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24 février 2010 3 24 /02 /février /2010 13:56
Martin%20Ssempa

C'est un bel homme au regard clair, au sourire chaleureux, qui arbore fièrement à son revers le ruban rouge de la lutte contre le Sida.  Confronté tout jeune à la mort par la maladie de sa soeur, puis de son frère, dans un pays relativement épargné par l'épidémie (5,49% des 15-49 ans infectés, contre 24,1% au Botswana par exemple), il s'est lancé dans un combat sans merci contre le rétrovirus.

Ça, c'est le côté pile. Un côté pile pour lequel on serait  prêt à lui décerner le Nobel. Mais côté face, ce prédicateur évangélique, fondateur de sa propre Eglise, l'Eglise des Rachetés, marié et père de quatre enfants, est un  illuminé qui se sert du SIDA pour appeler au meurtre des homosexuels. E il n'y va pas avec le dos de la cuillère pour rallier à sa cause : il va jusqu'à exhiber des photos pornos en chaire.

C'est qu'il ne fait pas bon vivre en Ouganda, homosexuel ou pas. Ce petit pays agricole, où la moitié de la population a moins de quinze ans, est un PPTE, selon le jargon onusien: un Pays Pauvre Très Endetté. Dans le classement de l'IDH du Plan Nations Unies pour le développement, il arrive à la 157e place sur 182. La partie Nord du pays a été décimée par une guerre civile menée par un gourou (encore), Joseph Kony, qui a fondé une secte sanglante,l’Armée de Résistance du Seigneur, qui a pour particularité de compter dans ses effectifs près de 80% d’enfants soldats, c’est-à-dire environ 20 000 enfants enlevés et embrigadés. Selon un rapport de 2005 de l’UNICEF, près de 40 000 enfants des villes et villages du Nord  sont contraints de se cacher dans les rues la nuit pour ne pas être kidnappés et enrôlés de force. Cette épouvantable guérilla, qui prétend vouloir imposer les 10 commandements au pays, est à l’origine de dizaines de milliers de viols, mutilations et meurtres.  Kony est sous le coup d’un mandat d’arrêt délivré par le Tribunal pénal international ; sa rébellion ensanglante à présent l’Est de la RDC et le Sud-Soudan (qui n’en avaient pas vraiment besoin), et dans l’épicentre de la rébellion, 80% de la population vit dans des camps de réfugiés.

Les pogroms, on le sait, prospèrent sur la misère. En République démocratique du Congo voisine, les boucs émissaires sont des enfants, accusés d'être sorciers. Une maladie? un décès? un emploi perdu? C'est la faute d'un des enfants, souvent issu d'un premier mariage, ou handicapé, etc. Ces gamins, quand ils échappent au supplice du collier (un pneu autour de la poitrine que l'on enflamme) grossissent les rangs des enfants des rues de Kinshasa.

En Tanzanie (autre pays limitrophe de l'Ouganda), ce sont les personnes albinos qui font les frais de la crise. Depuis 2007, rien que dans ce pays, ce sont cinquante personnes qui ont été assassinées, pour la plupart des enfants, et leurs organes génitaux vendus au marché noir. Il paraît que celui qui achète ces tristes trophées est assuré de devenir riche.  Au Bénin, ne naissez pas avec une dent, sans pleurer ou par le siège: vous risquez votre peau.


On pourrait ainsi longuement dérouler la liste de tout ce à quoi la misère pousse une population désespérée. Et l’Afrique n’en a pas le monopole : le mot pogrom, par exemple, n’est pas d’origine africaine. Mais il ne fait pas bon se montrer un tant soit peu différent dans l’Afrique d’aujourd’hui. Et les gouvernements locaux, ravis de n’être pas désignés comme responsables de la misère criante de leurs pays, observent au mieux un silence coupable.

 

Mais pour comprendre ce qui se passe en Ouganda, il est nécessaire de prendre la mesure d’un autre phénomène, qui touche là encore un certain nombre de pays subsahariens : la rancœur anti-européens. A bout d’espoir et à court d’avenir, beaucoup d’Africains s’en prennent à l’Occident, sentiment sur lequel les politiciens jouent habilement quand ils ne l’érigent pas en méthode de gouvernement comme le fit Robert Mugabe au Zimbabwe.

 

Il faut dire que les Africains ne sont guère dupes. Ils savent bien que les dictateurs et autres présidents à vie qu’ils supportent tant bien que mal sont le fruit d’une certaine politique occidentale de « stabilité ». Mais ne pouvant se rebeller contre ces pouvoirs, ils s’en prennent aux mœurs occidentales, parmi lesquelles, selon eux… l’homosexualité.

 

Voilà pourquoi et comment la chasse aux homosexuels, réels ou supposés, est devenue la priorité de gens dont on aurait pu penser que manger serait leur première préoccupation. Ce (res)sentiment a très vite été récupéré par les politiques. Et c’est dans ces conditions que l’honorable David Bahati, député, DavidBahati.jpga déposé le 25 septembre 2009 un projet de loi qui allait faire le tour du monde en quelques heures sous le nom d’Anti-Homosexuality Bill. Particularité de ce projet, il durcissait une loi ougandaise déjà salée en proposant, non plus d’emprisonner à vie, mais de condamner à mort les homosexuels.

 

Et les églises, dans tout ça ? Hé bien les églises, jusque-là, étaient à peu près d'accord pour promouvoir ensemble le fameux programme ABC dont on a tant parlé lors de la controverse papale sur le préservatif et l’Afrique, un programme basé sur l’abstinence et qui avait permis à la population ougandaise de faire chuter drastiquement son taux de contamination par le virus HIV. Notre Martin Ssempa, que nous avions presque oublié, voulu faire encore mieux. Partant du paradigme homosexualité=sida, il a fondé la Task Force Against Homosexuality. Et il est devenu le plus fervent partisan de ce projet de loi.

 

Ce n’est pas très étonnant en contexte africain. Les sectes, qui n’ont bien souvent d’évangéliques que le nom – et qui n’ont le plus souvent strictement rien à voir avec les évangéliques occidentaux, qui sont de paisibles chrétiens quoi qu’en disent les journaux en mal de calottes à abattre – pullulent en Afrique (voir encadré à la fin du billet). Dans l’affaire des  « enfants sorciers » du Congo-RDC, par exemple, elles portent une responsabilité directe. Et il semble que cette responsabilité soit lourde également dans la furie anti-homos qui s’abat en Ouganda et sur une partie de l’Afrique.  Un prêtre anglican zambien, le Rvd Kapya Kaoma témoigne ainsi :

« Je considère que certains évangélistes américains ont une responsabilité dans les politiques mises en place en Afrique concernant les homosexuels et les personnes atteintes du sida. Les franges les plus extrêmes des Eglises américaines, qui perdent de l'influence aux Etats-Unis, ont trouvé en Afrique un terrain propice à leur développement. Ils viennent par dizaines sur notre continent et tiennent des propos extrêmement dangereux. Ils mentent aux Africains. Même les plus obscurs pasteurs américains, appartenant à de toutes petites Eglises et qui n'ont aucune crédibilité aux Etats-Unis, ont accès aux membres des gouvernements africains. Et c'est bien sûr encore plus vrai pour les célébrités comme le pasteur Rick Warren.[…]Ce dernier a l'oreille du président ougandais, Yoweri Museveni, et c'est un proche du pasteur Martin Ssempa, ardent défenseur de la loi anti-homosexualité. Warren est également influent au Nigeria et au Rwanda. Selon moi, ce n'est pas un hasard si ces trois pays ont des lois particulièrement répressives envers les homosexuels."

Martin Ssempa est l’archétype de ce nouveau genre de pasteurs.  Il a reçu une formation théologique à la Philadelphia Biblical University, aux Etats-Unis.

 

Il est entouré, dans sa Task-Force against Homosexuality, de plusieurs "personnalités religieuses". Notamment « l’évêque » David Kiganda, un pasteur pentecôtiste local, qui semble avoir bien du mal à s’appliquer à lui-même la stricte loi morale qu’il prêche ; de Peter Claver Matovu, représentant de l’Eglise du Septième jour (une secte n’ayant rien à voir ni avec les adventistes, ni avec les baptistes du septième jour), et d’une dizaine d’autres pasteurs de dénominations plus ou moins obscures.

Là où c’est plus ennuyeux, c’est que Martin Sempa se présente également sur son site Internet comme le porte-parole de l’Eglise anglicane locale, de l’Eglise orthodoxe, d’un groupe musulman mais également… de l’Eglise catholique romaine. Voici ce qu’on peut trouver sur son site :

The taskforce represents:

The National Fellowship of Born again Churches, the Seventh Adventists Church, the Uganda Joint Christian Council which also represents: The Orthodox Church in Uganda, the Roman Catholic Church in Uganda, the Islamiic Office of Social Welfare in Uganda.

Pas mal. Vous avez vu la manip’ ? Il représente le Conseil chrétien uni en Ouganda qui lui-même représente, entre autres, l’Eglise catholique romaine. 


Pas mal, sauf que… c’est faux.


Dans les médias occidentaux, la lettre ouverte signée par la Task Force again Homosexuality  (et donc de facto par l’Eglise catholique en Ouganda) défendant les délires meurtriers de Martin Ssempa a fait le tour des rédactions gaies (comme ici,)  ou évangéliques. Charisma, le plus grand magazine évangélique-charismatique, a repris l’info sans broncher.


Or, si l’Eglise catholique est observatrice et non membre de conseils de ce genre, comme le Conseil œcuménique des Eglises par exemple,  ce n’est pas pour rien. C’est parce que les seules personnes habilitées à parler en son nom sont le Pape et les évêques, en un mot le magistère.

Et en l’occurrence, l’Eglise catholique, par la voix de son observateur permanent à l’ONU (car là encore le Saint-Siège bénéficie d’un statut spécial qui lui permet de faire entendre sa voix dans le concert des nations sans que les nations puissent parler en son nom), a pris une position radicalement différente de la position de la clique de Ssemba.


Je vous la cite (à nouveau) ici:

"[…]Comme on l’a affirmé au cours du débat à l’Assemblée générale, le Saint-Siège continue de s’opposer à toutes les violations graves des droits humains contre les personnes homosexuelles, comme le recours à la peine de mort, à la torture et à toute forme de pénalisation cruelle, inhumaine et dégradante. Nous nous opposons, en particulier, à ce que les lois criminalisent et pénalisent l’homosexualité, car cela est contraire à la dignité fondamentale de la personne humaine.

Comme d’autres orateurs l’ont affirmé aujourd’hui, le recours au meurtre et à la violence contre des personnes homosexuelles est à condamner de façon absolue, surtout lorsque ces mesures sont décrétées par un État. Même si la position du Saint-Siège sur les concepts d’orientation et d’identité sexuelles sont bien connues, nous demandons que tous les États et toutes les personnes respectent  et se fassent un devoir de promouvoir les droits, la dignité et la valeur de chaque être humain."


Et histoire d'enfoncer le clou, voici la position du primat d'Ouganda,  archbishop_lwanga.jpgle cardinal Lwanga, archevêque de Kampala, et , dont je ne citerai qu’un extrait : « En tant que catholiques, nous avons pour mission de tendre la main à tout le peuple de Dieu. Comme le Christ l’a montré, personne n’est inaccessible à l’amour et à la miséricorde de Dieu. » Et le journaliste de commenter : « Dans un pays où l'homosexualité est taboue et où de nombreux prédicateurs ont condamné les homosexuels, les propos de Mgr Lwanga sont une opposition inattendue à [ce] projet de loi […] »reproduite dans The Monitor, le principal quotidien ougandais


A noter que l'Eglise catholique est la seule institution ougandaise, hors associations gaies, à défendre en Ouganda même les droits des homosexuels. L'Eglise anglicane ougandaise soutient la loi, même si elle trouve que la peine capitale est un peu excessive, toujours selon The Monitor. Avouez que c'est effectivement... inattendu.






 


Au Cameroun, une légilastion anti-sectes
Yaoundé, 20 juillet 2008 (Apic) Le gouvernement du Cameroun assainit le
milieu religieux. Son ministre de l'Administration territoriale et de la
décentralisation, Hamidou Yaya Marfa, a publié le 11 juillet dernier, une
liste 81 associations religieuses, Eglises chrétiennes et institutions
religieuses officiellement reconnues par le gouvernement. Cette mesure vise
à mettre fin à la prolifération des nouvelles religions au Cameroun. Le
nombre exact de ces sectes chrétiennes est difficile à établir faute de
statistiques fiables.

        Selon "Le Quotidien Mutations" de Yaoundé, seules 46 d’entre elles
sont désormais déclarées légales. Pour le journal anglophone camerounais en
ligne  www.postnewsline.com, il y a "des centaines" d’associations
religieuses chrétiennes au Cameroun. Nombre d’entre elles viennent du
Nigeria voisin et exercent leurs activités dans "l'illégalité totale". Sur
les 81 associations, Eglises chrétiennes et institutions religieuses, il y a
46 Eglises protestantes et pentecôtistes opérant dans le cadre de la loi au
Cameroun.

        Dans un communiqué accompagnant cette liste, le ministre précise:
"dans un cadre de clarification et de transparence engagée par le
gouvernement, il est rappelé à l'opinion nationale et internationale, les
organisations religieuses reconnues au Cameroun".

        A cet égard, a-t-il poursuivi, il est "demandé aux Camerounais et
aux étrangers résidant dans le pays, de faire preuve de vigilance en ce qui
concerne la prolifération des associations et des groupes à caractère
religieux". Le but du communiqué est de "sensibiliser et de mettre en garde"
les populations et les étrangers contre les groupes religieux illégaux dans
le pays.

        Citant une source du ministère de l'Administration territoriale, le
journal "Postnewsline" a rappelé que c’est la deuxième fois en trois ans
qu’une telle mesure est prise par le gouvernement.

        Selon cette même source, depuis 2006, aucun organisme religieux n’a
été autorisé par le Président de la République. En conséquence, l’Etat va
sévir contre les activités frauduleuses des sectes non autorisées et qui se
sont développées ces dernières années. Une équipe de contrôle sera déployée
à travers le pays pour vérifier, identifier et rechercher les responsables
d’Eglises qui agissent sans document légalement signé par le Président Paul
Biya. Ils seront sanctionnés conformément à la loi.

        De l’avis du ministère de l’Administration territoriale, la forte
progression des Eglises chrétiennes au Cameroun a de "fortes raisons
économiques plutôt que de réellement servir Dieu".Toujours selon
l'administration, ces "Eglises" font de l'extorsion de fonds.

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Published by Nystagmus - dans Catholicisme
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commentaires

Pierre J 15/12/2012 15:13


Le pasteur anglican zambien que vous citez dit que le prédicateur mondialement connu Rick Warren a une responsabilité dans l'Anti-Homosexuality Bill. Mais ce dernier a pourtant appelé les
Ougandais à revenir sur ce projet de loi: https://www.youtube.com/watch?v=1jmGu9o4fDE


Le problème des pasteurs évangéliques de l'aura de Warren, c'est qu'ils sont assez naïfs, mais je ne pense pas que Rick Warren ait quelque chose à voir avec cette loi, qui doit émaner de pasteurs
fondamentalistes américains minoritaires, moins connus que lui mais beaucoup plus illuminés aussi. 

John 06/03/2010 03:10


Alors comment expliquez-vous que le Vatican ait été l'un des Etats qui se sont le plus durement opposés au projet de Rama Yade en 2008, qui appelait à la dépénalisation universelle de
l'homosexualité ?

http://www.tetu.com/actualites/international/Depenalisation-de-lhomosexualite-le-Vatican-soppose-au-projet-francais-13741

N'y a-t-il pas là un double discours ?


Nystagmus 06/03/2010 06:49


Non, il y a cohérence. Le projet porté par Mme Yade, le voici:


TO THE COUNCIL OF HUMAN RIGHTS OF THE UNITED NATIONS:
Resolution For a universal decriminalization of homosexuality


Considering The Universal declaration of Human Rights


Article 1.
All human beings are born free and equal in dignity and rights. They are endowed with reason and conscience and should act towards one another in a spirit of brotherhood.
Article 2.
Everyone is entitled to all the rights and freedoms set forth in this Declaration, without distinction of any kind, such as race, colour, sex, language, religion, political or other opinion,
national or social origin, property, birth or other status.
Article 3.
Everyone has the right to life, liberty and security of person.
Article 12.
No one shall be subjected to arbitrary interference with his privacy, family, home or correspondence, nor to attacks upon his honour and reputation. Everyone has the right to the protection of
the law against such interference or attacks.
Considering
The International Covenant on Civil and Political Rights (adopted by General Assembly resolution 2200A (XXI) of 16 December 1966, entry into force 23 March 1976)
Article 17 1. No one shall be subjected to arbitrary or unlawful interference with his privacy, family, home or correspondence, nor to unlawful attacks on his honour and
reputation.
2. Everyone has the right to the protection of the law against such interference or attacks.
Considering The Human Rights Committee’s decision in Toonen v. Australia (04 April 1994),



We ask the Human Rights Council to request a universal abolition of the so-called "crime of homosexuality", of all "sodomy laws", and laws against so-called "unnatural acts" in all the
countries where they still exist.
Ce qui pose problème au Vatican, c'est le rappel de l'article 2 de la Déclaration universelle des Droits de l'Homme. Parce que cela, ainsi que le rappelait Mgr Migliore, ouvre la
porte non seulement à la dépénalisation de l'homosexualité (ce que le Vatican approuve, ainsi que le rapporte le lien que vous me soumettez) mais encore à ce grand fourre-tout que l'on appelle
les droits civiques, c'est-à-dire en particulier le mariage. Louis-Georges Tin, militant gay à l'origine de la campagne "Pour une dépénalisation universelle de l'homosexualité", le reconnait
lui-même ici :
"Le Vatican redoute qu'une dépénalisation mène à la légalisation du mariage gay. Cette crainte n'est pas fondée juridiquement, puisque ce point ne figure pas dans le texte, mais elle
n'est pas sans objet d'un point de vue philosophique, car dire que les homosexuels ne sont pas des criminels revient à leur accorder les même droits qu'à tous."



Mike 27/02/2010 17:42


Merci pour ce billet. J'avais tiqué quand j'avais lu sur le site de Temoignage chrétien que l'Eglise catholique ougandaise n'était pas contre cette loi. Cela ne me semblait pas cohérent
avec la position du Catechisme de l'Eglise catholique.


Bashô 25/02/2010 19:24



Merci de vos réponses mais je disconviens respectueusement. Le texte que vous me signalez dit bien que le Saint-Siège se dresse contre toute sanction pénale contre les homosexuels mais il ne dit
pas qu'il est contre une pénalisation des actes homosexuels. N'oublions jamais que toute l'argumentaire du Magistère repose in fine sur la distinction personne/acte qu'il commet. Dans les
textes, il entend toujours la personne homosexuelle comme personne ayant cette tendance et jamais dans un sens "actif." Je vais donner deux ou trois exemples significatifs.



  Avant de poursuivre, je me permets de vous renvoyer à la réaction du président de la Conférence épiscopale américaine après la décision de la Cour Suprême:
http://www.nccbuscc.org/comm/archives/2003/03-134.shtml

et je la recopie ici en partie.

"In its decision, Lawrence vs. Texas, the Supreme Court has chosen to view homosexual behavior between consenting adults as a matter of privacy.

"However, human sexuality cannot be viewed this way. Sexual activity has profound social consequences which are not limited to those immediately engaged in sexual acts. For this reason, the
larger society has always shown a concern about what is and is not acceptable in sexual behavior between individuals. The very fact that this case came before the Supreme Court is evidence of
that concern.

"The Catholic Church teaches, in agreement with other faith traditions and with what were once the norms generally accepted by society, that sexual activity belongs to the marital
relationship between one man and one woman in fidelity to each other. This relationship is the basis of the family which is the basic unit of society. Respect for the purpose of human sexuality
and the family needs to be reaffirmed in our society; and anything which reduces respect for them – such as yesterday's Supreme Court decision – is to be deplored."

 Ensuite l'année dernière, en Juillet 2009, la Haute Court de Delhi (en gros l'équivalent de la cour d'appel chez nous) considère une loi qui criminalise les actes homosexuels comme
contraire à la constitution. Les évêques ont très mal réagi par la voix de son président. J'ajoute ici le lien:


http://www.cbcisite.com/cbcinews3016.htm


et je recopie ici une partie


 


The society at large with the help of religions and governments must help homosexuals to bring themselves back into their normalcy and integrate themselves into family life. Homosexuals
should not be hated or ostracised from the community or family, simply because they have such tendency. Instead, the community which is moral must deal with them with sympathy and understanding.
The society must find means and methods to help these people.

However this does not that mean homosexual acts are moral; these acts are intrinsically evil. The so-called same
sex marriage is immoral in any context; there is not even sex act or marriage in it. Homosexual right is a misnomer, just as there is no right for the minority of people who are kleptomaniacs
or serial killers who they say are have innate tendencies to steal or kill . 
  J'attire l'attention sur la comparaison avec les kleptomanes. Ces personnes ne peuvent s'empêcher de voler, elles doivent être accueillies avec sensibilité et respect mais d'une part
leurs actes ne doivent pas être approuvées, ni même légalisées (car la loi a un rôle éducatif...).


 Je termine avec le texte de la Congrégation de la Doctrine de la Foi, qui était une réponse (en 1992) aux évêques américains sur certaines initiatives législatives contre les
discriminations. Faut-il sanctionner pénalement ou civilement les discriminations. Par exemple, si je refuse de louer un appartement à un homosexuel ou à un couple homosexuelle,
doit-on me poursuivre? Je mets le lien: http://www.ewtn.net/library/CURIA/CDFHOMOL.HTM


 et je recopie ici une partie tout en graissant:


 The "sexual orientation" of a person is not comparable to race, sex, age, etc. also for another reason than that given above which warrants attention. An individual's sexual
orientation is generally not known to others unless he publicly identifies himself as having this orientation or unless some overt behavior manifests it. As a rule, the majority of homosexually
oriented persons who seek to lead chaste lives do not publicize their sexual orientation. Hence the problem of discrimination in terms of employment, housing, etc.,
does not usually arise.


  Elle ne parle de dépénalisation des actes homosexuels, ce n'est pas le sujet, mais cela montre bien comment elle raisonne en s'appuyant sur la distinction personne/acte. La
personne homosexuelle qui vit chastement n'est pas identifiée en tant que telle et donc n'a rien à craindre. Par contre, celle qui est actif pourrait être sanctionnée sociétalement mais ce
n'est au fond que la conséquence de ses actes.


 Ces trois exemples montrent bien l'importance cruciale de la distinction personne/acte dans le raisonnement du Magistère (après tout une telle distinction n'est pas propre à
l'homosexualité et est la clé de voute de la théologie morale). Dans les prises de position du Saint-Siège que vous me signalez, il s'élève contre toutes discriminations injustes de la
personne homosexuelle ou criminalisation de l'homosexualité. Par contre, il laisse la porte ouverte à une criminalisation de l'acte homosexuel en soi.


 vous allez me redire "... le refus [...] de toutes législations pénales violentes." J'attire alors votre attention sur l'adjectif "violent". N'oubliez que ce sont des théologiens ou
des canonistes de formation qui s'expriment. Chaque mot compte. Par violence, on entend le plus souvent disproportion. Revenons à l'exemple du kleptomane. Si on lui
appliquait rigoureusement les articles du Code Pénal concernant le vol, ce serait disproportionné, injuste et.. violent. Mais ça ne signifie pas qu'il ne faut rien faire. En général, le juge
remplace l'amende ou la prison par une obligation de soin. Obligation de soin justement évoqué par l'évêque indien et sous-entendu par beaucoup d'autres (cf par exemple le texte "Questions
pour la Vie" de la Conférence des évêques français qui traite les homosexuels sous l'angle psychiatrique. Je vous laisse chercher.)

 Voilà, voilà désolé pour mon long commentaire.




Nystagmus 26/02/2010 15:49


Merci de vos remarques. Mais je crois vraiment que nous ne parlons pas de la même chose... Je maintiens que le Vatican réprouve la pénalisation des actes homosexuels, parce que l'acte
homosexuel n'est pas un crime, c'est un péché. L'un est d'ordre judiciaire, l'autre d'ordre théologique. Il n'est pas question, pour l'Eglise catholique, de faire en sorte que la société punisse
les personnes homosexuelles, et je ne vois rien dans les liens que vous me signalez qui encourage à punir les actes homosexuels.

En revanche, l'Eglise considère que si l'on n'a pas à punir pénalement, de quelque façon que ce soit, l'homosexualité, cela ne veut pas dire qu'elle considère qu'il faille
reconnaître les partenariats homosexuels. Elle pense effectivement - mais personne n'est obligé d'adhérer à ses vues s'il n'est pas d'accord, cher Bâsho - que l'homosexualité ne permet pas
à l'individu de s'épanouir pleinement, et que la société n'a pas à reconnaître les formes de vie amoureuse qui ne regardent l'individu. Je me permets à mon tour de vous citer un peu longuement
Xavier Lacroix:


"En premier lieu, quel est l’objet de cette reconnaissance ? Puisque c’est la collectivité qui est sollicitée, de quoi et pour quoi devrait-elle être « reconnaissante » du
simple fait que deux personnes partagent une communauté de table et de lit ? Quelle contribution au bien commun est-elle ainsi encouragée ? Les droits liés au mariage, en effet, ne sont
pas seulement des cadeaux, des libéralités consenties a priori à des individus en raison de leur désir. Ils sont la contrepartie de devoirs, d’engagements. Une conception seulement
subjective des droits comme créances ou « avantages » est tout à fait insuffisante aux yeux d’une philosophie du droit. Pour celle-ci, avant d’être pensé comme un droit subjectif, le
mariage doit être pensé en termes de responsabilité, de fonctions, de places. Il est en effet une institution, c’est-à-dire une forme de vie qu’une société se donne pour assurer sa pérennité.


[...]


En troisième lieu, cette indifférenciation serait le moyen d’occulter ce qui est presque devenu aujourd’hui un sujet tabou, à savoir les limites de l’homosexualité. La police du discours
(qui risque de prendre un jour une forme judiciaire) impère de considérer celle-ci comme équivalente à ce que, par fausse symétrie, l’on est obligé d’appeler « hétérosexualité » (ce qui
est un pléonasme). La bénédiction sociale évoquée plus haut serait précisément l’affirmation de cette équivalence. Il y a pourtant des raisons d’affirmer que cette forme de sexualité comporte des
limites spécifiques. Etre sexué (du latin secare), c’est être séparé, en vis-à-vis avec l’autre sexe. « Sexe » veut dire « différence ». Dès lors, appartenir à un
genre et ne pas parvenir à désirer érotiquement l’autre genre ne peut pas ne pas être ressenti comme une carence. Il y a là comme un arrêt sur le chemin vers l’altérité. La négation de ce manque
est un des principaux ressorts de la revendication. Or, il n’est pas de pire obstacle à la clarté intellectuelle que la négation d’une limite. Ce déni explique la virulence de certains discours,
la violence verbale envers les contradicteurs.


Apparaît ici une deuxième instrumentalisation : l’exigence de respect envers les personnes est mise au service du déni des limites d’une orientation. Il y a un côté pathétique dans cette
demande de reconnaissance, mais il y aurait beaucoup d’illusion à croire que le malaise disparaîtrait du fait même de cette reconnaissance. La revendication exprime le désir de voir le corps
social prendre en charge un problème intrapsychique. Il est douteux que le mariage ait cette fonction. En dernière analyse, ce qui est demandé au mariage se situe en cet endroit : valider
une orientation sexuelle. A cet égard, l’expression « mariage homosexuel » est pour le moins curieuse. On n’a jamais parlé, jusqu’à une date récente, de « mariage
hétérosexuel ». Le mariage en lui-même n’est ni homosexuel ni hétérosexuel ; il est hétérosexué. Il implique les personnes et les genres, non une orientation comme telle.


Un Etat ne peut instituer que ce qui fait valeur pour lui, exprimant des biens objectifs et universels. L’Etat n’a pas à prendre en charge la vie sentimentale des citoyens, non plus qu’à
reconnaître tous leurs attraits affectivo-sexuels. On ne peut pas comprendre l’institution du seul point de vue individuel et sentimental. L’institution ne se comprend que dans une dialectique
entre individus et corps social. Le droit n’est pas seulement un outil de gestion des désirs privés. Il conserve la vocation de mettre en valeur, par le langage et la loi commune, un certain
nombre de distinctions fondamentales. Ou, en écho à France Quéré : « Le droit est fait pour mettre de la clarté dans les faits et de la hiérarchie dans les valeurs. »


Le mariage n’est pas seulement la célébration d’un amour ; il est, dans toutes les cultures, un point de repère cardinal de l’institution familiale, donnant visibilité à trois différences
fondamentales : entre homme et femme, entre parents et enfants, entre épousable et non épousable. C’est de ce point de vue global, anthropologique, qu’il faut le considérer, et non seulement
d’un point de vue romantique ou utilitaire."

Mais tout ceci, Bâsho, nous entraîne bien loin du sujet de ce billet, qui décrit l'action de l'Eglise pour empêcher les atteintes aux droits fondamentaux des homosexuels, et l'inquiétante montée
en puissance de sectes qui capitalisent sur des boucs émissaires, qu'ils soient enfants, albinos ou homosexuels, et appellent au meurtre, qu'il soit légal ou non. Vous en conviendrez, le refus
des unions civiles homosexuelles par l'Eglise n'est certes pas le problème des malheureux gays ougandais.



Bashô 25/02/2010 13:27


J'ai fait une faute à la fin. Au lieu de 

Si cette loi condamnait toute conduite sexuelle « inappropriée » quelque soit le sexe des partenaires, alors elle n'aurait pas satisfait au critère de « l'equal protection
argument .»

 Lire


Si cette loi condamnait toute conduite sexuelle « inappropriée » quelque soit le sexe des partenaires, alors elle aurait  satisfait au critère de « l'equal protection
argument .»

 Désolé.









Nystagmus 25/02/2010 15:01


Pas de problème ;)


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