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29 septembre 2012 6 29 /09 /septembre /2012 21:54

IMGP9191.jpgMonsieur le député,

 

C'est en tant que citoyenne française ayant une dette particulière envers la République que je vous écris.

 

Née sous X, j'ai en effet l'honneur d'avoir été pupille de l'Etat avant mon adoption, à l'âge de 6 mois. Et c'est véritablement un honneur pour moi: je puis peut-être davantage encore que d'autres dire que la République est ma mère, car elle a donné à ma mère biologique la possibilité de me faire naître dans le secret que nécessitait sa situation si difficile; la République m'a reconnue comme sa fille, me donnant un prénom et un nom, et cette nationalité française qui fait ma fierté; elle m'a recueillie, m'a nourrie, m'a soignée.

 

La République m'a ensuite cherché et trouvé des parents.

 

Ses fonctionnaires ont choisi parmi de nombreux candidats ceux qui sont devenus mes parents. Nous nous sommes adoptés mutuellement, reconnaissant dans nos blessures respectives – moi l'abandon, eux l'infertilité – la possibilité, non de réparer, mais de faire se rencontrer des accidents de la vie. Je suis devenue leur fille, ils sont devenus mes parents. Et la République, dans sa sagesse, a tout mis en œuvre pour que ni eux ni moi ne soyons considérés comme demi-parents ou semi-enfant : les deux états civils antérieurs à mon adoption ont été détruits, je porte désormais le nom de mes parents adoptifs, munie d'un nouveau prénom que leur amour m'a choisi. Si aucun de nous ne disait que j'avais été adoptée, personne ne le savait. J'ai eu, grâce à la République, un père et une mère comme tous les enfants.

 

Aujourd'hui, Monsieur le député, cette même République est sur le point de voter une loi inique. Une loi qui concernera au premier chef tous ceux qui, trente-sept ans après moi, lui sont confiés. Une loi qui ouvre l'adoption aux couples de même sexe. Une loi qui se propose de faire disparaître le droit de chaque enfant à être né d'un père et une mère, et à être élevé par eux.

 

Dans l'esprit de beaucoup, il semble que le sexe de ceux qui vous élèvent importe peu, que l'amour prime. Permettez-moi de vous dire que c'est un leurre, en particulier lorsqu'il s'agit d'enfants adoptés. L'amour est essentiel mais parfaitement insuffisant. Les qualités pédagogiques individuelles de chaque parent aussi. Ce dont un enfant a besoin avant tout, c'est de pouvoir dire « papa » et « maman ». Nous, enfants nés sous X, le savons mieux que quiconque, car on ressent toujours plus fort ce dont on a failli être privé. Parce que tous les enfants du monde naissent d'un père et d'une mère, et que lorsque la vie vous en prive, il n'en reste pas moins que c'est d'un père et d'une mère que nous sommes nés. Je n'ai pas été élevée par l'homme et la femme qui m'ont mise au monde. J'ai eu en revanche la chance d'être élevée, et d'une certaine façon de naître, d'un père et d'une mère comme tous les enfants.

 

Je ne puis me résoudre à voir la République que j'aime et à laquelle je dois tant s'engouffrer dans ce déni absolu de justice, qui consisterait à écrire dans la loi qu'un enfant peut naître de deux hommes ou de deux femmes. Ce faisant, vous vous placez du point de vue de la satisfaction de deux adultes, par ailleurs respectables. Pas du point de vue de l'enfant. Et l'enfant, Monsieur le député, devrait être votre préoccupation première. D'abord parce vous êtes un élu de la République, cette même République qui veut l'égalité de ses citoyens mais s'apprête à bafouer l'égalité des enfants à travers cette loi absurde. Ensuite parce que vous êtes un élu de gauche, et que vous avez le devoir, en tant que porteur d'une certaine idée de la défense du plus faible, de ne pas céder à la pression du plus fort.

 

Ne pensez pas qu'en vous écrivant je défende un quelconque pré carré, ou quelque lobby que ce soit. J'essaie d'avoir, comme tous les vrais républicains, le souci de l'intérêt général. Ce n'est pas toujours évident: l'abandon sous X, par exemple, est quelque chose qui reste difficile à vivre. Pourtant je ne souhaite pas sa disparition, parce qu'il représente un intérêt supérieur à ma curiosité personnelle.

 

Je vous demande donc, Monsieur le député, de ne pas voter en faveur de cette loi, au nom d'une certaine idée de la République, qui se doit d'être au-dessus des groupes de pression afin de favoriser l'intérêt général, et d'offrir le meilleur à chacun de ses citoyens, en particulier les enfants.

 

Cette lettre adressée à M. Thierry Braillard n'étant pas un billet, elle est fermée aux commentaires.

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Published by Nystagmus - dans Société
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commentaires

bobz 09/11/2012 14:22


HOMOPHOBIE.

Nystagmus 09/11/2012 14:26



NESOUSXOPHOBIE.


Voilà, on a avancé là?



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