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24 août 2011 3 24 /08 /août /2011 18:14

 

300px-Massacre_saint_barthelemy.jpgNous sommes aujourd'hui le 24 août. Selon le calendrier liturgique, nous fêtons saint Barthélémy. Et sur le calendrier historique, nous commémorons un massacre devenu emblématique des guerres de religion, le massacre de la Saint-Barthélémy.

 

On le sait aujourd'hui, il était au moins autant question de politique que de religion dans cet événement. Il n'empêche: même si ce massacre n'a jamais été ordonné par les chefs religieux de l'époque, ce jour reste comme une tâche noire sur le vêtement du Christ. Que des chrétiens tuent des non-chrétiens, c'est odieux; que des chrétiens se massacrent entre eux, c'est épouvantable.

 

Aujourd'hui, merci mon Dieu, nous ne nous entretuons plus. Mais soyons honnêtes, l'oecuménisme n'avance plus guère. A quoi cela tient-il?

 

Du côté des catholiques, on note un enthousisme mesuré et poli. Le dimanche qui clôt la semaine de prière pour l'unité des chrétiens, on invite le pasteur local à venir prêcher en lieu et place du sermon du curé, si le pasteur est une femme on roucoule que « quand même, elles ont une façon très différente de prêcher, c'est rafraîchissant » on récite un credo ensemble en s'extasiant du remplacement du terme « catholique » par « universel », et on retourne vivre tranquillement sa vie catho sans plus s'intéresser à la question pour les 364 jours avant la prochaine.

C'est un poil court non?

 

Côté protestant, il y a chez les réformés historiques, ne l'occultons pas, un anticatholicisme de base nourri justement des tribulations de l'Histoire. Je connais, dans les Cévennes, quelques familles dans lesquelles on est protestant de tradition, comme il existe des cathos de tradition, et pour qui voir un enfant épouser un/une catholique est encore vécu comme un drame.Et plus généralement, on s'offusque beaucoup, chez les réformés, des « positions du pape sur l'oecuménisme ».

Ces positions, qui ne sont pas celles du pape mais de l'Eglise catholique, quelles sont-elles?

  • - que seule l'Eglise catholique a la « plénitude de la révélation »

  • - que les églises protestantes ne sont pas des églises, mais des « communautés ecclésiales ».

 

Je vous l'avoue, j'ai toujours été très étonnée des réactions protestantes à ces deux affirmations. A chaque fois que l'on évoque ces deux points, on a l'impression d'être passible du Tribunal pénal international. Sur la première, certains réagissent comme s'ils étaient outrés que l'Eglise catholique pense... qu'elle a raison. Avec un minimum de bonne foi, concevez que si l'on croit en quelque chose, c'est qu'on pense effectivement avoir raison.La culture relativiste ambiante nous conduirait-elle à finir par vouloir que l'Eglise croie qu'elle a tort parce que d'autres ne pensent pas comme elle?

 

Sur la seconde assertion, les réactions sont tout aussi énigmatiques. Luther avait dit que l'Eglise catholique était la putain de Babylone dont parle la Bible, et beaucoup des fils de la Réforme, s'ils ne le disent pas, le pensent. Convenez que si nous, catholiques, sommes enfants de la putain de Babylone, nous sommes fort peu agressifs en traitant les protestants de « fils de communautés ecclésiales ».

 

Dire que l'Eglise catholique est la seule Eglise pleine et entière ne fait pas des catholiques des chrétiens meilleurs que les autres.Et les autorités catholiques sont très claires là-dessus: dans le « Directoire pour l'application des principes et des normes sur l'oecuménisme », il est écrit ceci: « [les catholiques]confessent que la totalité de la vérité révélée, des sacrements et du ministère, que le Christ a donnée pour la construction de son Eglise et pour l'accomplissement de sa mission, se trouve dans la communion catholique de l'Eglise. Certes, les catholiques savent qu'ils n'ont pas personnellement vécu ni ne vivent pleinement des moyens de grâce dont l'Eglise est dotée. » En gros: il nous a été donné de pouvoir vivre pleinement en chrétiens grâce aux moyens donnés par l'Eglise, ce qui ne veut pas dire qu'on le fasse, loin de là. Je le dis avec d'autant plus de liberté que je dois mon retour à la foi à une protestante évangélique (darbyste) et que mes meilleures amies sont en grande majorité protestantes. Et je connais quelques pasteurs qui, n'ayant pas ce que je considère être la chance de pouvoir profiter de cette plénitude de la Révélation contenue dans l'Eglise catholique, sont pourtant plus proche du Christ que je ne l'ai jamais été.

 

Si le dialogue oecuménique patine aujourd'hui, c'est parce qu'à mon sens nous avons fait le tour d'un certain oecuménisme cherchant le plus petit dénominateur commun à tout prix, au risque de cacher d'un voile pudique tous les désaccords, toutes les aspérités.Cela donne des célébrations pleines de symboles mais sans grand intérêt. Les catholiques rentrent chez eux en restant convaincus que si les protestants étaient moins de mauvaise foi, ils cesseraient d'enlever du canon biblique tous les livres qui ne vont pas dans le sens de leur doctrine. Et les protestants, persuadés que si les cathos étaient moins ignares, ils liraient l'épître aux Hébreux ou aux Romains, et que tout à coup les écailles tomberaient de leurs yeux.

 

Or l'oecuménisme vrai – comme toute vraie rencontre d'ailleurs – présuppose au minimum de ne pas prendre l'interlocuteur pour un imbécile ou un ignorant. Cela suppose également de parler le même langage. Et donc qu'avant de se balancer à la tête qu'il faut baptiser enfant ou adulte, on comprenne que le baptême des enfants, chez beaucoup d'évangéliques, est aussi absurde que pourrait l'être la confirmation des nouveaux-nés chez les catholiques

 

Mais pour trouver un langage commun, encore faut-il être à l'aise dans sa langue maternelle. Et ma langue maternelle, c'est l'Eglise catholique, ses dogmes, sa liturgie, sa tradition, sa succession apostolique. C'est pour cela que, toute persuadée que je suis de l'importance cruciale de l'oecuménisme, en particulier dans un temps où les chrétiens sont menacés de se retrouver au musée des vieux trucs inutiles, je signe des deux mains l'initiative de Jean-Baptiste Fourtané, créateur du journal catho gratuit « L'1visible », qui a lancé sur Facebook une initiative qui mérite un peu mieux que les ricanements de circonstance. Parce qu'avant de faire l'unité de l'Eglise du Christ, il faut faire la sienne propre et affirmer ce que l'on est.

 

Pour la Saint-Barthélémy, ce soir, comme chaque année, ce sera barbecue avec mes amies protestantes pour changer des bûchers d'autrefois. Et nous ne craindrons pas de nous mettre les unes et les autres sur le grill de nos convictions, même si plus les années passent, plus je crois que l'oecuménisme, il passe davantage par le compagnonnage de chaque jour avec des proches que par des célébrations de bonne conscience avec des inconnus – puissent les dernières susciter les premières!

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Published by Nystagmus - dans Eglise universelle
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commentaires

Guillaume 23/08/2012 13:35


"Que des chrétiens tuent des non-chrétiens, c'est odieux;
que des chrétiens se massacrent entre eux, c'est épouvantable."


 


L'un est donc plus condamnable que l'autre?

Nystagmus 23/08/2012 16:08



Les deux sont condamnables sans restriction. Pardonnez-moi si ma formulation prête à confusion:)



tromken 04/09/2011 15:36



Toumtite, vous dites, pensant être en accord avec mon commentaire : « Il n'y aura plus de communautés au finale, mais Une église, celle du Christ ». Ce n'est pourtant pas ce que
j'affirmais. Communauté ou Église sont 2 mots pour dire la même chose. Le concept d'Église, qu'il n'y en ait qu'Une ou plusieurs, en communautés donc, ça reste un concept de
système. C'est un système. En quoi l'individu libre a-t-il besoin de se référer à un système ? Et quel système viendra gérer sa liberté ? Aucun. Tout système est une offense, en
prétendant, précisément, gérer par avance sa liberté ! Tout  système est une autorité en lutte contre sa liberté, désirant devenir intermédiaire entre ce qu'il veut et ce qu'il
peut, entre Dieu et Lui. C'est pourquoi tout système est destiné à disparaître, de même que tout pouvoir est maudit. Il n'y aura plus de système, plus d'Églises, quand bien même ce système
ecclésial se voudrait parfait, il reste une imperfection et devient une offense en tant qu'intermédiaire entre l'Homme et son Père. Le propre du monde à venir, c’est l’absence
d’intermédiaire, voyons. Plus le Royaume des cieux se révèle et plus l'Église meurt. Dans le monde de la résurrection, tous connaissent Dieu et nul ne le cherche plus. Chacun
étant précisément UN avec Lui. Le rôle de l''Église, c'est-à-dire du témoignage, c’est un rôle qui sera aboli et qui s’abolit au fur et à mesure que vient la maturité chez le chrétien. De fait,
affirmer, comme vous, qu'il puisse encore y avoir besoin d’une mission de « témoignage » pour des hommes qui ne connaissent pas Dieu, c'est affirmer que le Royaume des cieux reçoit en
lui des êtres inaccomplis, c’est affirmer que le Père ne se suffit pas à lui-même et c’est l’offenser. L’unité du monde à venir est une unité qui ne s’explique
pas, elle est toujours unité d’individu à individu ; c’est une unité qui n’a pas de nom, pas plus celui d’Église que d’Assemblée : tout ça, c'est du politique. Entre les Êtres, s’il
demeure une chose, c’est de s’aimer. Or, encadrer l’amour dans un système, si la chose est possible ici du fait de nos imperfections présentes… là-bas, cet encadrement devient une
cage. Toute cage sera jugée, condamnée et détruite afin, précisément, que l’amour n’ait plus d’entraves.



Toumtite 29/08/2011 16:09



Tromken, votre commentaire résonne avec la façon de penser de notre pasteur, qui nous rappelle souvent que l'important n'est pas la religion, mais la foi. Ainsi, comme vous le dites, il n'y aura
plus, au final, de communautés mais UNE Eglise, celle du Christ.


 



Charles-Marie 26/08/2011 16:09



Ayant pas mal cheminé dans des contextes oecuméniques (visites en Roumanie, Taizé, avec la Communauté du Chemin Neuf), je crois vraiment que, maintenant que la majorité des points d'accord ont
été trouvés, il nous reste à prier, à aimer davantage le christ et connaître notre religion, et à vivre concrètement ensemble avec des frères d'autres confessions. Alors avec de l'imagination et
de la Foi, on pourra déplacer ces montagnes et les jeter à la mer!



tromken 26/08/2011 12:20



Il semble que vous soyez dans le vrai en parlant d'œcuménisme. En effet, lorsque vous
dites : « Les
catholiques confessent
que la totalité de la vérité révélée, des sacrements et du ministère, que le Christ a donnée pour la construction de son Eglise et pour l'accomplissement de sa mission, se trouve dans la
communion catholique de l'Eglise. » ; il s'avère que telle est
la confession de tous les hommes et femmes d'églises. Quelle que soit leur « dénomination » particulière, tous et toutes pensent que seul le concept d'Ekklésia porte la
mission et la vérité du Christ. Certes, les premiers à formuler la chose décidèrent de d'appeler ce concept « universel », donc catholique, de fait, toutes les autres manières de formuler ce
concept qui suivirent ensuite, soit orthodoxe, soit protestant… ne sont que des duplicatas, selon l'époque et les circonstances, d'une même et unique formule qui se veut par essence totalisante :
l'ekklésia englobant tous les chrétiens ! Le mot clef n'est donc pas catholique, ou protestant, ou orthodoxe… mais bien « Église ». L'Église en tant que
seul système qui se prétend porteur du Christ. — Le problème, c'est que le Christ n'est porté par personne, n'étant pas infirme. Mais, par contre, il porte l'individu, lequel
devient par métaphore son véritablement temple. Soit donc, lorsque l'apocalypse stipule qu'il n'existe ni temple, ni église dans le royaume des cieux, veut-elle dire qu'il n'existe plus d'hommes
et seulement des systèmes ecclésiastiques ? Certes non, tout au contraire. Il n'existe plus d'églises précisément, mais seulement des individus. C'est donc faire bien des mots
pour une Église universelle dispersée en un puzzle dénominationel, car sa vocation est de mourir, tant dans sa partie archaïque, c'est-à-dire catholique, que ses parties
réformées : protestantisme, évangélique, etc. Le puzzle est déjà condamné. Seul règne l'Être personnel, affirme le Christ… c'est alors que les dents ecclésiastiques grinceront.



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