi ne pas pousser le test plus loin? Un film, ça ne remplace pas une professionnelle assermentée, qui jurerait devant le tribunal administratif que non, monsieur le Juge, c'est juré, même mis en bouche, le pénis clandestin n'a pas frémi.

Abjecte mesure qui montre, au-delà du mépris des personnes, à quel point nos pays occidentaux sont démunis et désarmés devant l’afflux de réfugiés. Oui, la Commission européenne a eu la bonne réaction en demandant à la République tchèque de cesser ces pratiques dégradantes.

Une seule chose me titille dans la réaction de porte-parole de la commissaire en charge des affaires intérieures, Michele Cercone, du moins telle que rapportée par l’AFP que je me permets de citer ici : « Les autorités tchèques utilisent ces tests pour vérifier l'homosexualité des demandeurs d'asile en leur projetant des images pornographiques hétérosexuelles, a déploré la Commission.

"Cette pratique suscite des doutes quant à sa conformité avec les articles 4 et 7 de la Charte des droits fondamentaux (de l'UE) qui interdisent la tortures et les traitements dégradants", avertit la Commission. »

On ne sait dans ce contexte si c’est la pornographie qui est « une torture et un traitement dégradant » ou si c’est le fait de faire regarder de la pornographie hétéro à un homo.

Dans le cas de la première interprétation, la prise de conscience de la Commission européenne est un événement sans précédent dans la lutte contre un marché qui est effectivement un marché de la torture et des traitements dégradants, en particulier pour les femmes, et j’attends avec impatience de voir quelles mesures seront prises  pour protéger le bétail humain utilisé dans ces productions.

Dans la deuxième interprétation, la Commission s’indigne simplement que l’on ait osé présenter le mauvais produit au consommateur potentiel.

On parie ?

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Published by Nystagmus - dans Société
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commentaires

Caravage 22/12/2010 19:41



Je ne sais plus où j'ai lu ça, mais dans notre beau pays, il se passe quelque chose d'un peu similaire. C'est dans le cadre du traitement des pédophiles. On les met devant un film porno et on
mesure l'effet produit pour déterminer l'age des enfants qui les intéresse. Le traitement consiste à déplacer cet intéret vers des ages légalement acceptables. Ça se passe peut-être plus avec des
électrodes dans le cerveau qu'avec un mètre-ruban, mais c'est pareil.


Pourquoi est-ce un "marché de la torture et des traitements dégradants, EN PARTICULIER POUR LES FEMMES"? Femmes ou hommes, c'est pareil. C'est un métier dans lequel elles ou ils sont entrés
volontairement, où il y a des règles. Par contre, on peut le dire des enfants qui, eux, sont enbrigadés dans des réseaux sans qu'on leur ai demandé leur avis, et qui sont payés à coups de
fouet. Par respect pour eux, merci de ne pas dire "en particulier pour les femmes".



Nystagmus 22/12/2010 20:05



Vous évoquez là un marché illégal qui est celui de la pédopornographie; mon propos concerne la pornographie. C'est pourquoi je maintiens mon "en particulier", simplement parce que le marché de la
pornographie, en ne cessant de se radicaliser dans une surenchère délirante, impose aux femmes de manière beaucoup plus massive des traitements qui sont globalement plus douloureux et pénibles
pour les femmes que pour les hommes. L'offre de femmes "soumises", pour parler pudiquement (en fait des femmes maltraitées dont on nous assure qu'elles sont consentantes, sans qu'il soit possible
de vérifier quoi que ce soit dans l'immense majorité des cas. Pour les productions d'un Marc Dorcel, conformes sans doute  aux fameuses "règles" que vous énoncez (lesquelles précisément?),
combien de productions pornographiques venant de pays où l'on n'est absolument pas regardants sur les conditions de tournage? Croyez-vous qu'on y tourne là-bas parce que les femmes
(ou les hommes si vous y tenez) y sont bien plus chaudes qu'ailleurs?


Et je ne parle pas de tout le marché "preteen", où l'on nous assure que les personnes sont majeures. Donc par respect pour les femmes, je maintiens mon "en particulier".



Fikmonskov 16/12/2010 15:00



J'ai un doute : rire de ce procédé dégradant, et même en faire un texte plein de saillies (hum) drolatiques, est-ce bien conforme à l'esprit des droits de l'homme ?


 


Qu'en dit la commission européenne ?


 


En tout cas, mon boss - qui passait dans le couloir au moment où j'éclatai d'un rire frais et cristallin - n'a pas l'air content, lui...



bohwaz 16/12/2010 14:38



Et les bi ? On vérifie qu'ils sont excité par les deux films ? Pfiou... Quelle idée stupide...



nico 15/12/2010 23:04



"un marché qui est effectivement un marché de la torture et des traitements dégradants, en particulier pour les femmes"


je vous conseille vivement les films d'Ovidie et consoeurs afin de vous convaincre qu'un autre porn est possible


à part ça, excellent billet !



Nystagmus 16/12/2010 04:22



Merci du compliment! Oui, j'ai entendu parler du mouvement porno "féministe". Que des femmes s'exploitent entre elles ne change pas grand-chose à mon opinion. Et quand bien même Ovidie et sa
poignée de consoeurs seraient réellement enchantées de leur métier (pourquoi pas) elles cautionnent par leur discours les milliers de femmes qui elles n'ont pas réellement le choix. Le porno, de
par sa nature même, est très difficile à penser: une des seules qui l'ait fait à ce jour de manière scientifique est Michela Marzano, chercheuse au CNRS dont on peut lire notamment le
livre d'entretiens avec Ovidie, justement, Le Corps: Films X : Y jouer ou y être, ou l'un ou l'autre des six ou sept ouvrages qu'elle a consacrés à la question.



La Britannique 15/12/2010 15:34



Je suis d'accord avec vous Nystagmus - la sexualité est beaucoup plus compliquée qu'un simple "test".


Mais personne n'a commenté qu'un homosexuel peut bandir devant un film pornographique hétérosexuel parce qu'il regarde le mec ?!


 



Nystagmus 15/12/2010 15:44



Absolument. On peut même imaginer qu'il bande parce que la dame ressemble à son petit ami.


Plaisanterie mise à part, je me suis abstenue de faire la liste de toutes les raisons pour lesquelles ce test est au bas mot inefficace. Mais vous avez raison, il en existe bien d'autres !



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