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24 août 2010 2 24 /08 /août /2010 21:31

2298318-3211723.jpgSincèrement, je pense être assez bonne catholique. Mon confesseur vous le dira : outre que je fais rigoureusement appel à lui au moins quatre fois par an, que j’assiste ponctuellement à la messe, je ne l’ai jamais vu blêmir en entendant ma liste de péchés ; et le plus gros que j’aie eu à confesser, celui qui m’a fait faire le tour de l’église au moins six fois avant de me décider à entrer, ne m’a valu que trois Ave et trois Notre Père. C’est dire, nonobstant l’indulgence toute paternelle dudit confesseur, que les portes du Ciel, dans des conditions pareilles, c’est du tout cuit.

Civiquement, c’est un peu pareil. J’ai toujours ressenti avec une acuité particulière l’honneur qu’il y a à être citoyenne d’un pays comme la France, avec une histoire familiale dont il fallait être digne. Descendante de ce bourgeois épris de liberté à l’origine du Serment du Jeu de Paume qui rédigea, avec Mirabeau, la première Déclaration des droits de l’homme et du citoyen.  Petite-fille de gens qui, au nom de leurs convictions chrétiennes, ont obtenu à la Libération la grâce de l’homme qui avait fait tuer leur enfant résistant. Chaque fois que je vote, je voudrais que l’assesseur fût pénétré de la même solennité que moi – ce qui, je le concède, allongerait considérablement le temps d’attente, même en ces temps d’abstention massive ; je répugne à faire supporter à la collectivité les dépenses de santé dont mon barème personnel, plus tatillon encore que celui de la CPAM, juge qu’elles ne sont pas vitales ; les rares fois où j’ai payé l’impôt sur le revenu, j’en ai fait un gonflement d’orgueil phénoménal, et je ne me suis décidée à profiter de ma niche fiscale de journaliste que le jour où il a bien fallu faire vivre mes enfants.   

Bref, pour faire court, je me retrouve pleinement dans la figure du jeune homme riche (Matthieu 19, 16-22) : pour « être sauvée », comme il dit, il ne me reste plus guère qu’à faire le grand saut les yeux bandés et sans parachute dans l’abandon au Christ. Autant vous dire que malgré toute ma bonne volonté, c’est pas tous les jours pour demain.

Et puis survient l’affaire des Roms. Et nous voilà, moi et ma bonne conscience, bien embarrassées. Des Roms je ne connais guère que la jeune femme qui fait la manche devant Saint-Jean à Lyon, le matin, et qui tient dans ses bras un garçon qui a l’âge du mien. C’est elle qui a engagé une conversation fragile que nous poursuivons chaque fois que je passe devant la cathédrale, et qui consiste à nous donner des nouvelles de nos petits respectifs. Cela ne dure pas plus d’une minute, je ne connais pas son nom ni elle le mien, nous avons en revanche partagé le prénom de nos fils. Ces instants dignes du Prince et du pauvre, nous les avons tous vécu ; lorsque nous nous rassurons à peu de frais sur nos capacités d’humanité, avant d’être submergés par, en vrac, la géopolitique, la peur de mal faire, l’instinct de conservation, l’envie de ne pas voir.

C’est dans ces moments-là que j’aime que mon Eglise prenne position. Moi, cela m’aide. Parce que le catholicisme n’est pas seulement une contre-culture, comme l’explique brillamment Jean-Pierre Denis dans son dernier ouvrage, à paraître ces jours prochains. C’est aussi une contre-nature. Parce que si, originellement, avant le fruit défendu, ma nature était aimante, elle a depuis été « défigurée par le péché », selon la formule catéchétique. Et ma nature défigurée, elle aime bien le christianisme jusqu’à une certaine limite. Je fais comme tout le monde : je tournerais bien dans ma vie de foi avec les mêmes quelques textes bibliques, ceux qui m’arrangent ou mieux, ceux dont je me dit que décidément, Dieu pense fort bien puisqu’il pense comme moi.

Prenez Matthieu 25, par exemple. Vous savez, ce magnifique discours eschatologique où il recadre en quelques péricopes tous ceux qui voudront le suivre à travers les siècles : « Ce que vous faites à ces plus petits qui sont mes frères, c’est à moi que vous le faites ». On peut tourner et retourner mille fois dans tous les sens le truc, rien à faire, nulle part il n’est écrit « ces plus petits sympathiques qui sont mes frères, les plus petits antipathiques n’en faisant évidemment pas partie » : c’est le Christ qui mendie à la sortie de la cathédrale Saint-Jean de Lyon, point.

Et les différents responsables religieux qui se sont exprimés, du pape aux évêques, n’ont pas dit autre chose. Ni qu’il fallait accueillir toute la misère du monde, ni qu’il n’y avait aucun problème de délinquance. Simplement que le Christ est un Rom aujourd’hui. Et que le Christ, on lui pète pas sa caravane avant de le lâcher dans un charter sans se préoccuper de ce qu’il deviendra. On ne le stigmatise pas parce qu’il est Rom, on cherche à travailler avec les autorités du pays dont il vient pour qu’il ait une vie décente là-bas, et tant qu’il est chez nous, on le traite avec décence.

C’est d’une violence immense, en tout cas pour moi, que d’accepter cela. Parce que soyons clairs : il y a des gens comme le père Pic qui ont une foi telle qu’ils le voient au premier coup d’œil, le Christ dans le Rom. Moi pas. Si je n’ai pas le Christ qui me gêne tel un caillou dans la chaussure sur la route toute tracée de ma petite vie ni pire ni meilleure que la moyenne, je n’y arrive pas.

Mais je vais essayer de mieux faire.

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Published by Nystagmus - dans Société
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Arnaud 01/09/2010 18:12



" Ce que vous faîtes au plus petit..."


C'est très vrai que cela va loin ! Et c'est indéniable que je suis bien loin d'y être très fidèle.


Le Christe nous indique très clairement qu'il se trouve en chacun de nous. Mais est-ce bien raisonnable de vouloir accueillir les pauvres et les étrangers qui frappent à nos "frontières" ?


 


Les Roms ne sont qu'un odieux prétexte politicien pour montrer qu'ils font qqchose pour notre économie et notre sécurité. "Expulser" qqun qui peut revenir dès demain est d'une incroyable
hypocrisie et de la gigantesque politique spectacle. Nous faire pleurer ou nous ravir à la TV n'est pas s'attaquer aux CAUSE des pbs. Je suis infiniment d'accord qu'il faut un mini de décence et
d'humanité...mais je crains fort que tt ce cirque ne soit fait exprès ds un but purement politicien.


Oui il faut aider nos frères les plus pauvres mais vient un moment où il faut regarder la vérité en face, songer et agir à balayer devant sa porte avant de faire de gds rêves certes très généreux
et louables mais stériles. Nos frères aujourd'hui sont déjà nos top nbx SDF, paumés et blessés de la vie, nos familles décomposées, nos amis au chomage, nos soeurs qui avortent, nos frères en
dépression, nos enfants sans foi etc ...


Je nevoudrai pas faire un tableau top noir mais ces exemplesnous montrent la trop grosse URGENCE que nous avons le DEVOIR de faire dans notre maison. A ces pbs économiques il faut malheureusement
ajouter ceux de la sécurité. "Quand le peuple cesse d'estimer, il cesse d'obeir".


Bref, de gds chantiers nous attendent.


 



Blaise 28/08/2010 01:48



La vie de votre ancêtre illustre bien l'ambiguïté douloureuse de la première Révolution. A partir d'un moment, il a été dépassé par les événements et a dû émigrer. Triste époque. Après avoir cru
à l'histoire de la Révolution aseptisée, j'ai plutôt tendance aujourd'hui à la rejeter en bloc, sans oser pourtant à être trop catégorique. La guerre civile, le génocide vendéen, les persécutions
religieuses et politiques me dégoûtent profondément. J'ai un ancêtre breton qui cachait des prêtres réfractaires; un autre de la même famille mort dans le camp royaliste à Quiberon, un ancêtre
rouennais dont la fille a figuré la déesse Raison; un ancêtre qui a été préfet de la Seine sous le Ier Empire. N'est-ce pas une métaphore poignante de nos divisions? La France est sortie de la
Révolution profondément traumatisée et se haïssant.


Aussi, en matière de droits de l'homme je répugne à me référer à la Constitution de 1789. Ne contenait-elle pas des ambiguïtés tragiques? La déclaration de l'ONU est plus authentiquement
humaniste, me semble-t-il.



romain blachier 26/08/2010 11:24



Bon alors du coup j'ai acheté le livre en lien...



Ceci pour dire


1 par rapport au commentaire de Do que non, toute la solidarité ne doit pas être associative. Il est important que l'Etat soit la pour assurer la redistribution. Laisser la solidarité au bon
vouloir des individus c'est dangereux.


2 A l'auteur: Ce dialogue est un peu rare à Lyon où les roms sont tout de même assez pénibles et donnent souvent le baton pour se faire battre. Tant mieux si cela est parfois différent. Je suis
en tout cas content que nous chrétiens arrivions à porter une voix quand le monde de César contredit les valeurs. Ca ne veut pas dire, dans un Etat démocratique et laic qu'elle doive toujours
être satisfaite. D'autant qu'elle n'est pas unique, nous protestants sommes par exemple différents des catholiques sur les questions sociétales. Mais témoigner, prendre la parole, participer,
contester bien sur et tant mieux.



Gro Anna Dahl 25/08/2010 11:53


Je pense qu'une morale et une compassion peuvent et doivent exister sans Christ. Mais si certains ont quand même besoin alors pour quoi pas. J'ai bien aimé cette article
http://owni.fr/2010/08/05/la-quinzaine-du-rrom/ J'ai vu à la tv norvégienne que votre prochain président est la norvégienne Eva Joly ?


Christophe Monégier du Sorbier 25/08/2010 11:32



« Méfiez-vous des scrupules. Ils mènent loin.” Hugo, l'Homme qui rit, II, i, i, iii.


Un billet sincère qui arrive à propos de l’actualité et le jour de la saint Nathanaël-Barthélémy, « l’homme sincère » vu par le Christ sous le
figuier, c'est-à-dire méditant l’Ecriture…  Un article sincère, juste, naturel et vrai soulignant deux attributs vitaux de la sève de
l’Eglise dans sa doctrine : l’importance de LA personne humaine et l’attention au pauvre (au singulier). Si le pauvre est vraiment la personne (riche ou pauvre) qui « attend tout de
Dieu », alors  l’abandon est l’attitude pour accueillir en plénitude le don surnaturel de sa grâce.


Mt6, 28 « Observez les lis des champs, comme ils poussent : ils ne peinent, ni ne filent» Une parole de l’Ecriture qui se situe avant Mt 25. L’abandon
serait donc requis avant les œuvres de la foi.


Voilà précisément où tu m’interpelles. Merci Natalia.



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