Overblog
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
27 août 2012 1 27 /08 /août /2012 11:35

 

eucharistie.jpgJ'ai lu, mon cher René, avec une attention toute particulière votre réponse à ma réponse. Avec la plume qui vous caractérise, et qui a réjoui les lecteurs de Pèlerin durant tant d'années, vous poursuivez l'échange qui s'est instauré entre nous sur la doctrine catholique en matière sexuelle. Et vous m'interrogez sans détours :

 

« Pensez-vous qu’un non global à la contraception et la préconisation de la méthode Billings soient une réponse à la hauteur de l’enjeu social et humain que cela représente dans des régions du monde comme l’Afrique ou l’Amérique latine ? Vous sentez-vous d’aller expliquer à une femme du Nordeste brésilien qui en est à sa septième grossesse et qui n’a pas les moyens de nourrir ses enfants, que c’est là le don que le Ciel lui envoie pour aider à sa sanctification ? Et que tout usage de contraceptifs serait œuvre du diable ? C’est là une morale de bourgeoisie catholique où l’on a le temps d’observer son rythme biologique et l’impudence de laisser croire à l’ensemble des fidèles que ce serait là la volonté de Dieu. Pas de pays où l’enjeu quotidien est tout simplement de survivre ».

 

Je vais donc vous répondre clairement : oui, je pense qu'un non global à la contraception est une réponse à la hauteur. Parce que la morale sexuelle catholique n'est qu'une partie d'un grand tout. C'est précisément parce qu'ils se battent comme des lions aux quatre coins du globe pour la justice sociale et l'avènement d'un monde meilleur que des catholiques ont vocation à porter en même temps la bonne nouvelle d'une sexualité responsable et respectueuse. C'est parce qu'ils sont, de très loin, les premiers à accueillir et à soigner les personnes atteintes du sida en Afrique – 30% des centres de soins dans le monde, sans compter l'accueil des orphelins, les distributions de vivres et de médicaments aux malades et les campagnes de prévention – que ces mêmes catholiques ont toute légitimité à dire et à redire que la fidélité reste le moyen le plus efficace dans la lutte contre le sida. Je crois et je plaide que la vision catholique de l'Homme est une vision globale, qu'un combat pour la justice qui serait coupé de la morale ne serait qu'un idéal politique parmi d'autres, qu'une morale sexuelle et affective déconnectée de la justice ne serait qu'une coquille vide. L'ensemble du magistère moral, dans lequel la morale sexuelle occupe une place qui n'est pas démesurée, et la doctrine sociale ne sont jamais que les deux faces d'une même idée de l'Homme qui culmine en l'amour que Dieu a pour nous. Déconnectées l'une de l'autre et du Dieu qui les inspirent, ces deux facettes sont peut-être chacune profondément estimables, mais elles sont incomplètes.

 

René, vous me citez le cas d'une femme du Nordeste brésilien qui en serait à sa septième grossesse et n'aurait pas les moyens de nourrir ses enfants pour justifier le recours à la contraception. Cela m'interroge : avec un budget si serré, il faudrait en plus qu'elle achète des contraceptifs, alors que la méthode Billings lui permet gratuitement, en passant 15 secondes de plus aux toilettes le matin, de pouvoir mieux maîtriser sa fécondité ? Elle qui vit, si j'ai bien compris, sous un climat d'une aridité épouvantable, devrait en plus contribuer à pourrir le peu d'eau disponible en relâchant des hormones de synthèse dans la nature, ce qui promet d'être un enjeu écologique majeur de ces prochaines années ? Comment conserve-t-elle ses contraceptifs chez elle dans des conditions optimales pour éviter qu'ils ne perdent de leur efficacité ? Ne sera-t-elle pas tentée d'en faire commerce afin d'améliorer l'ordinaire de ses enfants, ce que toute personne de bon sens et acculée à des conditions de survie, comme vous dites, ferait, moi la première ?

 

« Vous sentez-vous d’aller expliquer à des personnes homosexuelles que ne pouvant avoir accès, par effet de nature, à l’une des finalités de la sexualité : la transmission de la vie, l’Eglise estime, pour leur sanctification, qu’ils doivent ad vitam aeternam s’interdire la seconde : le plaisir et l’épanouissement du couple ! Moi, je ne le ferai pas ».

Là encore, René, j'ai l'impression que vous faites du discours du magistère ce qu'un musulman pourrait faire des interprétations de son école juridique, en classant les choses selon le concept hallal/haram, licite et non licite. Il ne s'agit en aucun cas de vouloir dicter quoi que ce soit à qui que ce soit. Il s'agit de dire qu'il n'existe pas de nature homosexuelle. Ça, je le défends mordicus. Cela ne peut avoir de sens pour nous, chrétiens. Il n'existe qu'une seule nature humaine, une et indivisible dans la complémentarité des deux sexes, quelle que soit par ailleurs la sexualité d'individus éminemment respectables.

 

Ce qui ne signifie pas non plus que l'homosexualité soit pour autant un choix. Les choses ne sont pas binaires ! Écoutons les personnes homosexuelles qui nous disent, qu'elles soient croyantes ou pas, qu'elle n'ont pas choisi d'avoir cette sexualité-là, pas plus que quiconque – et souvent même que si elles avaient pu choisir, il en aurait été tout autrement, compte tenu de la somme de souffrances endurées à cause de cela par ces personnes. Croyons-les. Elles savent de quoi elles parlent. Moi, je crois que l'homosexualité n'est ni un destin, ni un choix. C'est une blessure parmi la foule de blessures humaines de nature très diverse qui nous limitent dans notre rapport à l'autre, tous autant que nous sommes. Désirer une personne du même sexe que soi, ce n'est pas, ce n'est jamais, cela ne peut pas être le signe que l'on est quelqu'un de « limité », « handicapé de la relation ou du bonheur », « incapable d'aimer en vérité », comme on a pu me reprocher de le sous-entendre – et si vraiment je me suis exprimée de manière à laisser penser que je voyais les choses comme cela, mille pardons. Par contre, oui, l'acte homosexuel en soi est limité – ce qui ne signifie aucunement que l'acte sexuel entre deux personnes de sexe différent transforme comme par magie ceux qui le pratiquent en champions de l'altérité, loin, très loin de là - et beaucoup de personnes qui éprouvent ce désir en sont conscientes (voir par exemple le second témoignage dans cet article). On se moque souvent, en-dehors et parfois même à l'intérieur de l'Eglise, de ce que de nombreux prêtres ou moines se sentent homosexuels. Y a-t-il là matière à rire ou à réfléchir ? Pourquoi ne ferions-nous pas confiance à ces personnes sans partir du principe que ce sont des frustrés ou des faibles incapables de s'assumer, pour qui le sacrement de l'ordre serait une « planque », mais des gens qui ont senti en eux un appel à la continence dans le Christ ?

 

Et à tous ceux qui vivent en couple, qui sont fidèles à leur conjoint de même sexe ou qui, dans un second mariage après un divorce, essayent comme chacun d'entre nous d'unifier leur foi et leur vie de tous les jours, je dis avec force : non, l'Eglise ne vous exclut pas. Le jeûne eucharistique à laquelle elle nous invite tous lorsque nos actes ne nous rapprochent pas davantage du Christ ne nous jette pas du côté d'hypothétiques impurs, mais nous offre au contraire de communier plus étroitement avec tous ceux qui, de par le monde, souffrent de famine eucharistique, qui ne peuvent matériellement communier au Corps et au Sang du Christ, faute de prêtres ou à cause de persécutions ; avec tous ceux qui ne connaissent pas le Christ et n'en sont pas moins des témoins pour l'humanité. Portons la tête haute et avec fierté cette faim eucharistique qui signe mieux que n'importe quoi d'autre le fait que nous ne revendiquons pas le sacrifice de Jésus comme un droit mais comme une grâce. Soyons pour tous nos frères qui communient par habitude, sans s'interroger sur le sens de ce à quoi ils s'engagent en le faisant, l'interrogation vivante de leurs propres contradictions, comme ce jeune homme inconnu qui s'est avancé un dimanche dans la file des communiants bras croisés sur la poitrine et qui m'a convertie. Soyons des saints, en quelque sorte, que nous communiions ou pas.

Partager cet article
Repost0
22 août 2012 3 22 /08 /août /2012 13:52

 

pilule.gifSur le site des « Chrétiens de gauche », ce matin, un billet de René Poujol. L'ancien rédacteur en chef du journal Pèlerin, que j'ai eu le plaisir et l'honneur d'avoir dans mon émission de radio chaque lundi durant de nombreuses années, publie un billet que je vous invite à lire, sur la responsabilité, selon lui immense, de l'Eglise catholique dans la durable fâcherie de bon nombres de chrétiens avec l'institution catholique. Je voudrais ici apporter mes propres réflexions sur le sujet, à la lumière de mon expérience personnelle.

 

« Fâchés avec Dieu pour des questions de braguette... » La formule est belle et saisissante. Par leur obsession du contrôle du sexe, les prêtres, « ayant fait, pour eux-mêmes, le choix du célibat… donc de la continence » auraient provoqué la rupture de loyaux catholiques avec Dieu. Ce fut parfois vrai, dans des endroits où l'Eglise n'était guère séparée de l'Etat et abusait de son rôle, je pense en particulier au Québec où, pendant longtemps, il n'a pas été possible de devenir infirmière sans être religieuse, et où certains confesseurs fliquaient les femmes mariées qui n'étaient pas enceintes à nouveau dans un délai d'un an après la naissance du dernier (ce qui explique les immenses familles québécoises de la génération de nos grands-parents, où les fratries de 12 ou 18 personnes n'étaient pas rares).

 

Mais aujourd'hui ? A qui l'Eglise catholique impose-t-elle quoi que ce soit à qui que ce soit ? Voit-on des prêtres en soutanes à l'entrée des églises vérifier les cahiers de confession des fidèles ? L'Eglise propose une morale qui ne vaut le coup que parce qu'elle nous enracine profondément dans le Christ. Vouloir suivre cette morale sans être vissé à Jésus-Christ, c'est de la névrose. Je suis toujours assez peinée de voir le grand argument laïcard de "l'Eglise-qui-serait-déconnectée-du-réel ou arc-boutée-sur-des-positions-d'un-autre âge" repris par des croyants sincères, qui plus est lorsqu'ils ont la stature intellectuelle d'un René Poujol. A titre personnel, j'ai été convaincue par les arguments de l'Eglise... avant même de savoir que l'Eglise avait de tels arguments, et avant même de devenir croyante.

 

Sur le mariage, d'abord. Pour paraphraser votre texte, cher René, j'ai fait pour moi-même le choix du mariage catholique... donc de la chasteté dans le mariage. Pas plus que quiconque n'a obligé les prêtres, un revolver sur la tempe, à prononcer leurs vœux, je n'ai subi de pression familiale, sociale ou pire : religieuse pour me marier à l'église. Simplement, en tombant amoureuse de mon futur mari, j'ai su que je voulais le must pour nous deux : un lien indissoluble, jusqu'à ce que la mort nous sépare, dont le Christ serait le centre, et qui serait l'image de l'union indissoluble du Christ avec son Eglise. Un truc qui a plus de gueule que quoi que ce soit d'autre. Je voulais le meilleur.

 

Au début, mon mari, qui était agnostique, se serait fort bien contenté d'un concubinage sans mariage, même civil. Mais pour moi, malgré tout l'amour que j'avais pour lui (et que j'ai toujours), les choses étaient claires : si tu m'aimes, tu m'épouses. Parce que tu n'es pas mon « copain », ni mon « ami », ni mon « compagnon ». Tu es mon mari et nous sommes une seule chair. Et je ne vois guère en ce qui me concerne comment on peut prétendre aimer une personne plus que tout et ne pas vouloir faire une seule chair devant Dieu qui seul peut diviniser cette chair. Je ne vois pas comment on peut dire que l'on fait une seule chair si les enfants qui naissent de cette chair unie ne portent pas le même nom que leurs deux parents. Oui, deux personnes qui vivent ensemble sans être mariées, en s'aimant et en étant fidèles l'une à l'autre, c'est bien. Mais moi, le bien ne m'intéresse pas. Ce que je veux pour moi, c'est le meilleur. Et tout au long du chemin qui nous a conduit au mariage civil, puis religieux, j'ai été en cohérence avec moi-même : je n'ai pas communié. Je n'en tire aucune gloire, parce que ce n'est guère glorieux de se retrouver à vivre, même si on sait que ce n'est que pour un temps, sans l'union intime avec le Christ à cause de son péché. Même si ces années de ''faim eucharistique'' ont été source de choses extraordinaires – j'y reviendrai peut-être dans un autre billet, là n'est pas la question.

 

Comme pour tous les couples, la question de la fertilité s'est posée rapidement, et donc de la régulation des naissances. J'ai pris la pilule, comme beaucoup de femmes, pendant des années, avant de rencontrer mon époux. Sans vraiment savoir pourquoi, il m'a été impossible de la prendre avec lui. Non que je sois irresponsable, ni que je veuille une famille à la québécoise, ni que je pense que mon rôle de femme est de procréer. On en revient simplement à la très haute idée de l'amour, et donc de la sexualité, que nous propose l'Eglise : si nous nous aimons vraiment, aimons-nous dans toutes nos dimensions. Ne nous approchons pas du corps l'un de l'autre si nous n'aimons pas nos corps sexués et les conséquences de la rencontre aimante de deux corps fertiles. Je ne me segmente pas pour celui que j'aime : je suis son amante, sa femme et la mère de ses enfants, et je ne m'ampute pas quand je me donne à lui. Les quelques rapports protégés que nous avons eu au début m'ont laissé le goût amer de la rencontre incomplète. Et je précise, là encore, que ce n'est pas chose facile : nous avons cette chance qui se transforme parfois en épreuve d'avoir une fertilité implacable, d'avoir des enfants dès la première union à chaque fois, et que notre dernière que nous aimons plus que tout n'était pas attendue. Mais j'aime que, dans mes périodes de fertilité mensuelles, nous nous retenions, parce que c'est aussi se donner par amour que de différer une union : là encore l'Eglise n'a rien inventé, chacun sait que le désir vient de l'attente. Et ce que me propose l'Eglise en matière de régulation des naissances, à savoir l'observation minutieuse de mon cycle, nous comble bien plus que l'arsenal médical que mon gynécologue s'obstine toujours à nous proposer, tremblant de peur de se voir coller un procès à chaque visite parce que je serais « encore » enceinte : « Bon, vous faites ce que vous voulez (merci) mais on est d'accord : je vous fait quand même une ordonnance, hein! » J'aime que mon mari soit à l'écoute du rythme naturel de mon corps. J'aime qu'il ne considère pas que les enfants soient une maladie contre laquelle il faudrait prendre des médicaments. J'aime qu'il m'aime avec ma fertilité parce que cette fertilité fait partie de ce que je suis, et qu'il m'aime comme je suis tout entière.

 

Et je précise que ce point de vue n'est pas spécialement catho : je connais beaucoup de femmes qui perdent toute libido quand la vasectomie de leur conjoint, même décidée en couple, les prive de la dimension fertilisante de l'acte sexuel, sans pourtant qu'elles veuillent d'enfants. Des femmes qui n'aiment pas la contraception, qui la voient non pas comme une libération, mais comme un esclavage, qui plus est un esclavage au corps médical. Aujourd'hui, toutes les femmes qui utilisent la contraception voient leur sexualité contrôlée par un toubib. De leurs premières règles jusqu'à la ménopause, les voici contraintes de raconter leur intimité à des docteurs. Est-ce vraiment cela, la liberté ? Est-ce vraiment être libre que de s'amputer d'une partie de soi-même pour correspondre au désir d'un homme qui veut bien jouir de ou avec vous, mais sans penser aux conséquences ? Je n'en suis vraiment pas certaine. Et ne croyez pas que je sois multimillionnaire et que j'aie les moyens d'élever une équipe de foot.

 

Sur la sexualité, René Poujol écrit encore ceci : « Je vais au bout de ma pensée. Je trouve aujourd’hui pareillement insensées : la diabolisation sans nuance de la masturbation et la condamnation morale des relations sexuelles pré-maritales dans nos pays où l’on se marie en moyenne à l’âge de 30 ans alors que la maturité sexuelle des jeunes n’a jamais été aussi précoce; insensées tout autant la prohibition des méthodes de contraception dites artificielles et l’obligation morale faite aux personnes homosexuelles de vivre leur vie durant dans la continence. Car il n’est  de sexualité ''contre nature'' que pour autant que l’on maintient le principe selon lequel la sexualité doit rester, pour tous, potentiellement ouverte à sa finalité de reproduction, même si ce n’est pas la seule. »

 

La question de la masturbation m'interpelle. Parce qu'un certain discours glorifie la masturbation comme nécessaire à la fin de la frustration. Je crois profondément que c'est tout le contraire, que la masturbation génère la frustration. Que plus on se masturbe, plus on est frustrés. Que jamais, jamais la masturbation ne nous rapproche de l'Autre. L'Eglise, qui veut nous proposer ce qui existe de meilleur et faire de nous des hommes et des femmes épanouis et heureux, nous dit que la masturbation peut nous satisfaire, mais ne peut pas nous rendre heureux. Ma propre expérience et celle de beaucoup d'autres montre que c'est vrai. Je vous renvoie là au témoignage sur la masturbation de mon ami Philippe Arino, qui a ces mots saisissants lorsqu'il évoque la masturbation :

 

''Que dit la masturbation ? Rien ne sert de la définir comme un « vice » si on n’explique pas en quoi elle est moralement condamnable. À mon sens, elle dit une relation à soi-même consumériste (quand on se masturbe, on se place en principale source de son propre plaisir : on se goûte soi-même, on jouit de soi, on s’offre sa petite gâterie, on ne le fait pas au grand jour parce que c’est un acte qui ne se partage pas et qui est par essence autocentré). Elle dit une relation bestiale (la masturbation est une activité que nous, êtres humains, partageons avec nos amis les bêtes), une relation imaginaire et narcissique (pendant la masturbation, les fantasmes l’emportent sur le Réel, les images de nos magazines et des films pornos défilent dans notre tête pour se substituer au monde ambiant), une relation égocentrique, par défaut et ratée (honnêtement, si on pouvait faire l’amour avec une autre personne que soi-même, une personne qu’on aime vraiment et qui nous plaît, on le ferait), une relation adolescente (quand on a une pratique sexuelle qui se limite à la masturbation, on a l’impression qu’on n’arrive pas à passer à l’étape supérieure, à accéder à une manière d’aimer plus adulte), une relation compulsive (la masturbation, cet ébranlement nerveux physique, soulage sans guérir), une relation blessée et névrotique (voire pathologique : il existe un lien – non-causal – entre masturbation et psychiatrie dont il faut parler : la masturbation, quand elle se systématise, induit/illustre des troubles psychiques et affectifs réels – je pense à certaines personnes handicapées, à des graves accidentés, ainsi qu’à certains criminels passés à la postérité, qui se masturbent souvent –  ; cette réalité est cachée, car celui qui s’adonne à cette pratique est à la fois sa propre victime et son propre agresseur : l’attouchement de ses parties génitales vient d’une seule personne – lui-même – et procure du plaisir mais de manière forcée ; c’est en quelque sorte de l’auto-viol.). En somme, la masturbation, une fois passé le bon moment de l’orgasme d’une minute trente, est une sexualité de l’échec, qui dit un non-amour faisant parfois violence.

 

Si l'Eglise dit que la sexualité hors-mariage est ''contre-nature'', c'est qu'elle croit – et je le crois avec elle – que la nature de l'homme, de tout homme, catholique ou non, est d'accéder au divin. Que ce divin, c'est l'Amour avec un grand A. Les chemins qu'elle propose, continence en Christ ou mariage en Christ, et non continence ou mariage tout court, sont basés sur l'observation très fine de ce qu'est l'humain, et sur l'aspiration ontologique de cet humain à être toujours plus et mieux en vérité que ce qu'il est à l'instant T. Tous, sur ce chemin de sainteté (appelons les choses par leur nom : l'Eglise n'a que faire d'avoir de bons catholiques, elle veut fabriquer des Saints), nous tâtonnons, nous trébuchons, nous nous relevons, avant la prochaine chute où Dieu nous tirera pour nous relever et marcher plus loin. Et que Dieu bénisse son Eglise de proposer ce chemin de sainteté à tous, et de ne pas vouloir le réserver à une élite.

Partager cet article
Repost0
10 août 2012 5 10 /08 /août /2012 21:40

contrat-mariage.jpg

 

On me demande souvent pourquoi je suis opposée au « mariage gay ». Pour beaucoup, en effet, il s'agit de rétablir la justice; mais comme on va le voir, la question n'est pas si simple.Petit tour d'horizon des arguments de ses défenseurs, et de mes réticences et questionnements. Merci de le lire en entier avant de me tomber dessus;)

 

1/ C'est une question d'égalité des droits. Les homosexuels doivent pouvoir avoir les mêmes droits que les autres. Y compris de se marier !

 

Je suis entièrement d'accord. Mais la République n'a que faire de l'égalité des couples devant la loi. Ce qui l'intéresse, c'est l'égalité des individus, et cette égalité-là, j'en suis la première convaincue, ne souffre pas d'exceptions. C'est bien pour cela que dans la loi française, les homosexuels ne sont pas traités par la loi différemment des autres. Moi qui suis une femme, je ne peux me marier qu'avec un homme, quelle que soit par ailleurs ma sexualité. Les exemples de personnes homosexuelles mariées, quelles qu'en soient les raisons, ne manquent pas. Et si je dis cela, ce n'est pas pour le plaisir de jouer sur les mots : c'est de la nature même du mariage dont il est question.

Le mariage, c'est un contrat juridique qui sert à déterminer le cadre dans lequel seront élevés les enfants. On peut me rétorquer que certains, pas forcément homos d'ailleurs, ne l'utilisent pas à cette fin. On pourrait me répondre qu'aujourd'hui, le mariage, ce n'est plus ça. Peut-être que dans la tête des gens, ce n'est plus ça. Mais juridiquement, ça reste ça. Et c'est bien pour cela que les opposants au « mariage gay » dont je suis s'émeuvent des conséquences. Parce qu'on peut tout à fait vouloir épouser son ou sa conjointe pour simplement officialiser un amour ; il n’empêche que, qu'on le veuille ou non, qu'on en soit conscient ou pas, en signant ce type de contrat, on adopte du même coup les contours juridiques de la création de nouveaux êtres humains. Il y aurait d'ailleurs peut-être moins de divorces et moins d'engouement autour du mariage si l'on savait réellement à quoi l'on s'engage. Tous les avantages qui découlent du mariage – avantages fiscaux, légitimation automatique des enfants, solidarité financière entre époux etc – ne sont là que pour protéger les enfants et faciliter leur vie à eux. Dire que le mariage actuel discrimine les homosexuels est aussi sensé que de dire que les sociétés civiles immobilières (SCI) discriminent les non-propriétaires.

 

 

2/ Qu'est-ce que ça pourrait bien vous faire, à vous personnellement, si le mariage était ouvert aux personnes homosexuelles ? Vous avez toujours le mariage religieux si vous voulez vraiment que votre mariage à vous signifie ce que vous dites. Mais n'empêchez pas pour autant les autres de se marier !

 

Pardon, mais le « mariage pour tous » risque fort d'impacter mon mariage à moi. Pourquoi ? Parce que le mariage étant une structure juridique destinée à l'accueil des enfants, il se profile deux possibilités : soit la loi française se met à établir une « fiction juridique» (cela existe déjà, mais les fictions juridiques actuelles sont sous-tendues par une vérité symbolique), soit elle affaiblira le mariage homme-femme pour qu'il soit aussi vide qu'un éventuel « mariage gay », ou « mariage pour tous », selon la terminologie de ceux qui le défendent.

Prenons un exemple, celui de la légitimation par le mariage. Actuellement, si je tombe enceinte, mon mari n'a pas besoin d'effectuer de reconnaissance de paternité : l'enfant qui vient dans un couple marié est présumé automatiquement de l'époux. Si le « mariage homo » devient légal, trois possibilités :

A/ Pour les couples de femmes, on détermine que comme dans un mariage homme-femme, l'enfant est issu des deux femmes mariées, et l'on produit à la naissance de l'enfant un état civil sur lequel il sera inscrit : Parent 1, madame X, parent 2, madame Y. Cela veut dire que les termes de « père » et de « mère » vont disparaître au profit du générique « parent », et si l'on veut vraiment la stricte égalité, il est hors de question que certains états civils comporte la mention « parent 1 et parent 2 » et que d'autres comportent « père et mère ». L'état civil étant d'accès public, ce serait une source, pour le coup, de discrimination. Exit donc les notions de paternité et de maternité de la loi. Et ce n'est pas une question de mots : comment légitimer, à ce moment-là, les décisions de justice des affaires familiales préconisant qu'un nourrisson ne soit pas séparé de sa mère durant les premières semaines de sa vie lors d'un divorce ?

B/ Pour les couples d'hommes, on fait carrément sauter la clause de légitimation par le mariage, qui ne leur sert à rien puisqu'aucun des deux ne peut porter l'enfant. En créant de fait une discrimination entre les deux formes de mariage. Ou encore, on fait en sorte que certaines dispositions du mariage ne s'appliquent pas aux couples homosexuels quel que soit leur sexe, comme celle-ci, par exemple. Du coup, pour faire cesser une discrimination qui n'existe pas, on créerait un mariage à deux vitesses, donc discriminant.

C/ On enlève la disposition pour tout le monde, et du coup on siphonne le mariage de sa substance. Et mes enfants à moi se voient dans l'obligation d'être légitimés par leur père comme les enfants issus d'unions libres par une reconnaissance précoce de paternité afin que leurs droits à eux soient protégés en cas d'accident survenant à l'un de leurs parents. Le mariage n'a donc plus aucun intérêt, et que je me marie ou que j'opte pour l'union libre, mes enfants ne sont pas plus protégés.

Et la légitimation par le mariage n'est pas le seul problème. Quid du congé maternité ? Les lesbiennes auraient droit à 16 semaines, et les homosexuels hommes à 14 jours ? En fait, tout concourt à la disparition des notions de paternité et maternité dans la loi.

 

3/ Il existe des tas d'enfants, en France et dans le monde, qui ne se font pas adopter. Pourquoi donc empêcher un enfant d'être adopté par deux mères ou deux pères, c'est toujours mieux que de rester à l'orphelinat ou de se prostituer dans les rues de Manille ?

 

Faux. en France, il y a chaque année, bon an mal an, 800 enfants français adoptables pour 8.000 familles qui obtiennent l'agrément. Sur ces 8.000 familles, 4.000 resteront avec leur agrément dans la poche, sans possibilité d'adopter, faute d'enfants adoptables, justement. Les 4000 restantes se partagent ainsi : 800 se verront confier un enfant français, vidant ainsi quasiment le « stock » français (les seuls qui restent sur le carreau sont les enfants handicapés) et 3.200 s'adresseront à l'étranger. Sachant que les pays « exportateurs » sont de moins en moins nombreux – le Laos, par exemple, freine des quatre fers depuis janvier dernier, l'Ethiopie a réduit de moitié le nombre de ses ressortissants adoptables en 2 ans (445 en 2009, 288 en 2011), quant à l'Indonésie, elle a carrément fermé ses portes à l'adoption internationale en 1984, suivant en cela un mouvement généralisé de « fierté nationale » des pays émergents. On peut le déplorer ou s'en réjouir, n'empêche que c'est un fait : des tas d'enfants orphelins ne seront jamais adoptés dans le monde parce que les législations des pays d'origines s'y opposent, et le mouvement ne semble guère sur le point de s'inverser. Il ne suffit pas d'être orphelin pour être adoptable.

 

4/ Si vous êtes contre l'adoption par les couples homos, c'est parce que vous ne cessez de dire qu'un enfant a besoin d'un père et d'une mère. Dans ce cas, pourquoi n'êtes-vous pas opposés à l'adoption par des célibataires, ce qui est permis en France ?

 

L'adoption par des célibataires a été autorisée en France au même titre que celle des couples mariés en 1966. Elle répondait alors à un besoin précis, comme l'explique la juriste Françoise Dekeuwer-Defossez : « l'adoption par un célibataire a été permise en 1966 pour permettre l'adoption d'enfants « à particularités » dont les familles « normales » ne voulaient pas à l'époque. Il s'agissait de « caser » le plus d'enfants possibles, dans un contexte où les enfants adoptables étaient plus nombreux que les couples d'adoptants ». Le législateur avait alors considéré qu'effectivement, un seul parent valait mieux que pas du tout, ce qui est aujourd'hui caduc vu l'inversion massive du rapport adoptants/adoptables. Et pour une célibataire femme, l'adoption est dans les faits mille fois plus difficile que pour un couple marié ; pour un homme célibataire, c'est quasiment impossible. Et personnellement, je ne suis pas non plus favorable à ce que les célibataires puissent adopter, et je ne connais guère de gens qui désapprouvent l'adoption par les couples homos mais sont favorables à l'adoption par une personne célibataire.

 

5/ Le sexe des parents importe peu. Ce qui compte, c'est l'amour ! Et les homosexuels sont tout à fait aussi capables d'aimer un enfant que les autres ! Et l'hétérosexualité n'est pas un gage de stabilité. Certains homosexuels sont bien plus stables que bien des hétéros !

 

Posons la question autrement. Ne nous préoccupons pas du sexe des parents.Est-il préférable dans l'absolu pour un enfant, d'être élevé par ses deux parents biologiques, par un parent biologique et un parent adoptif ou par deux parents adoptifs ? Elle est , la vraie question. Dans un couple homosexuel, qui ne peut pas procréer seul et qui a forcément besoin d'au moins une autre personne, soit via l'adoption, soit via le don de gamètes, soit via une mère porteuse, tout enfant est issu soit d'un seul de ceux qui l'élèvent soit d'aucun. Bien sûr, il existe dans les structures familiales traditionnelles une foule d'événements qui font que cela arrive également : divorce ou mort d'un parent et remariage de l'autre, droits parentaux supprimés à la suite d'une maltraitance envers l'enfant, etc. Mais en aucun cas, j'insiste : aucun, le fait de ne pas vivre avec ses deux parents biologiques n'est une donnée de base naturelle ni épanouissante pour l'enfant. Que certains enfants aient une grande capacité de résilience et puissent être heureux malgré le fait de ne pas avoir leurs deux parents biologiques, je n'en doute pas un seul instant. Mais faire un enfant dans le but de le priver de sa filiation biologique pour la remplacer parune filiation adoptive, c'est tout autre chose. Et c'est bien de cela qu'il s'agit : comme le marché de l'adoption est tendu au possible, il ne reste guère, pour les couples d'hommes, d'autre choix que d'utiliser des mères porteuses, et aux couples de femmes de faire appel au don de gamètes. Sous prétexte que des enfants unijambistes heureux existent, faut-il pour autant créer des enfants volontairement unijambistes ? Si les enfants adoptés parviennent pour la plupart à admettre que leurs parents adoptifs n'en sont pas moins leurs parents, c'est toujours au prix d'un long questionnement, et parce qu'ils ont intégré qu'un accident de la vie s'est interposé entre leur désir d'être les enfants en tout point, y compris biologique, de leurs parents, et le Réel. Expliquer à un enfant que volontairement, parce qu'on l'aimait très fort, on lui a bricolé une filiation d'emprunt, ça promet des repas de famille tout à fait enchanteurs.

 

6/ A vous entendre, l'apocalypse est proche. Comment pouvez-vous être si sûrs que les enfants de couples homos ne seront pas aussi heureux (voire plus heureux) que les enfants de parents hétéros ?

 

Nous n'avons certes guère de recul sur ces situations nouvelles, même si les rares études sérieuses sont assez catégoriques, et pas dans le sens des partisans du mariage gay. Par contre, nous commençons à avoir pas mal d'études sur une situation suffisamment comparable, qui est celle des enfants de couples divorcés. Eux non plus ne vivent pas, par définition, avec leurs deux parents biologiques. Et les petits arrangements entre adultes sur le thème « tout va bien, l'important c'est pas qu'on s'aime entre parents mais qu'on aime nos enfants même séparés » ne tiennent guère la route chez eux. Demandez donc aux psys, toutes écoles confondues. Vous me direz que les psys ne voient, justement, que les enfants qui ne vont pas bien. Certes. Mais quand un psy voit sa consultation prise d'assaut par des centaines de gamins qui racontent tous leur difficulté à être au monde avec autant de gens autour de leur filiation, ça veut tout de même dire quelque chose. On peut faire mentir un état civil en mettant dessus que deux femmes ou deux hommes sont les parents d'un enfant, ça n'empêchera pas pour autant l'enfant d'être conscient du mensonge que cela représente. Et je connais suffisamment de nés sous X pour savoir ce que représente ce fameux extrait de naissance où il est écrit que leurs parents adoptifs sont leurs parents biologiques. Le mensonge, il n'y a que les adultes pour y croire. Comme me le disait une gamine de 10 ans à qui son papa venait de lui expliquer longuement qu'il allait vivre ailleurs parce qu'il n'aimait plus sa maman, ce qui ne voulait pas du tout dire qu'il ne l'aimait plus elle, et à qui je demandais si cela lui avait fait du bien : « Pfffff. Papa vient de me dire que c'est pas parce qu'il ne voulait plus vivre avec moi qu'il ne voulait plus vivre avec moi ». Tout est dit. Et là encore, les fameuses études, si difficiles à effectuer sur ce terrain (ça se quantifie comment, la souffrance et le mal-être ? ) finissent quand même par nous mettre le nez dedans : le fait de grandir avec un parent et un beau-parent, dans la majorité des cas, c'est dur pour les gamins. Et ne me rétorquez pas le cas du gosse tellement plus heureux avec belle-maman super gentille qu'avec son affreuse mère alcoolique et maltraitante. Ce n'est pas, loin s'en faut, la majorité des causes de divorces. Et l'on oublie un peu vite que pour un enfant, une mère biologique défaillante vaut toujours mieux qu'une super belle-mère, parce que c'est sa mère biologique.C'est d'ailleurs ce que nos services sociaux ont compris, en ne faisant du placement d'enfants qu'un élément de dernier recours.

 

 

7/ Mais en quoi la légalisation de la gestation pour autrui (GPA) serait-elle forcément la conséquence de la légalisation du mariage entre deux personnes homosexuelles ?

 

Parce que le président de la République actuel est favorable à l'insémination artificielle pour les couples de lesbiennes. Et, bien qu'il se dise contre la GPA, sa position est intenable. Comment imaginer qu'on puisse consacrer un « droit à l'enfant » pour les femmes et pas pour les hommes ? On voit, une fois de plus, à quel point sous prétexte de réduire une discrimination imaginaire, on en crée de nouvelles. Et parce que c'est d'ores et déjà ce qui se passe. Au Srushti Infertility Centre d'Hyderabad, en Inde (pays qui a bien compris le business que cela représente), le Dr Samit Shekar est formel : « Nous voyons une augmentation du nombre de couples de gays et d'hommes célibataires venir à notre clinique dès que la légitimité de leur union publique est accordée dans leurs États respectifs ou pays ». De plus, un arrêt récent de la Cour d'appel de Paris, même s'il n'a pas été confirmé en appel, a d'ores et déjà légitimé le recours à une mère porteuse « dans l'intérêt supérieur de l'enfant ». Ce n'est qu'une question d'années ou de mois avant que la loi ne se trouve obligée de s'incliner devant les décisions de justice. Et c'est parfaitement logique : les couples d'hommes, contrairement aux couples de femmes, ne peuvent guère faire autrement que de faire appel à une mère porteuse.

D'autant qu'à l'adoption internationale, déjà très restrictive, bien des pays refusent de laisser adopter leurs ressortissants par des couples de même sexe, fussent-ils mariés. Or, même si on pense vraiment que la GPA n'est pas la création d'un sous-prolétariat du ventre et qu'il n'y a aucun mal à demander à une femme, moyennant finance ou non, qu'elle fabrique un enfant pour autrui, les problèmes juridiques sont légion. On le voit dans les pays où la GPA est autorisée : régulièrement, les tribunaux se voient obligés de départager des histoires invraisemblables dans lesquelles les enfants ne sont guère la priorité des adultes. Qu'arrivera-t-il, par exemple, si l'enfant est porteur d'une anomalie ou d'un handicap ? On annule la commande ? On la propose à d'autres ? Et si la mère porteuse décide de garder l'enfant dont les pères ne veulent plus, comment obliger un homme à avoir un enfant sans son consentement ? Et comment obliger une femme à avorter ? Et ce n'est qu'un exemple. Je ne suis vraiment pas certaine que le « mariage gay » facilite quoi que ce soit. En revanche, ce dont je suis sûre, c'est que pour les gamins, les choses seront bien plus difficiles, car leur filiation biologique quelle que soit la valeur de leur parentèle adoptive restera comme un caillou dans la chaussure. Oui, dans le meilleur des cas, la plupart s'en sortiront malgré cela. Mais je prétends qu'une société qui veut faire passer la volonté de s'illusionner des adultes avant, non pas le bien-être, mais le meilleur-être des enfants, en faisant passer des lois qui réécrivent l'histoire personnelle de ces enfants, est une société qui génère une violence institutionnelle qu'il ne faudra pas s'étonner de voir exploser un jour ou l'autre.

Partager cet article
Repost0
6 août 2012 1 06 /08 /août /2012 13:12

article_photo_1227186167793-3-0.jpgMon Dieu qu'elle fait jaser, cette prière que Mgr Vingt-Trois a recommandée pour la fête de l'Assomption, le 15 août prochain, afin de demander à Dieu de préserver la famille dite ''traditionnelle''. Pendant que le Parti Radical de Gauche en hurlait de terreur (j'en ai parlé il y a deux jours), voilà que Nadine Morano, dont on ne dira jamais assez à quel point elle nous manquait depuis la fin du quinquennat de Sarkozy, explique qu'elle ne s'y joindra pas : ''La Vierge Marie à laquelle je suis très attachée ne rejette aucun de ses enfants. A titre personnel je ne m’attacherai pas à cette consigne''.

 

Elle est pourtant bien classique, cette prière universelle. Allez-donc y voir. Pas d'anathème, pas de menace d'enfer, même pas le moindre petit bout d'excommunication à se mettre sous la dent. Juste une demande de nous rendre plus attentifs à la misère économique et de faire que les politiques privilégient le bien commun plutôt que les demandes particulières. On y lit en filigrane une allusion assez claire à la possible ouverture du ''mariage pour tous'', cet élément de novlangue qui fleure bon la démocratie enfin rétablie et l'injustice boutée hors de France. Mais enfin, on a connu des textes plus belliqueux.

 

Mais peu importe. Pour Nadine Morano, il s'agit de montrer qu'être de droite, c'est être cool. Et être cool, c'est être pour le mariage gay et l'adoption par les couples homos. Alors afin de donner une assise scientifique à la question, Nadine énonce des statistiques. C'est fiable, la statistique, c'est solide, c'est scientifique, tout ça. Et voilà donc qu'elle nous explique qu'elle est pour la famille pas traditionnelle (comprenez les enfants élevés par des personnes homosexuelles), parce que, ne l'oublions quand même pas, ''85% des violences faites aux enfants le sont dans des familles traditionnelles''.

 

C'est marrant, ça me rappelle un slogan publicitaire assez populaire, dans mon jeune temps : ''Loto : 100% des gagnants ont tenté leur chance''. Comme l'a souligné Stéphane Lemessin, on pourrait ajouter, sans craindre d'être scientifiquement contredit, que 100% des divorces ont lieu dans les couples mariés, que 100% des femmes battues présentent des signes de maltraitance et que 100% des maladies nosocomiales sont contractées dans un cadre hospitalier.

 

Ce qui m'amène à m'interroger : ce chiffre de 85% (un Danette au spéculoos pour celui qui me trouve d'où il sort), ne serait-il pas un peu homophobe ?

 

Admettons qu'il y ait en France effectivement 300.000 familles dites ''homoparentales'' (voyez, je suis sympa, je prends les chiffres gonflés aux stéroïdes des partisans du mariage gay). Sur 17.5 millions de familles françaises, cela fait, si je calcule bien, 17.2 millions de familles traditionnelles. Si 85% des violences leur sont imputables, cela fait 15% qui le sont aux familles homoparentales. Cela veut donc dire que 1,71% des familles (les familles homoparentales) concentreraient 15% des violences familiales.

 

Soyons fair-play : je pense que le chiffre de Nadine Morano est une ânerie de première, destinée à sidérer, de même que lorsque l'Association pour le droit à mourir dans la dignité nous assène sans rire que 91% des Français sont pro-euthanasie. Il s'agit simplement de créer la confusion en associant dans le même énoncé ''85%'', ''famille traditionnelle'' et ''maltraitance'', et accréditer ainsi que la famille traditionnelle est massivement le lieu privilégié de l'enfer.

 

Mais affirmer en creux que les familles homos sont aussi horribles, ça, ma petite Nadine, ce n'est pas très gay-friendly.

 

Vilaine, va.

Partager cet article
Repost0
25 juillet 2012 3 25 /07 /juillet /2012 23:58

piedsC'est l'été, et François Miclo et son nouveau site Tak.fr m'ont offert l'hospitalité dans leur palace ce jour afin d'y parler prostitution. Si vous avez plus de dix-huit ans, vous pouvez voir ce qui s'y est passé en cliquant ici. Bonne lecture!

Partager cet article
Repost0
19 juillet 2012 4 19 /07 /juillet /2012 10:31

pass-contraception-copie-1.jpg(Où il est fait suite au billet précédent, donc).

 

Nous touchons là, de fait, au cœur de l'arnaque. A la confusion entre liberté et droit. Confusion savamment entretenue, et pour cause, par les défenseurs de l'euthanasie. L'être humain, quels que soient son âge, sa situation économique, sanitaire, psychologique, a-t-il la liberté de mettre fin à ses jours ? Oui. Absolument. Depuis 1810, notre code pénal ne prévoit aucun châtiment pour celui qui attente à sa propre vie, pour peu qu'il n'ait pas mis en danger celle d'autrui en même temps.

 

Mourir, faut-il le rappeler, n'est pas un droit dont certains seraient privés. On n'a pas eu vent de manifs d'immortels réclamant, Duncan McLeod à leur tête, le droit de mourir. Mourir avant l'heure, en revanche, est une liberté dont certains usent – au grand dam, d'ailleurs, de la société lorsqu'il s'agit de jeunes. Mais voilà, l'homme moderne veut mourir dans la dignité, et il en fait un droit. A l'autre bout de la planète, une certaine Mère Teresa se battit pour quelque chose comme cela : le droit de mourir, même indigent, dans des draps propres, en tenant la main d'une religieuse, en sachant qu'on serait pleuré au moins par elle, et que sa dépouille serait traitée avec respect. Transposé chez nous, ce droit à mourir dans la dignité est devenu le droit de voir une commission médicale croiser différents facteurs, de votre état de conscience à votre état physiologique, en passant par le coût pour votre famille et la société, avant d'appuyer sur le piston d'une seringue létale.

 

Ouah, trop top, ce nouveau droit. Ça, c'est de la dignité ou je ne m'y connais pas.

 

Car le deuxième volet de l'arnaque, c'est que si ma liberté fondamentale de mettre fin à mes jours est concédée à un tiers, ce n'est plus un suicide. Ça s'appelle alors un homicide, et la question de mon consentement n'y change rien. Ma liberté devient alors mon droit de me faire tuer. Beau progrès, vraiment.

 

On m'objectera, comme cette autre commentatrice : « on vous opposera toujours ici cet argument de la liberté: le condamné à mort est exécuté sans l'avoir voulu, quelqu'un qui réclame l'euthanasie pour lui-même exerce sa liberté. Alors nous sommes d'accord , "la liberté, pour quoi faire?", seulement je me permets de vous faire entendre cette réponse que j'entends si souvent. Qu'on pourra aussi vous formuler ainsi: "D'accord c'est terrible de débrancher mémé si elle n'a rien décidé, mais... si mémé veut?"

 

Hé bien, Mémé a le droit de vouloir mourir. Elle a le droit de penser que sa vie ne vaut plus la peine d'être vécue. Mais elle n'a pas le droit de me contraindre à penser comme elle. Et surtout, elle n'a pas le droit de demander à qui que ce soit de porter la responsabilité de son choix de mourir à sa place. Elle n'a pas le droit d'avoir un droit au suicide assisté, même s'il paraît justifié au possible. Elle a le droit plein et entier, en revanche, de s'entendre dire : « Non, Mémé, tu n'as pas le droit, car non seulement moi, mais la société à laquelle tu appartiens pleinement, à laquelle tu apportes par ta présence depuis tant d'années, nous pensons que ta vie vaut la peine jusqu'au bout, et que personne n'a le droit de te dire le contraire. Et moi, aidée par cette société et par les moyens considérables dont elle dispose pour soulager ta souffrance, je vais t'accompagner jusqu'au bout, quoi qu'il en coûte, parce que ta douleur ne te rend pas moins digne de vivre ».

 

Pas facile, certes. Mais il est totalement illusoire de penser que tuer quelqu'un qui le souhaite est plus aisé. Je demande donc solennellement à ce que l'on respecte mon droit à moi de ne pas me trouver dans la situation épouvantable d'avoir à accéder à la demande de mémé parce que la société pense qu'elle a raison de se considérer comme inutile.

 

Et puis zut. Si mourir c'est un droit, pourquoi le réserver aux vieux ?

 

Il se trouve que le suicide, dans notre société, fait l'objet de campagnes de prévention, car on estimait jusque-là – mais c'est sans doute vieux jeu – que le suicide d'une personne était un drame pour la société entière. Si cela devient un droit, soyons logiques, vraiment logiques :

 

 - Abandonnons la date du 5 février, ''Journée nationale de prévention du suicide'', et remplaçons-la par une Journée du droit à mourir.

 - Retirons le statut d'associations d'utilité publique à toutes les ONG qui se battent contre le suicide des jeunes.

 - Créons un Pass'Euthanasie, qui sera délivré en même temps que le Pass'Contraception aux lycéens, et qui contiendra un bon gratuit pour une injection de Penthotal.

 - Affectons les lignes budgétaires consacrées à la prévention à une association, qu'on pourrait appeler le Planning Létal, qui pourrait vous fournir en toute discrétion de quoi mettre fin à vos jours, sans que votre famille soit au courant.

 - Militons pour que les sans-papiers aient accès à ce droit dans le cadre de leur aide médicale d'urgence.

 - Envoyons des intervenants dans les écoles pour expliquer aux enfants que personne, non, personne n'a le droit de les contraindre à vivre, et que le cas échéant, ils trouveront un médecin qui pourra parler à leurs parents si ceux-ci font de la résistance.

 - Lors des cours d'instruction civique, expliquons gravement aux collégiens que tenter d'empêcher le copain dépressif de se suicider est une atteinte à son droit fondamental de mourir.

 - Remplaçons les bénévoles de SOS-Amitié par un disque vous indiquant le centre d'euthanasie le plus proche.

 - Réhabilitons la mémoire de Roch Thériault, le gourou québécois qui s'amusait à mutiler ses adeptes, enlevant un bout d'intestin par-ci, une main par-là, castrant tel disciple, abusant de tel autre. Ben quoi, ils étaient consentants !

 

Est-ce vraiment la société que nous voulons ?

Partager cet article
Repost0
18 juillet 2012 3 18 /07 /juillet /2012 10:44

KitInjectionFrançois Hollande l'a dit hier : il y aura « concertation » et « débat » en ce qui concerne l'euthanasie. Je cite La Croix :

« Faut-il aller plus loin, notamment dans les « cas exceptionnels où l’abstention thérapeutique ne suffit pas » à soulager un patient aux prises avec une « douleur irréversible »  ? Faut-il dans ce cas avoir recours à un « acte médical, assumé, au terme d’une décision partagée et réfléchie » ?

 « Poser cette question, c’est ouvrir une perspective qui, en elle-même, entraîne un débat. Et les questions sont multiples : à quel moment l’issue peut-être considérée comme fatale ? Comment évaluer le caractère insupportable d’une douleur ? Comment recueillir le consentement d’un patient et s’il ne peut être obtenu, sur quel autre fondement peut-on prendre cette décision ? » , s’est interrogé le président de la République, en affirmant que ce débat « noble et digne »  devait être abordé dans « l’apaisement et en refusant la caricature et la polémique ».

Certains, comme l'estimable René Poujol, à qui l'on doit une remarquable lettre sur le sujet, y voient une évolution positive du discours présidentiel, et l'assurance que toute loi établissant la pratique de l'euthanasie en France sera précédée d'un consensus. Mazette. Je ne sais si je suis d'un incurable pessimisme, mais je ne parviens pas à me réjouir.

Le débat et la concertation, je suis pour. A mort, si j'ose dire. Que l'on ne prenne pas de décisions graves, sur les finances publiques, sur l'avenir de l'Europe, sur le nucléaire, sans que les citoyens n'aient leur mot à dire, très bien, parfait, encore.

Mais un débat sur l'euthanasie ?

Peut-être que je vis dans un autre monde. Mais, voyez-vous, un de mes premiers souvenirs de la vie publique, c'est Robert Badinter à la tribune de l'Assemblée lavant cette tache rouge sur le drapeau français : la peine de mort. Les sondages n'étaient pourtant pas contents, si j'en crois mes souvenirs. Mais la noblesse du politique, c'est précisément de ne pas céder aux sirènes du populisme en disant : ici, s'arrête mon rôle, et commence quelque chose qui ne m'appartient pas. La vie d'autrui en fait partie.

 

Car, comme le rappelle opportunément l'ancien ministre de la Santé Claude Evin aujourd'hui dans Le Monde :

« Nommons les choses par leur nom. Se prononcer en faveur de l'euthanasie consiste désormais à vouloir légaliser l'injection létale de barbituriques et de curares. Il s'agit en pratique d'exiger du personnel soignant qu'il donne activement la mort, c'est-à-dire qu'il arrête le cœur du malade pour traiter sa souffrance ».

 

Si débattre de l'euthanasie est du champ du politique, remettons en débat la peine de mort. L'usage de la torture dans l'obtention des aveux. Débattons donc autour d'un drink de l'opportunité ou non de laisser vivre les enfants lourdement handicapés. Invitons Tariq Ramadan à expliquer dans des réunions citoyennes le bien-fondé d'un moratoire sur la lapidation des femmes adultères dans l'islam.

 

Je dois être une affreuse réac, mais il est des choses dont on ne débat pas.

 

Attention, il ne s'agit pas de nier le vrai, le réel, l'insoutenable problème de la souffrance en fin de vie. Mais l'idée de barbecues citoyens on l'on échange fraternellement (et « sans polémique », mon Dieu, « sans polémique »!!!!) sur l'opportunité ou pas de débrancher Mémé et à quel stade, sur l'évolution de sa dignité proportionnellement à sa consommation de couches, ça a un petit air de barbarie souriante et policée qui me glace d'effroi.

 

Mémé, on la soigne, on l'entoure, on dépense collectivement des sommes folles pour qu'elle souffre le moins possible, on l'accompagne comme on peut, avec ce que ça comporte de souffrance pour tout le monde, de sacrifices pour la collectivité, et quand elle ferme les yeux sans qu'on ait regardé sa montre, on a tous grandi en humanité.

 

Le ''débat citoyen'' est une arnaque. Vous ne me croyez pas ? Ouvrez donc votre poste de radio, quelle que soit la fréquence : toutes les radios généralistes ont une tranche où les auditeurs réagissent à l'actualité. Allez donc voir sur internet comment se déroule un ''débat'' . Nous vivons dans une société où les gens n'ont aucune idée de ce que c'est, sinon pérorer avec le ressort intellectuel d'un coucou mort au fond d'un tonneau de bière sur des sujets plus graves les uns que les autres. Vous ne me croyez pas ? Récemment, sur un forum de mamans, à propos de l'avortement : « Défendre la vie ? Mais un fœtus c'est qu'un tas de cellules !!! Pourquoi pas défendre le droit à la vie d'une tumeur tant que t'y es !!! Et tous les spermatozoïdes qui meurent à chaque éjaculation, tu les recueilles, aussi ? » (''argument'' liké 165 fois). Ou sur la page FB de la Banque alimentaire du Vaucluse, qui a accepté le don d'un abattoir de taureaux morts dans une corrida : « Serait-il raisonnable de bouffer les cadavres des milliers de personnes qui meurent tous les jours? Puisque vous allez dans ce sens, c'est aussi de la viande, et après tout selon vous on a le droit de manger du cadavre...bouffons de l'humain, stop au gaspillage! »

 

Qu'implique un débat ? Que ses participants sachent penser. Or, désolée de vous l'apprendre, mais collectivement nous ne savons plus penser. Sous le triple effondrement des différences fondatrices que sont la différence des sexes, la différence des espèces et la différence des générations, le débat aujourd'hui se résume à une empoignade tripes contre tripes, où chacun veut que sa souffrance, son parcours singulier, sa perception des choses ait force de loi.

 

La seule chose que ce débat changera, c'est que la future loi sur l'euthanasie aura la légitimité d'avoir été débattue.

 

Vous verrez.

Partager cet article
Repost0
26 juin 2012 2 26 /06 /juin /2012 14:52

dou01_ennemi_001f.jpgAh ! Elle est bonne, cette première édition. A l'heure où les chères têtes blondes et brunes ont montrée l'étendue de leur pensée sur les traditionnels sujets de philo du baccalauréat-que-le-monde-entier-nous envie, leurs aînés semblent bien décidés à démontrer que réfléchir, c'est pas que pour les jeunes, et que les perles du bac, ben eux aussi ils savent en produire. Ce mois-ci, c'est un véritable concours de celui qui sortira la plus belle bêtise à propos du christianisme. Attention, liste non-exhaustive.

 

Catégorie Philosophie : mon jury décerne à l'unanimité de moi-même le Prix de Philosophie à Guy Arcizet, Grand Maître du Grand Orient de France, pour son intervention sur la laïcité la semaine dernière à Kingersheim. Ayant pris soin de prévenir son auditoire qu'il plaçait sa réflexion sous les auspices de ''la pensée complexe, au sens d’Edgar Morin'', Guy Arcizet a tenu à partager son point de vue sur la laïcité en pleine terre concordataire. Et la laïcité, mes bien chers amis, ce n'est pas uniquement la neutralité d'un Etat garant de la liberté et de l'exercice des cultes, mais le combat ''contre toutes les cléricatures'' : la laïcité, sachez-le, n'est pas une protection mais une croisade ''contre le pouvoir religieux, mais aussi contre le pouvoir temporel'', et d'ailleurs, accroche-toi au pinceau j'enlève l'échelle, ''on ne peut pas prétendre vivre dans un pays laïc quand on a huit millions de pauvres''.

 

Pour les mal-comprenants, les distraits et les glandeurs là au fond près du radiateur, je répète : ''on ne peut pas prétendre vivre dans un pays laïc quand on a huit millions de pauvres''.

 

Bon.

 

Je ne suis pas franc-maçonne. Je ne passe pas deux soirées par mois à sauter à cloche-pieds sur un damier noir et blanc en criant ''Houzzé, Houzzé, Houzzé''. Je ne suis ni apprentie, ni compagnon, ni maître, encore moins Sublime Chevalier Elu, Chevalier du Serpent d'Airain ou Grand Inspecteur Inquisiteur, contrairement à M. Arcizet qui a franchi avec succès les 33 grades du Rite Ecossais Ancien et Accepté (cliquez ici, c'est délicieux).

 

Je ne suis qu'une profane, donc sans doute que je ne suis pas très fut'-fut', comme dirait ma maman. Mais j'avoue que j'ai un peu de mal à suivre la pensée de M. Arcizet, alors que Lacan j'y arrive (à peu près, des fois, avec l'aide d'une bonne bouteille).

 

Parce que, quand même, j'ai beau relire la phrase, essayer de changer la ponctuation, l'ordre des mots, rien n'y fait. Je pige pas.

 

Enfin, si, je pige : mais ce que je pige, ça ne peut pas être ça. Non, le vrai fond de la pensée de Guy Arcizet, ça doit être un truc hyper symbolique dont je ne possède pas les codes parce que j'ai pas travaillé sur mon moi-même en enjambant le cercueil d'Hiram vêtue d'un tablier.

 

Ça ne PEUT pas être tout bêtement que s'il y a 8 millions de pauvres dans la France d'aujourd'hui, c'est la faute à la religion. Guy, mon poussin, pas toi, pas nous, pas ça.

 

Moi, il me semblait – mais je dois être mal informée – que s'il y a aujourd'hui 8 millions de pauvres en France et non 15 ou 20, c'est grâce à des structures religieuses, genre Secours catholique, ATD Quart-Monde, Emmaüs, Habitat et Humanisme, Entraide Protestante, etc, qui tendent au bas des tours de fric des filets pour les milliers de gens que le système balance par-dessus bord.

 

Mais bon, si le Grand Maître le dit, c'est que ça doit être vrai.

 

Catégorie Histoire : le Prix du Révisionnisme Historique est attribué sans conteste et avec les félicitations du jury à France 2, qui a délaissé les cigales, les oliviers et l'assent du Sud pour les bûchers de l'Inquisition dans sa série d'été Inquisitio. Notez le latin, au passage, pour faire plus authentique. Sur ce sujet, je laisse la parole à un professeur d'histoire :

 

« Face aux mensonges divulgués par France2, j'apporte les précisions suivantes sur l'Inquisition. Tout d'abord je m'inscris en faux contre cette vision spectaculaire loin de la réalité. Je ne cherche pas à réhabiliter cette institution, j'essaie juste de la replacer dans son contexte. J'ai pris comme source les écrits d'Emmanuel le Roy Ladurie, Bartolomé Bennassar, Charles-Henri Léa, Henry Kamen, Pierre Chaunu, Jean Sevilla:
-l'usage de la torture n'a été établi qu'en 1252 et le Pape Innocent IV avait interdit la mutilation, le risque de séquelle grave et irréversible et la mort.
-l'Inquisition a introduit dans un procès et pour la première fois la procédure judiciaire avec collecte de témoignages, de preuves, à charge pour l'Inquisiteur de vérifier la validité de tous les éléments.
-il n'y a pas eu une inquisition mais plusieurs: l'espagnole dépendait non pas du Pape mais des Rois. La République de Venise ne l'accepta pas.
-les chiffres sont éloquents: Torquemada l'inquisiteur espagnol ne condamna à mort que 2% des poursuivis. Rien à voir avec les massacres dénoncés par Victor Hugo.
-une partie de l'Inquisition refusa de participer à la chasse aux sorcières, pour une raison simple : c'est que la quasi-totalité des Inquisiteurs ne croyaient ni à la magie ni à la sorcellerie. D'ailleurs, en 1597 le grand Inquisiteur d'Espagne releva de ses fonctions l'Inquisiteur de Navarre pour avoir tenté de brûler une pauvre demeurée pour sorcellerie.
-Avant 1500, sur 300 procès à Tolède on relève 6 cas de torture. Celle-ci reste très rare.
-l'Inquisition espagnole a mené 120 000 procès qui ont abouti à 59 condamnations à mort dont une grande partie commuée en années de prison ».

 

 

Catégorie Sciences : France Télévisions continue de caracoler en tête du palmarès avec Mirages, diffusé le 23 juin dernier sur France 5. Un ''documentaire'' qui prétend ENFIN libérer les pauvres cons âmes des épouvantables superstitions entretenues par l'Eglise, qui a bien sûr tout intérêt à maintenir sous sa férule liberticide les masses populaires. En dix-neuf minutes, on nous explique donc que le suaire de Turin est un faux. Dix-neuf minutes. Si après ça vous croyez encore aux miracles, bande de dégénérés, je ne peux vraiment plus rien pour vous.

 

Personnellement, j'avoue mon ignorance : je ne sais absolument pas si le suaire de Turin est vrai ou faux. Ce que j'en sais, en revanche, c'est que dix-neuf minutes me paraissent un peu légères pour entrer dans l'épaisseur d'un mystère qui, quoi qu'en dise France 5, continue de déchirer la communauté scientifique mondiale (mais si ça se trouve, faudrait juste leur offrir un décodeur TNT et ils seraient tous d'accord grâce à France 5).

 

Le début de l'émission est un chef-d'oeuvre de propagande scientiste. ''De tous temps, l'obscurantisme s'est opposé à la raison'', assène de façon définitive la voix off, montrant par là toute la complexité de sa pensée (Edgar Morin n'est sans doute pas loin, là non plus). ''Croyances et superstitions se perpétuent, jusqu'à nos jours''. Bon, voilà la foi et les superstitions dans le même sac (poubelle). ''Pour s'exercer à la méthode scientifique, rien ne vaut les miracles religieux''.

 

Han han.

 

Dis donc, monsieur France 5, petit coquinou, ne serais-tu pas en train de suggérer que les miracles ne sont pas uniquement religieux ? Toi le grand rationnel de la raison purifiée de toute scorie superstitieuse, n'es-tu pas là en train, subrepticement, en creux, en train de suggérer que les certains miracles sont religieux et d'autres non ?

 

Qu'il existe donc des miracles scientifiques ?

 

Et, excuse-moi de la naïveté de la question, mais des fois, tu serais pas un poil superstitieux, sur ce coup ?

 

Ou alors, tu ne maîtrises tout simplement pas le français ; mais ce serait étonnant, le service public étant unanimement reconnu pour sa parfaite maîtrise de la langue.

 

Sois honnête, ami France 5 : reconnais que tu tentes d'imposer ta propre religion, à savoir la science érigée en scientisme ; mais ne viens pas me traiter de demeurée parce que moi ou quelques autres aimons nous recueillir devant l'image du Christ supplicié.

 

Chacun son obscurantisme, finalement ; et à tout prendre, je préfère le mien, les côtés obscurs, peu clairs, difficiles d'accès de ma foi, qui sont autant de chemins d'humilité, à ta Raison figée dans le marbre froid des certitudes enkystées.

Partager cet article
Repost0
1 juin 2012 5 01 /06 /juin /2012 22:40

filletteMon dernier billet a soulevé un certain débat parmi vous, lecteurs, et j'en suis heureuse. J'espère sincèrement ne pas avoir blessé ceux qui ne partagent pas mon opinion ; si c'est le cas, je m'en excuse. J'ai le ton facilement moqueur, voire ironique ; je n'oublie pas cependant que ce dont il est question, derrière les mots que j'écris, c'est de rien moins que la condition humaine, ses tentations, ses déchirures, ses doutes et ses tâtonnements.

 

Je voudrais vous partager une expérience qui a été sans conteste la plus forte, la plus traumatisante, l'une des plus belles aussi de ma vie d'adulte. Cela se passait il y a un peu plus d'un an.

Ce matin de janvier, une voix à l'autre bout du fil. ''Il me quitte... il s'en va... il ne m'aime plus''. De l'autre côté du téléphone, Isabelle, ma témoin de mariage. Son mari l'a réveillée à 1h du matin pour lui annoncer qu'il la quittait. Ils sont ensemble depuis 21 ans. Deux filles de 9 et 11 ans ; dans le ventre de mon amie, leur bébé de presque huit mois.

 

Passée la stupéfaction, l'appel au mari – que fais-tu, tu n'es pas dans ton état normal, ce troisième bébé vous le souhaitiez si fort, trois fausses couches dans les deux années précédentes en témoignent, reviens sur terre – puis devant son détachement total, le marchandage – reste au moins jusqu'à la naissance, ne la laisse pas seule avec les petites dans cette maison perdue dans la colline – et cette impression tenace d'être dans un rêve.

 

Il est parti, pour de bon. Enfin, il est parti sans partir : pas question pour lui de quitter le confort de sa maison. Il est allé dormir sur le canapé du salon, sortait le soir retrouver l'inéluctable poule plus jeune, et rentrait raconter à sa femme au bord du suicide à quel point il était heureux depuis qu'il l'avait quittée. Au bout d'un mois, il a fini par partir vraiment.

 

Nous étions trois. Trois amies d'Isabelle. Nous nous sommes partagé les tâches. Aurélie, la pasteure, venait en renfort aider pour les courses, le ménage, quand son emploi du temps surchargé le lui permettait – et même quand il ne le lui permettait pas, arranger un peu cette maison trop grande, trop isolée et sans salle de bain. Constance, la plus jeune, avait établi un contact extraordinaire avec les deux filles de ce couple et a été pour elles un repère essentiel dans ce chaos. Et moi, enceinte également, d'un gros mois de moins, ravagée par la sciatique et les nausées du premier au dernier jour, je prenais le train presque une semaine sur deux pour... je crois que ''pour l’empêcher de mourir'' n'est pas trop fort.

 

Le temps a passé, le mois de février était presque fini, et le terme est venu. Mais la petite E. ne venait pas. Redoutait-elle de sortir, pas encore née et déjà abandonnée par son père ? Sa mère la retenait-elle par peur de l'avenir ? Nous ne le saurons jamais. Ce que je sais en revanche, c'est que dix jours après le terme, on dit à Isabelle qu'il fallait que sa fille naisse et qu'on lui ferait une césarienne – le déclenchement n'était pas possible car son utérus était déjà cicatriciel.

 

C'était un mercredi, je crois que je me souviendrai toute ma vie de ce jour. Isabelle devait entrer à l'hôpital ce soir-là, pour subir sa césarienne le lendemain matin. Elle m'avait demandé d'être présente pendant la naissance, car elle ne se sentait pas la force de vivre cela toute seule. Je suis venue la chercher chez elle. Son mari était là pour garder les deux grandes – nous avons appris plus tard par sa poule que ce jour-là, pendant qu'il était coincé avec ses filles, il lui envoyait des textos lui demandant de venir passer la nuit avec lui et de partir avant que les enfants ne se réveillent. J'ai pris la valise d'Isabelle dans ma main, et je l'ai laissée seule dire au revoir à ses filles. Les minutes passent. Inquiète, je suis revenue sur mes pas.

 

Lui était là, impassible, les bras croisés, appuyé sur le coin de la porte. Il regardait, détaché, la scène suivante : la mère de ses enfants, sa compagne depuis 21 ans, effondrée en larmes dans les bras de sa cadette de 9 ans en sanglotant que ''ça n'aurait pas dû se passer comme ça''. La petite fille, tétanisée, blanche comme un linge, s'accrochant à sa mère, sans dire un mot. La plus grande, pétrifiée à quelques pas de là.

 

C'est moi qui suis venue dégager doucement Isabelle des bras de sa fille. Moi qui lui ai murmuré que sa maman ne serait pas seule, que je serai là. Moi qui ai pris un stylo où j'ai noté mon numéro de téléphone pour lui dire qu'elle pouvait m'appeler n'importe quand.

 

Lui, n'a pas bougé, il attendait que ça se finisse, sans un affect, sans rien.

 

Le lendemain, à l'hôpital, une obstétricienne que je bénirai jusqu'à la fin de mes jours a eu pitié de mon amie. ''On ne va pas appeler ça un déclenchement, on va appeler ça un coup de pouce... on va voir si ça marche.'' Perfusion d’ocytocine. Le travail commence. Je retiens mon souffle. Je reste là, à tenir la main d'Isabelle. On parle un peu. On rit, aussi. Elle pleure de temps en temps. Je fais les cent pas pendant qu'elle se repose, dans le ''couloir des papas'' où je suis la seule femme et où ces messieurs me regardent, intrigués. A un moment, le sage-femme dit que cette fois, la césarienne est écartée. E. quitte le ventre de sa mère qui la sort elle-même. Elle est toute recroquevillée, elle crie, elle est contre sa mère, et soudain elle ouvre les yeux et c'est moi qui reçois en plein estomac son premier regard. Elle est magnifique. Je pense à mon mari, j'ai l'impression de comprendre ce qu'il a vécu lors de la naissance de nos enfants.

 

On me demande si je souhaite couper le cordon, je réponds que non. Cette place où je suis n'est ma place que par accident. Mais c'est moi qui emmène E. à sa première toilette. Moi qui l'habille de ses premiers vêtements. Moi qui la ramène à sa mère pour leur première tétée.

 

Moi qui avertis le père que sa troisième fille est née.

 

Après la naissance, avec les copines, nous avons continué de nous relayer autour d'Isabelle et ses filles. Et ce lien inattendu avec la petite E. s'est renforcé de jour en jour. C'est moi qui me suis levée la nuit quand elle pleurait et que sa mère était trop épuisée ; moi qui lui ai changé certaines de ses couches ; moi qui ai assisté à ses premiers repas et à ses premiers pas. Moi qui ai pris soin de sa mère avant, pendant et après sa naissance.

 

Alors dans le débat actuel sur l'homoparentalité, je pense très souvent à E. On entend souvent, chez les partisans des ''parentalités alternatives'', qu'il suffit d'aimer et d'élever un enfant pour en être le parent. Qui sont les parents de E. ? Le père biologique, qui ne vaut pas la goutte de sperme qui a servi à concevoir cette petite fille, ou ces quatre femmes – la mère et ses trois amies – qui l'ont littéralement mise au monde ? Celui qui a offert par désœuvrement son génome, ou celles qui ont séché les larmes du bébé ?

 

En tout cas, ce n'est pas moi, ni Aurélie, ni Constance.

 

Son père est un père indigne, monstrueux, égoïste, moralement inexcusable. Mais c'est lui, l'autre parent. Pas des amies de sa mère, si proche soient-elles. C'est certainement une blessure pour E., c'est peut-être une blessure pour Aurélie et Constance, et c'est évidemment une blessure pour moi. On n'assiste pas impunément à une naissance comme celle-là, sans se faire attraper le cœur et les tripes pour la vie, quelles que soient par ailleurs les barrières que l'on tente de poser mentalement.

 

C'est une blessure, parce que le réel fait souvent mal. Mais cette blessure est ô combien féconde. C'est dans la béance de cette blessure qu'est né mon lien avec E. C'est parce qu'elle n'est pas ma fille que ce que j'aurai à lui apporter tout au long de sa vie est unique. Le réel ne s'écrit pas avec un mensonge, fût-il bien plus beau que la vérité. Sinon, il vous rattrape et vous éclate à la figure.

 

En tout cas, je sais ce qu'il faut faire, le jour où le monde s'écroulera. Je l'ai déjà vécu. Je prendrai un papier sur lequel je griffonnerai mon numéro de téléphone, et je le donnerai à une petite fille pâle et muette, je me trouverai impuissante et dérisoire – et je prierai fort.

 

 

Partager cet article
Repost0
16 mai 2012 3 16 /05 /mai /2012 13:23

homoparentalite-hollande.jpgIl est quelque chose qui me déplaît souverainement dans le débat public actuel. Une dérive qui s'apparente à une forme de totalitarisme : je veux parler de la mort de la pensée devant l'affect.

Sur les questions dites ''de société'', depuis des années, c'est toujours le même schéma : on prend un cas particulier excessivement dramatique, et on le matraque partout de façon à ce que l'adversaire passe pour un épouvantable cœur de pierre s'il ose émettre un semblant de réflexion contradictoire. Le Pacs ? Il faut voir les débats de l'époque : la France était alors peuplée de personnes homosexuelles qu'aucune loi ne protégeait, qui se retrouvaient jetées à la rue sans possibilité de recours à cause de l'épouvantable famille de leur conjoint décédé qui captait leur héritage légitime. Jusque-là, les concubins hétérosexuels trouvaient bien le moyen de ne pas se marier sans que cela n'inquiète personne ; mais peu importe. On fit donc une loi pour pallier cette épouvantable atteinte à l'Amour.

Avec le débat sur l'euthanasie, même chose. Voici un cas particulier, celui d'une mère contrainte ''d'aider son fils à mourir'' parce que l'on refuse au malheureux le DROIT de mourir. Nos chaumières, abreuvées du sublime façon Nous deux + un roman et tétanisées par les larmes de cette famille brisée, trouvèrent absolument admirable qu'une maman administre à son fils pour le tuer du pentobarbital de sodium, un produit que les Etats-Unis eux-mêmes récusent dans la mise à mort de leurs condamnés.

Et voici qu'avec l'élection de François Hollande, nous nous précipitons à marche forcée vers l'ouverture du mariage aux couples homosexuels. Une véritable urgence, une priorité absolue : comme le reconnaissait ingénument Najat Vallaud-Belkacem dans une interview au magazine Hétéroclite il y a peu, comme de toute façon le nouveau président a les mains liées en matière budgétaire, ''cette loi ne coûtera rien aux finances publiques.[...] Dans cette campagne présidentielle, on a le sentiment que l’air est très lourd. Il y a la crise économique, les gens souffrent, on parle de sujets très sérieux, très techniques : l’économie, l’Europe, la finance, les banques… Une mesure comme celle-ci donnera l’occasion de respirer, de rêver aussi''. Le mariage gay comme opium du peuple en souffrance, en somme.

 

Et c'est toujours la même trame, le même scénario de ''débat'' pipé. Devant la souffrance terrible de Jean et Romain, marine-sarko-bayrou.jpgobligés de cacher leur couple aux yeux de l'Aide sociale à l'enfance pour que Jean puisse adopter la petite Emma, qui ne pourra jamais être élevée par Romain s'il arrive quelque chose à Jean, l'empathie s'emballe, la compassion déborde. Les sceptiques face à l'adoption par un couple homosexuel auront beau avancer leurs arguments, les larmes du camp d'en face balaient toute réflexion : quiconque raisonne froidement face à de tels drames ne peut au mieux qu'être insensible, au pire un affreux homophobe masqué.

 

Piégé, le débat. Quel débat d'ailleurs ? A coups de citations tronquées, de chiffres délirants (selon l'Association des parents gays et lesbiens, en 2001, 30.000 enfants vivaient dans des familles homoparentales ; en juin 2004, ils étaient 150,000 ; en septembre de la même année, 200.000 ; en 2005, entre 200 et 500.000) on tente de nous faire croire qu'en France, les couples homosexuels ont en moyenne quinze enfants et vivent dans une zone de non-droit familial absolu.

 

Le seul argument, dans les débats actuels consiste à dire : ''Et si c'était vous ? Si c'était vous qui étiez homosexuel, n'aimeriez-vous pas que l'on vous y autorise ?'' D'où la profusion de campagnes mettant en scène les hommes politiques, que ce soit pour l'euthanasie, l'homoparentalité... ou même contre l'avortement (même si cette dernière affiche, représentant François Hollande en foetus, est une parodie créée par le blogueur Fik Fikmonskov, elle a été largement diffusée sur les réseaux sociaux).

 

Faudra-t-il pour débattre, montrer patte blanche, justifier de sa propre souffrance, opposer la douleur du couple stérile à la détresse de l'enfant adopté ? Si oui, souffrez alors que je sois légitime : 100% de mon couple et 100% de ma fratrie sont adoptés. Est-ce assez ? Sans doute. Mais je refuse d'entrer là-dedans.

 

Si je suis opposée à l'adoption par les couples de même sexe, ce n'est pas du fait de ma propre histoire d'enfant adoptée. Je ne crois absolument pas que la légitimité se fonde sur l'expérience intime, qui varie d'une personne à l'autre. Sans doute cela me donne-t-il une sensibilité particulière à cette question ; mais elle n'est pas plus ni moins légitime que la sensibilité elle aussi épidermique de l'homosexuel qui veut adopter. Je ne crois pas non plus que les personnes homosexuelles soient dépourvues, loin s'en faut, des qualités nécessaires à l'éducation d'un enfant.

 

Par contre, je dis que l'homosexualité est par nature biologiquement stérile. Et qu'une loi décrétant le contraire n'y changera rien. L'anthropologie ne se décrète pas. Oui, on peut légiférer en disant qu'un enfant peut naître de deux hommes et de deux femmes, à l'image de l'adoption plénière qui inscrit l'enfant dans une filiation non biologique. Bien sûr qu'on le peut. Et cela ne donnera pas pour autant des suicides collectifs d'enfants de couples homoparentaux. Par contre, oui, ce sera plus compliqué pour eux.

 

hollande-foetus.jpgL'adoption, au fond, qu'est-ce que c'est aujourd'hui ? C'est un enfant, né par nature d'un homme et d'une femme, qui se trouve par accident privé d'un père et d'une mère. Et qui rencontre un homme et une femme, par nature fertiles mais stériles par accident. Les uns et les autres trouvent dans l'adoption le moyen de réparer ce qui, dans leurs parcours de vie respectifs, constitue une blessure.

 

L'adoption, que sera-ce demain ? Ce sera un enfant, né par nature d'un homme et d'une femme, que l'on prive volontairement de son père et de sa mère. Et qui rencontrera deux hommes ou deux femmes, par nature infertiles, qui, refusant cette infertilité ontologique, feront comme si l'enfant avait pu naître d'eux.

 

Parce que dire qu'on peut être issu de deux hommes ou de deux femmes, c'est un mensonge.

 

On peut vivre dans le mensonge. On enrichit quelques psys au passage, on en bave, on est mal, mais on peut.

 

Mais ça reste un mensonge.

 

L'alliance VITA propose une pétition pour le droit de l'enfant à avoir un père et une mère. C'est ici.

Partager cet article
Repost0

Présentation

  • : Nystagmus
  • : L'oeil d'une journaliste catholique dans le tourbillon de l'actu
  • Contact

En 140 signes

Recherche