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22 juillet 2010 4 22 /07 /juillet /2010 00:49

1936Rashid_3.jpg9404. Depuis le 7 juin dernier, jour du lancement de l’opération, nous sommes 9404 personnes en France à nous être intéressées au sort des chrétiens pakistanais, qui vivent sous une menace croissante du fait de la loi anti-blasphème. Une loi qui justifie les progroms de chrétiens, de sikhs, d'ahmadis, bref de tous les non-musulmans. Cela fait en moyenne pas tout à fait 214 personnes par jour. Pas si mal, me direz-vous. Mais les choses sont un peu moins simples. Les premiers jours, les signatures ont afflué : l’Aide à l’Eglise en Détresse a activé ses réseaux, ses donateurs, et les gens ont signé. Mais très vite, le compteur s’est mis à tourner au ralenti. Le 7 juillet dernier à 22h40, il y avait 9113 signatures. Cela fait une vingtaine de personnes par jour depuis deux semaines.

Est-ce à dire qu’en France, il n’y a même pas 10.000 personnes qui se soucient de ce millier de chrétiens emprisonnés, parfois battus ou tués, simplement parce qu’un voisin a assuré les avoir vus déchirer un Coran, ou dire du mal du Prophète ? La loi anti-blasphème est ainsi faite que cela suffit à vous placer en détention. Et c’est ce qui peut vous arriver de moins pire, comme nous le verrons plus bas.

Depuis plusieurs mois, je lis les nouvelles du Pakistan sur l’excellent site d’information des Mission Etrangères de Paris. Et en apprenant, chaque semaine, le cœur serré,  les terribles nouvelles de nos frères pakistanais, je m’interroge. Pourquoi si peu de monde se soucie-t-il du sort des chrétiens pakistanais ? Est-ce une question d’images ? Elles existent pourtant. Et elles sont épouvantables. Peut-être, si vous les voyiez, iriez-vous immédiatement signer la pétition réclamant l’abrogation de la loi anti-blasphème. Laissez-moi vous présenter le visage des derniers martyrs pakistanais.

 

Voici deux frères, Rashid et Sajid. C'est Rashid que l'on voit au début de cet article. Ci-contre, il s'agit672Sajjid 3 de Sajid. Lui et son frère ont été abattus à la sortie du palais de justice alors même qu’il était démontré que  l’accusation de blasphème les concernant avait été montée de toutes pièces. Quelques jours auparavant, des leaders musulmans avaient lancé des appels au meurtre, et des centaines d’émeutiers avaient mis à sac le quartier chrétien de Faisalabad.

Le 20 juin dernier, c’est un chrétien de 73 ans qui s’est retrouvé incarcéré suite à la plainte d’un voisin musulman avec lequel il avait un différend foncier. Il croupit dans sa geôle en attendant le verdict ; rappelons qu’il risque dans le meilleur des cas une amende, et au pire la peine de mort ou la prison à vie.

 

  

Zeeshan Joseph (SLMP's team member) and Kiran in Mayo HospiIl y a eu la terrible histoire de Shazia Shaheen, que vous pouvez relire ici. Mais le 10 mars dernier, c’est une autre petite fille de 10 ans qui est morte brûlée vive, après avoir été « épousée » et convertie de force par un musulman, qui l’a mise enceinte. Kiran George (ci-contre) a eu le courage de s’enfuir pour se mettre sous la protection de la police ; celle-ci a refusé d’enregistrer sa plainte, et il est probable qu’elle a prévenu le « mari » : celui-ci a réagi en la brûlant vive.

 

 

 

Vous en voulez encore ? Voici Arshed Masih. Je laisse la parole à l’agence de presse des MEP, Eglises d’Asie : « Le 23 mars, c’est toute une famille de chrétiens au service d’un riche musulman de Rawalpindi qui a vu sa destinée brisée. Arshed Masih et sa femme Martha travaillaient depuis cinq ans, lui comme chauffeur, elle comme domestique, pour Sheikh Mohammad Sultan. Pour une raison ou une autre, celui-ci a voulu se séparer de ses deux employés et leur aPakistan-Arshed-Masih.jpg demandés de se convertir à l’islam s’ils voulaient rester à son service. Devant le refus d’Arshed Masih et de son épouse, les menaces se sont faites plus pressantes et le couple a été accusé d’avoir volé des objets de valeur. Niant être l’auteur du vol et refusant de céder à la demande de conversion, Arshed Masih a été brûlé vif par son employeur le 19 mars et sa femme violée par des policiers habitant en face du domicile de Mohammad Sultan. Après trois jours d’agonie, Arshed Masih est mort à l’hôpital de la Sainte-Famille à Rawalpindi. Agé de 38 ans, il laisse trois orphelins de 7 à 12 ans qui, semble-t-il, ont assisté au calvaire de leurs parents. »

 

Je m’arrêterai là pour les photos. Et je reste avec mon amertume. Pourquoi seulement 9404 ? Le seul espoir des chrétiens pakistanais, c’est que l’opinion internationale se mobilise pour faire pression sur leur gouvernement afin que cette loi anti-blasphème soit purement et simplement abrogée. Et c’est jouable. Le pouvoir pakistanais est un pouvoir qui ne tient que parce que l’Occident le veut bien. Alors que font Reporters sans frontières, Amnesty International ?Pourquoi n’informent-ils pas l’opinion publique ? Pourquoi l’AED est-elle seule à monter au front ?

Une première recherche sur le site d’Amnesty International m’informe que la recherche Pakistan + blasphème donne 3 résultats. J’apprends donc dans la première dépêche qu’un vieil homme soufi (courant musulman hétérodoxe) a été condamné à mort pour blasphème le 5 septembre 2000. La seconde dépêche m’explique que cinq journalistes ahmadis (autre courant musulman hétérodoxe) ont été poursuivis pour le même chef d’inculpation en avril 1994. Aucune des deux dépêches ne mentionne le sort des autres minorités religieuses, dont les chrétiens. En juillet de la même année, Amnesty publie un rapport sur cette fameuse loi : les chrétiens y figurent (enfin, si j’ose dire) en bonne place. Mais les années passent, la situation empire et les chrétiens semblent disparaître des préoccupations d’AI : plus aucune condamnation de chrétien n’est rapportée sur leur site depuis le 18 juin 2007. Mieux : en août 2009, une nouvelle déclaration publique de l’ONG demande au gouvernement pakistanais de prendre des mesures pour abroger d’ici un an la loi anti-blasphème. Le seul exemple cité est celui des cinq Ahmadis, qui remonte à janvier 2009. Pas un mot de la plainte contre onze chrétiens de juillet de la même année, qui avait déclenché un véritable pogrom dans le village de Bahmani Wala où 112 familles chrétiennes vivaient.

Peut-être aurai-je plus de chance sur le site de Reporters sans frontières. La liberté d’expression, c’est un peu leur truc, non ? Je jette donc un œil. Et là, il m’a fallu, je vous l’avoue, frotter mes yeux plus d’une fois à la lecture du communiqué de RSF. Lisez vous-mêmes :

Dans une résolution adoptée à Strasbourg le jeudi 20 mai 2010, le Parlement européen a demandé au Pakistan de « revoir en profondeur » ses lois sur le blasphème qui ouvrent selon lui la voie à « tous les abus ». […]

Nous saluons bien entendu la démarche du Parlement européen et la légitimité des demandes qu’il adresse au Pakistan. Nous attirons cependant l’attention des parlementaires sur la nécessité de revoir dans le même temps les législations européennes en la matière. Il est peu cohérent de demander à un Etat tiers de revoir en profondeur ses lois sur le blasphème quand on continue à accepter en Irlande l’existence d’une loi instituant le blasphème en délit, puni par des amendes pouvant aller jusqu’à 25 000 euros[…].

D’autres pays européens (Portugal, Danemark et Pologne entre autres) disposent encore de lois similaires qui prescrivent toujours des peines de prison et des amendes importantes. Même si elles ne sont que très rarement appliquées, leur existence constitue une limite à la liberté d’expression, incompatible avec les standards démocratiques européens. Il est impératif que les députés européens prennent position avec la même fermeté pour que ces législations soient définitivement retirées du droit européen. Les résolutions du Parlement sur ce sujet s’en trouveraient considérablement renforcées .

A l’heure où le caricaturiste suédois Lars Vilks ne peut plus faire de conférence sur les possibilités de brocarder les religions sans s’exposer à des agressions et à l’attaque de sa maison par des jets de cocktails Molotov, il nous semble important que le Parlement européen rappelle aux Etats membres que si la Charte des droits fondamentaux garantit dans son article 10 la liberté de culte, elle garantit aussi dans son article 11 la possibilité de critiquer des religions, et par extension le blasphème.

 

J’aimerais bien vous montrer les visages des martyrs irlandais, portugais, danois et polonais, victime de ces épouvantables législations européennes, mais bizarrement j'ai eu toutes les peines du monde à les trouver. Et pour cause.

La loi irlandaise, promulguée en 2010, vise à protéger de « toute publication grossièrement injurieuse et abusive envers les croyances sacrées de toutes les religions, qui causerait un outrage à un nombre conséquent de membres de cette religion, à quelques exceptions près ». N’en déplaise à RSF, tous les pays européens n’ont pas le même rapport à la laïcité que la France. Cette loi visait simplement à étendre aux autres croyances la protection dont jouissait de manière exclusive jusque-là la religion catholique. Même chose au Danemark, où la loi n’a jamais été invoquée. En Pologne, une loi similaire a servi en 2003 pour condamner une « artiste » ayant réalisé un crucifix avec des organes génitaux en son centre, ce qui a lui a valu une notoriété que son talent seul n’aurait jamais permise.

La réaction de RSF est parfaitement indécente. Ecœurante. Et inquiétante. A un degré tel de confusion des genres, que dire ?

La seule chose que l’on peut faire, c’est soutenir les chrétiens du Pakistan en signant l’une des pétitions. Celle de l’AED, ou celle des immigrés chrétiens pakistanais de Grande-Bretagne. Faites circuler l’information par mail, par téléphone, dans vos paroisses, vos immeubles. Il faut que cette loi soit abolie.

Maintenant vous savez.

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29 juin 2010 2 29 /06 /juin /2010 11:24

baillon-20b.jpgIl faudra que l’on sache. Il faudra que l’on nous explique. Que l’on explique pourquoi, sur la base de quelles révélations, de quelles motivations sérieuses le juge Wim de Troy a effectué cette perquisition. Ce qui me choque, moi, ce n’est pas tant la mise en scène « hors de proportion », pour reprendre l’expression de Dirk Depover, le président de l’association pour enfants disparus et sexuellement exploités Child Focus. Oui, comme Mgr Léonard l’a souligné, « en quelques heures, l’image de l’Eglise a été ternie » - rappelons tout de même que les crimes des prêtres s’en étaient déjà chargé. Et les délires du parquet perquisitionnant les tombes à la recherche d’une preuve d’un complot propédophile de la part de l’institution ecclésiale sont somme toute bien dans l’air du temps : à l’heure du grand complot, du « on nous cache tout », de la paranoïa du N.O.M[1]., de Dan Brown considéré comme un historien fiable, il n’est pas étonnant que circulent des légendes urbaines sur des secrets planqués dans des chambres funéraires – c’est même un poncif de la littérature conspirationniste qui spécule à l’infini sur les découvertes, à Khéops ou ailleurs de chambres « de décharge », dont l’intérêt, purement architectural, n’a révélé ni Graal, ni Arche d’alliance, ni Porte des Etoiles, pas même le plus petit denier tournois tombé de la poche d’un templier venu transférer en secret le corps de Jésus dans un ashram tibétain. C’est une logique de méchant-de-film-américain : je perds du temps à expliquer pourquoi je suis méchant afin que le gentil ait le temps de se défaire de ses liens, et je me fais suer à creuser une chambre secrète dans une tombe de cardinal pour y camoufler les preuves de mes crimes plutôt que d’aller acheter pour 30€ une déchiqueteuse au BHV. Arrêtons-nous là, Koztoujours a parfaitement souligné ce point précis.

Oui, l’ambiance qui règne aujourd’hui en Occident est au catho-bashing. Au Québec, le malheureux cardinal Ouellet n’a-t-il pas plutôt émis l’hypothèse que l’on puisse proposer autre chose aux femmes en détresse que d’avorter, que les réactions les plus délirantes se sont enchaînées. Je ne prendrai qu’un exemple dans la vague médiatique de haine qui l’a aussitôt submergé : Cyberpresse a ouvert illico ses colonnes au « conseiller en promotion de la santé » Stan Shatenstein, qui nous explique doctement que l’Eglise est illogique, parce que, et je le cite, « si toute vie est sacrée, il faudrait protéger celle de chaque spermatozoïde et de chaque ovule ». Ah ! que voilà de la réflexion, de la vraie, et profonde et tout et tout, et qui bouleverse les perspectives sur le sujet.

Aux Etats-Unis, la Cour suprême refuse de reconnaître l’immunité du Saint-Siège ; en Grande-Bretagne, on peut faire la Une des journaux en clamant vouloir poursuivre Benoît XVI au TPI pour « crimes contre l’humanité » ; et la liste pourrait s’allonger à l’infini.

 

 Mais l’Eglise, qui en a vu d’autres, s’en remettra, et la réaction du n°2 du Saint-Siège, le cardinal Bertone, est excessive au possible. Je crois même profondément que tout cela aura, à plus ou moins long terme, l’effet strictement inverse. Pourquoi ? Parce que c’est lorsqu’elle est un lieu de pouvoir que l’Eglise trahit sa mission qui est d’être au service des hommes. Dans les affaires de pédophilie du clergé, qu’est-ce qui nous frappe ? Que les prêtres concernés sont, selon l’expression judiciaire consacrée, des personnes ayant autorité. L’Eglise remplit sa mission quand elle est service, pas autorité. Et peut-être que cette crise nous permettra de le redécouvrir.

 

Il n’en reste pas moins que notre affaire belge est un magnifique gâchis. Pour qui ? Oh, pas grand-monde, presque personne. De simples gens qui n’ont rien demandé à personne, ni à être violés, ni à se retrouver otages d’une campagne anti-Eglise[2]. Des hommes, des femmes comme vous et moi, devenus prétextes à vendre du papier et de l’image à foison. Des gens dont à qui l’on ne donne la parole que lorsqu’ils acceptent de livrer cette intimité dont nous sommes tenus, nous post-modernes, de nous repaître à l’infini. Je veux parler des victimes de ces abus sexuels.

Car plus lamentable encore que les tombes des cardinaux, c’est le saccage du travail de reconstruction de ces personnes qui me rend malade aujourd’hui.

Il y avait un accord entre le Ministère de la Justice belge et l’Eglise catholique. Cet accord visait, non pas à étouffer les affaires, mais à permettre aux victimes, dans le cadre d’une Commission pour le traitement des plaintes pour abus sexuels dans une relation pastorale, à laquelle participaient deux magistrats nommés par le ministère, d’être entendues sans forcément passer par un procès. Et à ceux qui hurlent que l’Eglise ne veut pas faire la vérité sur ces affaires, un seul chiffre : la Commission a reçu 475 plaintes. Vendredi, les 475 dossiers ont été confisqués par le parquet. La commission s’est donc auto-dissoute.

Imaginez un instant ce que peuvent ressentir ces 475 personnes. Placées à un moment de leur vie sous l’emprise physique ou psychologique d’un agresseur qui a assujetti leur liberté et pris le contrôle de leur corps. Les voici à nouveau privées de l’exercice de cette liberté par la justice. D’abord un corps qui ne vous appartient plus, maintenant votre libre-arbitre bafoué. C’est absolument scandaleux. Considère-t-on, au Parquet de Bruxelles, que ces personnes n’ont pas leur mot à dire ? Qu’une déferlante de procès, permettant à une justice belge de se refaire une beauté après le fiasco Dutroux, vaut mieux que d’aider ces gens à se remettre debout ? Il semble malheureusement que oui.

Je vais vous révéler quelque chose que les personnes qui accompagnent les victimes savent très bien : porter plainte n’est pas forcément une bonne chose pour la victime. Porter plainte, c’est partir pour un combat que toutes n’ont pas les forces de mener. C’est commencer par aller au commissariat. Raconter une première fois. Puis, si votre affaire n’est pas prescrite, on vous oblige (c’est la loi) à une visite médicale, même si les faits remontent à plus de quelques jours. Certains 15 ans après l’agression… Puis le parcours continue. Si vous connaissez votre agresseur, vous devrez subir une première confrontation. Si vous avez du bol, il reconnaîtra les faits ; dans le cas contraire, vous serez là, blême, devant le juge et le violeur, souvent dans la même sidération que vous avez subie durant le viol – on appelle cela, en psychologie, « l’effet d’emprise ». Il vous faut écouter les dénégations de votre violeur, essayer de tenir bon. Et quand, des mois plus tard, le procès s’ouvre, si le procès s’ouvre, c’est à nouveau raconter devant l’accusé, le juge et un jury populaire votre calvaire. Ecouter l’avocat de la défense expliquer que bon, après tout, vous l’avez peut-être un peu cherché, hein. Attendre le verdict. Un verdict qui, s’il est inférieur aux réquisitions de l’avocat général, vous laissera un goût amer toute votre vie. Et si votre agresseur est acquitté (aucun procès n’est écrit à l’avance) repartir plus détruit que jamais.

Il est bien évident que ceux et celles qui ont le courage de porter plainte doivent le faire, ne serait-ce que pour mettre hors d’état de nuire des gens dangereux. Et je les salue bien bas : ce sont des héros. Mais tout le monde n’a pas l’étoffe d’un héros. Dans les associations d’aide aux victimes, on le sait bien. Ecoutons les Chiennes de Garde :  « Pour des femmes dont le psychisme est fragilisé par le traumatisme qu’elles ont subi, toutes ces étapes du processus judiciaire sont ressenties comme autant d’agressions qui viennent s’ajouter à l’agression initiale. ». Les magistrats le savent aussi. Il n’y a pas si longtemps, lorsque la loi faisait encore la distinction, certains juges préféraient déqualifier le viol en agression sexuelle, passible alors de la correctionnelle, pour éviter aux victimes d’avoir à subir les assises. Cela partait d’un bon sentiment. Mais cela niait leur histoire.

475 dossiers. 475 personnes qui avaient délibérément choisi de s’en remettre à la Commission de l’Eglise belge. 475 victimes de nouveau niées.

Bravo, M. le juge Wim de Troy.

Osons espérer que le Parquet de Bruxelles n’entamera pas des poursuites judiciaires contre l’avis des victimes. Souhaitons que ce gâchis soit justifiable. Car, décidément, il faudra bien nous expliquer.

ADDENDUM 14h50: Confirmation de mon analyse: certaines victimes se sentent trahies par la justice et n'hésitent pas à le faire savoir: http://www.rtbf.be/info/belgique/judiciaire/eglise-et-pedophilie-en-belgique%C2%A0-des-victimes-se-sentent-piegees-232046?utm_source=twitterfeed&utm_medium=twitter



[1] Nouvel Ordre Mondial, pour ceux qui ne sont jamais allée sur nouvelordremondial.cc ou conspiration.cc

[2] Faut-il rappeler que le nom de code de la perquisition à l’archevêché de Bruxelles-Malines, était « Opération Eglise » ?

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3 juin 2010 4 03 /06 /juin /2010 20:36

l_4afa792944a5456cafa33375572e82f5-copie-3.jpgUltra-Homo vit à Lyon, France, en 2010. Une France qu’il aime et qu’il a bien du mal à reconnaître. Une France qui se sclérose, qui a peur de tout et de tous, où le nombre de jeunes homosexuels qui veulent mourir est de plus en plus grand. A qui la faute ? A l’homophobie, bien sûr.  Certes, de grands pas ont été accomplis ; la pénalisation de l’homophobie fait que les casseurs de pédé se font plus discrets. Mais il existe des bastions de haine anti-gay. Les religions, par exemple. Surtout la catholique. La laïcité, ok, pourquoi pas, mais on voit bien ce que ça donne avec les cathos. Ils lui refusent les sacrements à cause de ce qu’il est, un homosexuel. C’est intolérable. Alors bien sûr, il va dire aux journalistes que s’il a choisi le parvis de la primatiale Saint-Jean pour le kiss-in, c’est parce que c’est un lieu public. Mais avec ses amis, il se marre : ça leur fera les pieds aux cathos ! On verra s’ils restent stoïques, haïssant le péché, aimant le pécheur, comme ils disent… Oui, ce soir il y sera au kiss-in. Bravant les fous de Dieu, pour un monde meilleur.

 

Ultra-Catho vit à Lyon, en France, en 2010. Une France qu’il aime et qu’il a bien du mal à reconnaître. Une France qui a oublié ses racines chrétiennes, qui a peur de tout et de tous, où le nombre d’actes antichrétiens ne cesse d’augmenter. A qui la faute ? A la perte des valeurs, bien sûr. Certes, de grands pas ont été accomplis : de plus en plus de jeunes semblent rejeter le bazar idéologique soixante-huitard et réclamer le retour des vieilles valeurs françaises. Mais il existe  des bastions de haine anti-chrétienne. Les homosexuels, par exemple, surtout les « homosexualistes ». La tolérance, ok, pourquoi pas, mais on voit bien ce que ça donne avec les homos. Ils veulent imposer l’abolition de la différence des sexes à la société. C’est intolérable. Alors, bien, sûr, il va dire aux journalistes que s’il a choisi de défendre le parvis de la Primatiale Saint-Jean, c’est parce que c’est un lieu chrétien. Mais avec ses amis il se marre : ça leur fera les pieds aux homos ! On verra s’ils restent stoïques, tolérance pour tous, comme ils disent… Oui, ce soir il y sera au « kiss-haine ». Bravant les folles dégénérées, pour un monde meilleur.

 

Pensaient-ils vraiment, les catholiques ultras, que le fait de brandir un crucifix devant un militant gay le convertirait illico ? Croyaient-ils réellement, les gays ultras, que venir s’embrasser devant une église fera tomber les écailles des yeux du Pape qui s’empressera de célébrer un mariage homo à Saint-Pierre-de-Rome ?

Le concept d’idiot utile (qu’on appelle également la jonction des extrêmes) est toujours fascinant. Nul doute que le 18 mai dernier, c’est avec la même allégresse, la même odeur de poudre dans les narines, que Ultra-Homo et Ultra-Catho sont partis z’en guerre. Chacun d’eux persuadé de défendre les Vraies Valeurs,  de pourfendre les Vrais Dangers, ceux-qui-sont-à-nos-portes-et-que-nous-sommes-seuls-à voir. Paladins de Tolérance® d’un côté, Chevaliers de Chrétienté® de l’autre. En s’embrassant à pleine bouche devant la cathédrale Saint-Jean, qui en a vu bien d’autres, nul doute que les premiers ne se soient crus à Stonewall, et les seconds, récitant virilement le chapelet, au baptême de Clovis. Nul doute non plus qu’à l’issue de ce désolant face-à-face chacun, quel que soit son camp, est rentré chez lui la conscience nette et le sentiment du devoir accompli en bandoulière, en se disant : « Quand on voit ce qu’on voit, et qu’on entend ce qu’on entend, décidément, on a bien raison de penser ce qu’on pense ».

 

La main sur le cœur, Ultra-Homo le jure : il voulait simplement pouvoir embrasser tranquillement en public. Est-ce sa faute s’il y a justement une cathédrale là où il a innocemment demandé la permission à la Préfecture ? On aurait pu le croire si ç’avait été le cas d’un seul kiss-in. Et puis l’on compte. Un kiss-in à Paris, devant Notre-Dame. Un kiss-in à Lyon, devant Saint-Jean. Et un kiss-in à Metz, devant la cathédrale Saint-Etienne,  ce samedi. Arrêtons de jouer les bécasses : c’est bien l’Eglise catholique qui est visée. Le mouvement LGBT (qui ne représente pas, loin s’en faut, la totalité des homosexuels) flatte ici sa base de gauche anticléricale, au grand dam de certains dont Stéphane Dassé, l’ancien président de Gaylib : « il est impératif de nouer un dialogue avec les responsables religieux. Je reste convaincu qu’il existe des bonnes volontés partout et que la volonté de mieux vivre ensemble fini par l’emporter dès lors que l’on commence à se connaître et à se respecter, même si beaucoup de chemin reste à parcourir […] Je conçois parfaitement qu’il puisse être jouissif d’organiser un kiss-in devant une cathédrale, mais est-ce bien malin et responsable ? On voudrait détourner des Lgbt les catholiques susceptibles de nous aider que l’on ne s’y prendrait pas autrement. Cela n’excuse évidemment pas les violences des extrémistes catholiques aveuglés par leur endoctrinement que je condamne très fermement. »

Côté Ultra-Catho, on récuse bien évidemment toute agressivité. « On ne fait que se défendre, c’est eux qui ont commencé », etc.  Mais sur les vidéos des différentes confrontations, on voit bien la jubilation, l’Ave Maria hurlé à la gueule de l’adversaire, et ce délicieux « Sieg Heil » final dont on proteste côté catho-ultra que c’est le fait d’une minorité non-catholique « qui avait toute sa place dans le rassemblement ».

Je déteste profondément cette affaire de kiss-in. Parce que les méthodes employées d’un côté comme de l’autre puent. Parce qu’il s’agit d’occuper le terrain médiatique, de créer de toutes pièces un affrontement entre deux communautés qui auraient bien besoin de se parler davantage. Il s’agit de vouloir récupérer, d’un côté comme de l’autre, des cardinaux dont par ailleurs on ne se prive pas de dire du mal : Mgr Barbarin à ce titre est exemplaire, qui se voit cloué au pilori par les ultras pour être allé dîner avec  des francs-maçons, les mêmes déformant le sens de ses propos et faisant de son interview au Progrès une incitation à contre-manifester devant Saint-Jean. Et en face, pareil : on somme le cardinal de prendre position [1]immédiatement en désavouant, je cite, « l’absence de condamnation par le Vatican des violences commises contre les personnes homosexuelles et transsexuelles au nom de la religion catholique » (au passage, j’aimerais assez que l’on me cite une ou deux de ces violences « au nom de la religion catholique », mais passons). Le but ultime ? Forcer Mgr Barbarin à faire de la politique, un peu comme quand on essayait de forcer Jésus à se positionner (et lui répondait en dessinant sur le sol)[2]. Et faire en sorte que nul ne puisse à l’avenir se dire homosexuel sans que l’étiquette du mouvement LGBT ne lui colle à la peau, ni catholique sans que l’on y ajoute immédiatement « facho ». En cela, j’ai beaucoup aimé la prise de position courageuse des frères Pouzin, du groupe Glorious, ainsi que celle de Jean-Baptiste Maillard, qui tentent de rappeler quelques évidences. Je rêve que d’autres voix s’élèvent en disant : « Assez de ce cirque ! »

Mais il en faudra plus pour que le cycle commencé s’arrête. On peut s’attendre à un kiss-in tous les samedis devant chaque cathédrale de France.  Ce samedi, c’est Metz. Et tous les diocèses seront touchés. Et l’on verra partout les mêmes agités ravis de trouver en face d’eux le nécessaire ennemi qui valide leur engagement. Et l’amalgame continuera. Les violences aussi.  Avec peut-être – et déjà je sens frissonner de plaisir les deux extrêmes – un ou deux « martyrs ».

Dans une histoire pas si éloignée sur le fond, qui s’est passée dans les eaux territoriales israéliennes, le Pape a déclaré : «  La violence génère un surplus de violence ». Ce serait bien que ceux qui brandissent si haut l’étendard du Vatican devant les militants LGBT fassent un peu plus de cas des paroles prononcées depuis le trône de Pierre.



[1] L’an dernier, alors que les mêmes manifestants pro-LGBT manifestaient devant Saint-Jean, le cardinal avait créé la surprise en invitant ces derniers à discuter. Il faut croire que cela n’a pas plu aux plus extrêmes d’entre eux ; alors qu’un dialogue avait été amorcé, pourquoi tout casser, si ce n’est justement parce qu’un adversaire avec lequel on ne discute pas – un cliché, en somme – est bien plus profitable en termes d’image médiatique qu’un partenaire avec lequel on avance ensemble ?

[2] Selon des sources autorisées, le cardinal Barbarin, à qui l’on rapportait les slogans chantés durant le kiss-in, a validé non sans humour l’un d’eux, hurlé par les pro-LGBT : « Deux planches, trois clous, Il l’a fait, pourquoi pas vous ? » « Celui-ci », a dit le cardinal, « je le valide, c’est le fondement de la foi chrétienne. »

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5 mai 2010 3 05 /05 /mai /2010 18:50

Apparition-Medjugorje.jpg

Merci à Edmond Prochain pour le titre ;)

C’est une info qui, sans  passer tout à fait inaperçue, n’a guère provoqué de commentaires dans la presse généraliste. Le 17 mars dernier, le Vatican a confirmé la création d’une commission d’enquête sur les apparitions de Medjugorje. On comprend que l’info n’ait pas, en dehors du cercle assez réduit des pro- et anti-Medjugorje, soulevé l’enthousiasme des foules. Mais la création de cette commission est exemplaire de la façon dont Benoît XVI est décidé à s’attaquer à tout ce qui peut créer le scandale dans l’Eglise. On l’a vu avec la pugnacité dont il a fait preuve dans l’épouvantable dossier des Légionnaires du Christ, même au prix d’une tourmente telle que l’Eglise n’en avait pas connue depuis des années.

Petite parenthèse pour un rappel des faits. En juin 1981, six gamins de la petite ville de Medjugorje vont se cacher pour fumer (ce qu’ils ont reconnu sous serment). A leur retour, ils disent avoir vu une Dame (Gospa en croate). Les franciscains qui tiennent la paroisse les soutiennent. La nouvelle se répand. Les messages de la Dame, qui révèle être la Sainte Vierge, se suivent, bizarres, contradictoires, et pour tout dire bien peu orthodoxes. L’apparition incite en effet à désobéir à l’évêque, demande à ce qu’un chauffeur de taxi jette un mouchoir ensanglanté à la rivière pour éviter la fin du monde, manque faire tomber l’Enfant Jésus, etc. Les voyants se contredisent à maintes reprises. Des religieux qui les entourent sont convaincus de mensonge, voire pire (deux au moins ont eu des enfants). La totalité des mensonges, semi-vérités, bizarreries et bourdes théologiques de la Gospa ne tiendrait pas en 100 pages ; ceux qui veulent aller plus loin, consulteront avec profit l’excellent site de Michel Leblanc Vitam Impadere Vero.

Revenons-en plutôt à la commission, dont on peut consulter la liste exhaustive ici. Pourquoi est-elle exceptionnelle ? Tout d’abord parce qu’en matière d’apparitions, Rome ne se prononce jamais. Ou du moins pas avant l’ordinaire du lieu. En l’espèce, les évêques successifs de Mostar, Mgr Zanič tout d’abord puis son successeur Mgr Perić, ont dénié aux apparitions de la Gospa tout caractère surnaturel.

Ensuite, parce que la composition de cette commission est extrêmement intéressante si l’on y regarde de plus près. Un certain nombre de ses membres, en effet, à commencer par son président, ne croit pas aux apparitions de la Gospa.

Commençons justement par le président, Mgr Camillo Ruini. Cet ancien vicaire de Rome, ex-président de la Conférence ruini.jpgépiscopale italienne, est un fin politique. Estimé de Benoît XVI, il n’avait pas hésité à faire de la CEI une voix importante du débat politique italien. A la retraite depuis peu, il avait à plusieurs reprises manifesté de sérieuses réserves quant à l’authenticité des apparitions de Medjugorje, notamment lorsqu’il avait été chargé par le cardinal Ratzinger de trancher l’affaire de la Madone de Civitavecchia, une statue de la Gospa qui pleurait des larmes de sang. L’évêque du lieu avait alors réuni à la hâte une commission qui s’était prononcée en faveur du constat de supernaturalitate (i.e. « cause surnaturelle ») le 19 avril 1995, par sept voix pour, une voix contre et trois abstentions, dans une ambiance fort œcuménique (le maire communiste de cette petite cité, imaginant déjà les retombées économiques de l’affaire, avait offert de l’argent à l’église locale pour la construction d’une basilique), à peine assombrie par le fait que le sang sur la statue était masculin et que son propriétaire avait fait appel à la Cour constitutionnelle italienne pour s’assurer de son droit à ne pas faire les examens sanguins requis par l’évêque. Ratzinger, alors préfet de la Congrégation pour la doctrine de la foi, avait décidé de casser la décision de supernaturalitate en créant à son tour une commission, présidée déjà par Ruini, qui a conclu à un constat de non-supernaturalitate.

On trouve également dans cette commission le cardinal Angelo Amato. Un autre fidèle de Benoît XVI avec lequel il a travaillé à la Congrégation pour la doctrine de la foi avant de devenir préfet de la Congrégation pour la cause des Saints. Il y remplace depuis 2008 un adversaire déclaré de Medjugorje, le cardinal Saraiva Martins (voir son interview ici), atteint par la limite d’âge. Mgr Amato est lui aussi extrêmement réticent devant les prétendues apparitions. En voici pour preuve l’instruction qu’il a donnée à la Conférence épiscopale de Toscane en 2007, où il invite les évêques toscans à diffuser la position de l’évêque de Mostar.

Parmi les autres cardinaux, le cardinal Julian Herranz, membre de l’Opus Dei, président émérite du Conseil pontifical pour les textes législatifs et président de la Commission disciplinaire de la curie romaine. On sait que l’Opus Dei, comme beaucoup de mouvements classés à droite de l’échiquier romain, n’est pas grandement fan de Medjugorje ; et le fait qu’un spécialiste de la discipline ecclésiastique soit compté dans la commission est assez révélateur. Surtout lorsque l’on sait que plusieurs franciscains proches des voyants, le père Tomislav Vlasic, le père Vego, le père Zovko, le père Prusina, ont été lourdement sanctionnés par l’Eglise ; le père Vlasic, par exemple, a été suspendu a divinis pour hérésie, schisme et actes scandaleux contra sextum (contre le 6e commandement) – en raison de l’enfant qu’il a eu avec une religieuse.

puljic.jpgDu côté des autorités locales, c’est le cardinal Vinko Puljic, archevêque de Sarajevo, président de la Conférence épiscopale de Bosnie-Herzégovine, qui siège à la commission, et non l’évêque de Mostar, Mgr Peric. Cela semble assez malin : le pauvre Mgr Peric a subi tant d’injures de la part des partisans de Medjugorje qu’une décision invalidant les apparitions apparaîtrait aussitôt, s’il était membre de la commission, comme l’œuvre de Satan au sein du Vatican. S'ajoute à ceci un point de droit: il ne peut être à la fois juge et partie. Quant à Mgr Puljic, il s’était plaint en 2004 de ce que les phénomènes de Medjugorje étaient « source de divisions dans l’Eglise » ; s’appuyant sur la décision de la Commission épiscopale bosniaque, qui avait dénié en 1991 tout caractère surnaturel aux apparitions, il affirmait en novembre dernier : « Le problème doctrinal du phénomène de Medjugorje est résolu, mais sa signification pastorale doit encore être pris en compte ».

Deux franciscains dans la commission. C’était incontournable : il est probable que l’affaire Medjugorje n’aurait jamais pris une telle ampleur sans la complicité des franciscains du lieu, en guerre ouverte contre les évêques successifs de Mostar depuis des années. Il faut savoir que la Bosnie a été pour une immense part évangélisée par les disciples de Saint François ; que ceux-ci y sont devenus une véritable élite économique et politique, et que lorsque Rome a nommé pour la première fois, en 1980, un évêque qui n’était pas issu de leurs rangs et qui a eu l’outrecuidance de demander à ce que les paroisses sous contrôle franciscain soient rendues au diocèse, ce fut un tollé et le début d’une guerre de tranchées entre le diocèse et les frères locaux. Les voyants de Medjugorje n’obtenant pas de soutien – bien au contraire – de la part de Mgr Zanic, ils s’allièrent aux franciscains rebelles et l’on vit la Gospa fustiger l’évêque et appeler à la désobéissance. Depuis, de nombreuses sanctions sont tombées sur les frères rebelles ; mais il aurait été de fort mauvaise politique d’écarter l’Ordre des frères mineurs de cette commission. On va voir que le choix des deux franciscains dans cette commission est loin d’être anodin.

  Tout d’abord, le père David Jaeger. Un spécialiste des dossiers ultra-sensibles. De nationalité israélienne, il a suivi pour le Vatican pendant des années le dossier ô combien épineux et complexe de l’application, toujours lettre morte à ce jour, de l’Accord fondamental entre le Saint-Siège et Israël.

Le deuxième franciscain est le père Zdzisław Józef Kijas. Encore un profil intéressant : recteur de l’Université pontificale de Théologie Saint-Bonaventure à Rome, il n’est membre de la Congrégation kijas.jpgpour la Cause des Saints que depuis janvier de cette année. Un mois de janvier riche en événements dans l’affaire qui nous intéresse ;  convocation du Cardinal Schönborn (voir infra) et volte-face aussi  subite qu’étrange du principal thuriféraire de la Gospa, René Laurentin. On peut se demander si cette nomination n’a pas été justement faite en vue de la création de la commission.

On le voit, cette commission ne paraît guère devoir s’occuper du caractère surnaturel ou non des apparitions ; la religion de ses membres semble faite, si j’ose dire. Ajoutez à cela que le pape actuel a lui-même réduit à l’état laïc le père franciscain Vlasic ; que le cardinal Schönborn, après une visite-surprise à Medjugorje, a été convoqué précipitamment à Rome (en général, pour des félicitations, on ne hâte pas les choses ainsi) ; que Benoît XVI alors cardinal Ratzinger, a fermement démenti (voir ici avec photocopie de la lettre originale) les histoires apocryphes qui courent sur une soi-disant vénération par lui-même ou son prédécesseur de la Gospa, et l’on voit que si Benoît XVI est bien décidé à s’attaquer au dossier Medjugorje, ce n’est probablement pas pour reconnaître les apparitions.

Il faut sans doute plutôt y voir la continuation d’une opération de purification d’un Benoît XVI décidément étonnant. Après s’être attaqué au dossier des intégristes, puis des Légionnaires du Christ, le voilà qui continue à lever un à un les dossiers sensibles. Et Dieu sait que celui-ci l’est. Parce que Medjugorje, ce n’est pas uniquement une affaire d’apparitions ou pas. C’est également une affaire de fruits.

« Les fruits de Medjugorje »… L’argument principal des défenseurs des apparitions. Des millions de pèlerins qui se rendent sur les lieux depuis 30 ans. Des conversions, des gens qui retrouvent le chemin de la prière et des sacrements. C’est indéniable. Ces gens-là ont droit à une parole claire de l’Eglise. Cette parole existe, depuis que l’évêque de Mostar suivi par la Conférence des évêques bosniaques a rendu son verdict. Mais les partisans de Medjugorje n’ont cessé de dénigrer ces décisions en arguant que c’était à Rome de trancher, et ils l’ont si bien fait que la voix des évêques locaux est devenue inaudible ou suspecte pour beaucoup. Aujourd’hui, beaucoup de pèlerins sincères sont persuadés que l’Eglise ne s’est pas prononcée. Il fallait donc que Rome se saisisse du dossier pour mettre un terme à la controverse.

Il faut aussi que l’Eglise puisse accompagner en discernement et en vérité les fidèles sur place. Ce qu’elle fait déjà – mais la tâche n’est pas aisée ; là-bas, vous pouvez assister aux « visions » des voyants, puis vous confesser à un prêtre qui pense que ces visions sont une supercherie. Et il y a l’implication d’une partie non négligeable du Renouveau charismatique à Medjugorje - partie totalement absente de la commission vaticane par ailleurs – qui pose un problème supplémentaire : on sait que beaucoup de communautés nouvelles ont le vent en poupe et voient affluer beaucoup de convertis. On le voit, la comparaison avec la gestion du dossier des Légionnaires du Christ (que Joachim Bouflet avait déjà faite)  n’est pas fortuite : un mouvement qui recrute énormément, qui suscite des vocations nombreuses, cela ne vaudrait-il pas la peine de fermer les yeux sur les irrégularités que l’on y constate ?

Et puis il y a tout un volet politique à cette affaire. Quand on sait que les pèlerinages à la Gospa constituent la principale source de devises étrangères de la Bosnie Herzégovine, on comprend pourquoi la commission vaticane comporte autant de diplomates et de fins politiques.

La commission a décidé de prendre son temps. On ne peut que l’en féliciter. Sortir de ce sac de nœuds ne se fera pas en quelques jours. Mais quand même… Quel début de pontificat. Chapeau Benoît XVI.

 

 

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21 avril 2010 3 21 /04 /avril /2010 16:10

e52eb_marcial_maciel.jpgA lire ici et ici, sur le blog d'ex-légionnaires du Christ, une enquête fouillée du grand hebdomadaire américain National Catholic Reporter, sur la façon dont le fondateur des Légionnaires a arrosé un certain nombre de cardinaux de cadeaux pour échapper aux enquêtes canoniques, et comment seuls deux cardinaux de la Curie, le cardinal Laghi, préfet de la Congrégation pour l'Education Catholique, et le cardinal Ratzinger, ont toujours refusé ce qu'il faut bien appeler de la corruption. L'original pour les anglophiles et phones est . Du grand reportage.

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19 avril 2010 1 19 /04 /avril /2010 17:46

Somalie--1.jpg

Il est de bon ton, lorsque l’on est chroniqueur dans un journal, de se démarquer de la tonalité des articles d’information par une certaine ironie. Histoire de montrer qu’on prend de la hauteur par rapport au sujet évoqué,  et que l’on invite à réfléchir au-delà de l’anecdote. C’est ce que tente de faire chaque jour Robert Solé, médiateur du journal,  à travers sa chronique dans Le Monde. L’exercice, souvent, ne décroche un sourire que forcé ; lorsqu’il propose par exemple de dissuader les Turcs d’adhérer à l’Union européenne en envoyant chez eux les « bandes braillardes et désordonnées, avec nos cannes à pêche, nos gros sabots et nos cocoricos » faire du tourisme. Dans cette chronique, il ne s’agissait bien évidemment pas de se prononcer contre l’adhésion de la Turquie à l’Europe ; il s’agit plutôt de suggérer que les Turcs, héritiers de la civilisation ottomane, seraient tout à leur place dans l’Union, au moins autant que ces affreux Français, qui ne sont que des crétins, c’est bien connu. D’ailleurs, personnellement, je ne me déplace jamais à l’étranger  que vêtue de braies gauloises, ma canne à pêche sous le bras et ma basse-cour portative, et je mets un point d’honneur à bramer dans les rues en parfaite rustaude.

Mais laissons-là cette chronique, un poil datée, et qui finalement ne fait que dérouler la doxa médiatique habituelle en matière d’adhésion de la Turquie à l’Union ; voyez-vous, Cohn-Bendit est pour, c’est dire si c’est trop cool. Venons-en plutôt à celle d’aujourd’hui, signée du même auteur. « Sous cloche », s’intitule-t-elle. Et elle démarre plutôt fort : par la citation du dernier rapport de Human Rights Watch sur la Somalie.

Un rapport que vous pouvez consulter en français ici et qui fait froid dans le dos. Il décrit comment les islamistes du mouvement Al-Chaabab mettent le pays en coupe réglée. Et comme à chaque fois qu’il s’agit de fous de Dieu, qu’ils soient musulmans ou pas, tout ce qui n’est pas eux est contre eux. Toute la population se retrouve sous leur joug, et tout le monde en bave, les chrétiens d’abord, mais aussi tout ceux dont l’Islam ne serait pas rigoureusement celui des combattants d’Al Chaabab.

Ce qui a marqué Robert Solé, ce ne sont pas ces femmes fouettées pour n’avoir pas porté l’abaya (la burqa locale), non pas d’ailleurs parce qu’elles seraient d’une autre religion, mais tout simplement parce qu’un tel vêtement est au-delà des moyens financiers d’une bonne partie de la population. Ce ne sont pas non plus ces hommes qu’on tue parce qu’ils cachent leurs enfants pour qu’ils ne soient pas enrôlés de force. Ce qui a marqué notre journaliste, ce sont les cloches. Les cloches de l’école que les islamistes ont interdites, de peur qu’elles n’évoquent celles des églises.

D’où la conclusion, en forme de pirouette, de Robert Solé : « En signe de représailles, la France, fille aînée de l'Eglise, pourrait évidemment bannir le croissant au petit déjeuner. Ou, mieux encore, supprimer tout zéro dans ses calculs, puisque la racine de ce mot - comme "chiffre" d'ailleurs - vient de l'arabe sifr. »

On comprend (ou on croit comprendre) la volonté de l’auteur en établissant un tel parallèle : répondre à une mesure stupide par une autre mesure stupide. Mais comment dire ? Un sentiment de malaise m’a saisie à la lecture de cette chronique. Car il ne s’agit pas que de symboles. Il s’agit de vies humaines. Et pour partie, de vies chrétiennes. Pour moi, ça ne change pas grand-chose : une vie est une vie. Mais c’est comme si, pour Robert Solé, la liberté religieuse était équivalente à un bien de consommation comme le croissant. Et au final, j’ai le sentiment que ce sont moins les islamistes somaliens qui sont visés, mais « la France-fille-aînée-de-l’Eglise », cette France aux racines chrétiennes, qui se trouve mise sur le même plan que la Somalie islamiquement pure dont rêve Al-Chaabab. Comme si le fait de penser que l’histoire de la France est intimement, intrinsèquement, ontonlogiquement liée au christianisme relevait d’une volonté d’en expurger tout ce qui n’est pas chrétien. Je suis fière de la France fille aînée de l’Eglise, et fière de la République française. Mon héritage ne fait pas de moi une nostalgique. Je suis fière de ses racines comme de ses rameaux. En fin de compte, peut-être est-ce là ce qui me sépare de Solé : je ne sacrifie pas à cette haine de soi tellement à la mode de nos jours.

Et je retourne lire le rapport de Human Right Watch pour essayer d’apprendre et de comprendre, puisqu’il ne faut manifestement pas compter sur Le Monde pour m’aider à le faire.

 

 

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8 avril 2010 4 08 /04 /avril /2010 19:18

i_presse.jpgA plus de 22000 signataires (à l’instant où j’écris ces lignes) en seulement 6 jours, je crois qu’on peut le dire : l’Appel à la vérité que nous avons initié, Frigide Barjot, François Taillandier, François Miclo, Koztoujours et moi, rencontre le cœur des gens. Nous l’avons lancé comme un ras-le-bol, sans plans, sans prévisions, sans calculs, simplement désireux de mettre notre notoriété plus ou moins grande pour faire entendre la lassitude de toute une frange de la population, du catho moyen, engagé ou pas à droite ou à gauche, à l’agnostique exaspéré.Depuis six jours, nous les regardons, ces signatures, avec joie, avec incrédulité aussi, notant ici ou là des signataires que nous n'attendions pas, comme les journalistes Bruno Roger-Petit et Jean-Dominique Merchet, ces trois prêtres mariés qui signent comme tels, ces protestants dont le pasteur Eric George d'Evreux, de l'excellent blog (tendance réformée-libérale) Miettes de théo, ces femmes qui signent "mère de prêtre" ou le théologien et pasteur luthérien Jehan-Claude Hütchen. Des gens de toutes tendances, de tous milieux, qui mélangent joyeusement leurs signatures uniques pour amorcer ce qu'il faut bien appeler un début de mouvement d'opinion.

Nous avons été beaucoup interrogés par la presse cette semaine. Des journalistes  plutôt  sur la défensive au départ, puis interloqués par la diversité des signataires, puis bluffés par leur nombre (Bourdin de RMC Info n'en revenait pas que nous ayons atteint les 10 000). Des journalistes enfin qui ont cherché à comprendre, et dont on a eu l'impression que tout doucement, pour certains, ils prenaient peut-être conscience de ce phénomène d'emballement médiatique que nous récusions.Et que cette minorité silencieuse qu'est le catholicisme en France s'exprimait enfin à haute et intelligible voix.


Alors bien sûr, tout n'est pas réglé. Même si les lignes bougent. On note toujours, par exemple, que l'AP a fait une dépêche de la plus haute importance sur l'opinion du président du Costa-Rica, prix Nobel de la Paix sur le célibat des prêtres. J'en suis très heureuse pour le Costa Rica, qui n'a pas si souvent les honneurs des agences de presse. Il faudrait passer le mot aux chefs d'Etat du monde entier: si vous voulez que l'on parle de votre pays, donnez votre opinion sur le célibat consacré.Il y a cette dépêche dont il faudra m'expliquer l'intérêt en termes d'info, et qui concentre un peu tout ce que nous reprochons en matière de surenchère: une non-info (un prêtre a séjourné dans un hôpital catholique, waaaah trop scandaleux - à quand une dépêche "Benoît XVI est né la même année qu'un pédophile américain") dont le seul objet, finalement, est de matraquer une fois de plus la phrase "Depuis fin 2009, l'Eglise catholique est secouée par des révélations en série d'abus pédophiles commis par des religieux, souvent couverts par leur hiérarchie, en Europe, notamment en Irlande et Allemagne, et aux Etats-Unis" alors qu'il s'agit précisément d'une affaire qui n'a pas été couverte par l'Eglise. Il y a ce communiqué de presse, reprenant le texte de l'Appel et ses 71 premiers signataires, que nous avions envoyé au premier jour à l'AFP. Il nous avait valu une réponse assez sèche de la journaliste, qui tout en précisant qu'elle n'engageait pas son employeur dans sa réponse, manifestait son incompréhension de notre démarche par un "vous consacrez autant de place à taper sur les médias qu'à exprimer votre solidarité avec les victimes et votre souhait que la vérité soit faite. Comme si les médias étaient responsables de la pédophilie dans l'Eglise (ou ailleurs) si vous avez détecté des médias qui pêchent par "partialité, méconnaissance ou délectation", que ne leur demandez-vous  un droit de réponse ???" et du coup ne reprenait pas l'info. En revanche, quand l'Osservatore Romano a publié notre appel, la même AFP qui a comme tous les médias du monde les yeux braqués sur ce journal vatican pour y lire la ligne de défense de l'Eglise, y a consacré une dépêche, sans prendre la peine d'aller sur notre site (qui était indiqué) et en traduisant du coup notre appel de l'italien au français, ce qui a mis dans notre bouche des mots que nous n'avions pas employés.

En voyant tout cela, je me dis que oui, il y a un problème. Et il ne concerne pas, ainsi que nous le soulignions dans l'Appel même, que le traitement médiatique des affaires religieuses. Plus largement, les journalistes occidentaux n'ont plus les moyens de  faire leur travail. Ni le temps ni l'argent. Ils sont obligés, le plus souvent, de se fier aux dépêches, et de faire confiance à des sources déjà passées au prisme des agences. Et cela, c'est grave. La mondialisation de l'info, c'est la mort de la presse libre.

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2 avril 2010 5 02 /04 /avril /2010 09:05

Vous trouverez sur le site www.appelaverite.fr le fruit de notre travail, à Koz, François taillandier, Frigide Barjot et moi.

Faites tourner!

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26 mars 2010 5 26 /03 /mars /2010 15:20

jpg_pakman-roi-du-maroc.jpgPendant que nos médias occidentaux se délectent à regarder dans le caleçon des prêtres et à vouloir impliquer Benoît XVI dans les affaires de pédophilie dans l’Eglise, les persécutions anti-chrétiennes continuent dans le monde. L’Aide à l’Eglise en Détresse nous le rappelait fort opportunément mercredi soir, en organisant sa 2e Nuit des Témoins à Saint-Sulpice (vidéos à venir bientôt sur le site de l’AED). Le Pakistan, toujours lui, est revenu dans cette triste actualité avec un fait divers particulièrement atroce qui n’a guère fait la Une de vos journaux. Je voudrais revenir dans ce billet sur la situation des chrétiens au Maghreb, plus précisément au Maroc, et surtout (que voulez-vous, c’est mon dada) sur la façon dont la presse française a traité l’événement.

Ou plutôt, sur la façon dont la presse française n’a pas traité l’événement.

En effet il n’y a guère que Famille Chrétienne qui se soit penchée (un peu) sur l’affaire des protestants évangéliques expulsés du Maroc pour « prosélytisme ». Courrier International y consacre quelques lignes et l’AFP donne la version à charge (comme souvent dès qu’il s’agit de christianisme).

Je vous cite cette dépêche de l’AFP du 9 mars dernier en intégralité :

De nombreux missionnaires étrangers, accusés de prosélytisme chrétien dans le Moyen-Atlas (centre), ont été "dernièrement" expulsés du Maroc, a annoncé lundi soir le ministère marocain de l'Intérieur dans un communiqué.
Le ministère n'a précisé ni le nombre de ces missionnaires, ni leur identité. Mais une source informée, interrogée par l'AFP, les a chiffrés à "une vingtaine de personnes, originaires en particulier d'Europe".
"Parmi les expulsés, figurent 16 personnes, résidents et dirigeants d'un orphelinat situé dans la commune de Aïn Leuh" (province d'Ifrane), selon le ministère.
Les personnes mises en cause, selon la même source, "mettaient à profit l'indigence de quelques familles et ciblaient leurs enfants mineurs qu'ils prenaient en charge, en violation des procédures en vigueur en matière de kafala (adoption) des enfants abandonnés ou orphelins".
La mesure d'expulsion s'inscrit dans le cadre de la "lutte menée contre les tentatives de propagation du crédo évangéliste, visant à ébranler la foi des musulmans", a poursuivi le ministère, soulignant que le Maroc a agi "conformément aux dispositions légales en vigueur, pour la préservation des valeurs religieuses et spirituelles du royaume".
"Sous couvert d'actions de bienfaisance, ce groupe s'adonnait également à des activités de prosélytisme visant des enfants en bas âge, n'ayant pas plus de dix ans", a encore indiqué le ministère, notant que dans le cadre de l'enquête ordonnée par le parquet général, des centaines de prospectus et de CD ont été saisis.

Soyons juste avec l’AFP : si elle a repris à la ligne près la position des autorités marocaines, elle n’est pas allée jusqu’à relayer les rumeurs les plus folles qui courent sur les chrétiens, rumeurs relayées par la quasi-totalité d’une presse locale aux ordres du gouvernement (le Maroc est classé 106esur 169 pour la liberté de la presse selon Reporters sans Frontières),  à une notable exception près, sur laquelle nous reviendrons plus tard.

 Voici par exemple le dossier que l’on peut trouver dans les colonnes de L’Observateur du Maroc , hebdo CSP+++ qui se présente comme « un journal de référence, dédié à l'élite engagée en faveur de la modernité, de la démocratie, de l'intégration à l'économie internationale, de l'extension des libertés publiques et individuelles ", et privilégiant l'enquête et les analyses » :

Le papier est signé du rédacteur en chef de l’hebdomadaire, signe de son sérieux. Je ne vous mets pas son article en intégralité, vous pouvez cliquer là pour le lire. Mais résumons : les chrétiens expulsés se sont attaqués à des enfants sans défense, ont enfreint la loi sur le prosélytisme qui est une très bonne loi, et attaquer la loi c’est attaquer le Roi, et à cause d’eux les ONG vont avoir du mal à bosser, etc.

A la suite de cet éditorial, vient une enquête. Et pas n’importe quelle enquête : on a dépêché sur place un envoyé spécial qui commence par donner la parole à l’imam local, lequel accuse les chrétiens qui géraient l’orphelinat Village of Hope d’avoir encouragé les prostituées locales à tomber enceintes afin de recueillir et de baptiser les enfants. Ensuite, on explique les vraies raisons des 4 conversions d’adultes recensées à Aïn Leuh : l’un pour avoir de jolies fringues et un portable, l’autre parce que pasteur, c’est mieux que maçon, le troisième pour pouvoir émigrer tranquillos en France, et le quatrième on sait pas, mais ça doit pas être bien jojo. Puis on nous explique que selon l’imam-mais-pas-que-lui-d’autres-gens-du-village-sont-témoins, ces affreux chrétiens (qui faisaient enseigner l’islam aux orphelins, comme le veut la loi) racontaient aux enfants que Jésus offre des cadeaux et que Mahomet les vole. Et refusaient que les gens du village adressent la parole aux inconnus. Bouh les affreux.

Vous me direz, c’est pas tellement étonnant, la presse au Maroc est aux ordres, le régime durcit depuis 2009 sa répression envers toute contestation, comme d’habitude les chrétiens sont désignés comme responsables de tout ce qui va mal dans le pays, bref, rien de neuf sous le soleil.

Là où ça devient un poil plus bizarre, c’est qu’ici en France on n’évoque pas cette histoire. Et c’est plutôt étonnant : les journalistes adorent les évangéliques d’habitude. Il n’y a qu’à voir le Nouvel Observateur, qui les met régulièrement en Une avec des beaux titres bien flippants, L’Express qui les compare aux islamistes, etc., etc.  Comment expliquer que mes confrères des grands médias aient loupé une occasion pareille ?

Première raison : on est en train d’essayer de faire la peau à Benoît XVI, on peut pas tout faire, là on a notre quota de christo-bashing. Il y a sans doute un peu de ça.

Deuxième raison : et si nos journalistes français avaient des intérêts dans la presse marocaine ?

Ce serait drôle non ? Imaginons un instant que plusieurs journalistes français, qui ont des postes important au Point, à l’Express, à Libération, à Rue89, qui seraient estampillés de ce côté-ci de la Méditerranée « spécialistes du Maghreb », écrivent dans le journal marocain dont je vous parle dans ce billet. Imaginons que du coup, ces braves confrères se retrouvent un peu gênés aux entournures pour critiquer ici une politique que leurs employeurs de là-bas soutiennent. Fiction me direz-vous ?

Pas tant que ça. Voici les noms.

Dominique Lagarde, grand reporter à l’Express.

Mireille Duteil, rédactrice en chef adjointe au Point.

José Garçon, journaliste à Libération et Rue89.

 

Ils composent la rédaction de L’Observateur du Maroc depuis son lancement en 2002, avec Naïm Kamal, conseiller à la direction de L’Opinion, un journal proche du parti nationaliste et monarchiste Istiqlal.

Sans commentaires.

 Je préfère vous donner à lire l’éditorial sur ce sujet d’un grand journaliste, le créateur du seul journal marocain réellement indépendant, un journal qui malgré les intimidations, les procès et les amendes pour « atteinte aux bonnes mœurs et au respect dû à la monarchie », continue d’écrire librement. Un exemple pour la presse française. Voici la fin de son article:

"Quant à l’expulsion manu militari de présumés contrevenants à la loi, sans qu’on leur laisse la moindre chance de s’expliquer devant la justice, c’est une nouvelle pierre ajoutée à cette montagne de preuves, face à laquelle même les plus diplomates des “amis du Maroc” (dont l’ambassadeur des Etats-Unis) ne parviennent plus à rester silencieux : chaque jour, notre pays s’éloigne un peu plus de l’Etat de droit. Chaque jour, il écorne un peu plus son image, déjà largement surfaite, de “pays d’ouverture et de tolérance”. A cause d’un calcul politique aussi méprisable que dangereux (contrer les intégristes en les doublant sur leur terrain), l’Etat marocain est en train de nous plonger dans les ténèbres - en détruisant au passage la vie d’orphelins innocents. C’est honteux, c’est misérable… et c’est effrayant !"

 

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21 mars 2010 7 21 /03 /mars /2010 18:54

medium_Benoit_XVI.jpgLa revue de presse que l’on peut commencer à effectuer sur la réception de la Lettre pastorale de Benoît XVI aux catholiques d’Irlande, en France et en Europe, est assez convenue : la déception est partout. Pédophilie : des victimes irlandaises déçues par la lettre du Pape, titre ainsi France-Info. Le papier de Hervé Amauric reprend les propos de la directrice générale de l’association One in Four, une association d’aide aux victimes d’abus sexuels.  Face à la pédophilie, le pape privilégie les réponses spirituelles, accuse le titre du Monde, avant de livrer un papier de Stéphanie Le Bars en revanche plutôt équilibré. Pédophilie : la lettre du Pape n’a pas calmé les esprits, annonce Euronews. Et les autres journaux de décliner le thème : Pédophilie : les victimes déçues pour le Figaro ; Abus sexuels : les « paroles pieuses » du Pape déçoivent pour le Républicain Lorrain, « Accueil glacial pour la lettre du Pape » pour Vosges Matin. Et les citations de victimes se suivent et se ressemblent : elles sont déçues, choquées, mécontentes, blessées, etc. Tous ces propos ont bien été tenus, pas de doute, on peut le vérifier dans la presse irlandaise. Mais lorsqu’on lit la fameuse lettre (disponible un peu partout, notamment sur le site de la Conférence des évêques de France), on peut s’étonner d’une telle unanimité de réactions et se dire qu’une fois de plus, ce pauvre Benoît a raté son objectif dans les grandes largeurs. Car de deux choses l’une : soit le monde entier d’un côté et les victimes irlandaises de l’autre n’ont pas lu la même missive, soit les choses sont légèrement plus complexes que ne le rapporte la presse française.

En effet, ne sont rapportées par nos journaux (qui se basent tous, peu ou prou, sur la même dépêche de l’AFP) que les réactions négatives des victimes ou de leurs associations. Or, si l’on prend le temps de vérifier toutes les interviews données ici ou là par les représentants de ces associations, la vue d’ensemble est nettement plus nuancée.

Il y a d’abord les victimes qui sont si blessées qu’aucune parole, aucun geste ne peut les apaiser. Comment ne pas les comprendre ? Si mon identité avait été détruite aussi profondément par  des gens qui avaient tout pouvoir sur moi, sans qu’aucune des institutions chargées de me protéger, police, justice, église, n’ait levé le petit doigt pour faire cesser cela, il est probable que je hurlerais également.

 Parmi ces personnes, il y a Christine Buckley, présidente du Aisleen Centre. Avant même la publication de la lettre, elle avait annoncé qu’elle n’attendait rien de celle-ci et que le pape allait certainement donner indirectement des leçons aux victimes ("I'm expecting absolutely nothing... I think it will be a lecture to us, indirectly."). Une fois la lettre parue, elle dit simplement vouloir rencontrer le pape en présence de la nonne qui l’a violentée. "Je veux que celle qui a abusé de moi soit là. Je veux qu'il entende en sa présence ce qu'elle a fait et comment elle a presque détruit ma vie." Elle est citée dans la dépêche AFP qui sert de base à plusieurs commentaires de nos journaux.

Il y a Andrew Madden, qui récuse l’idée même que cette lettre soit le début de quelque processus que ce soit, pour qui ce n’est qu’un moyen de « gagner du temps et de noyer le poisson » (« buying time, moving things out »), et qui appelle à la démission de Benoît XVI.

Il y a Maeve Lewis, de l’association One in Four, très citée dans les journaux français. La teneur de ses propos est correctement traduite dans Vosges Matin (qui s’inspire là encore de l’AFP), nous reprenons donc leur version : « Maeve Lewis relève " l'absence d'excuses, qui est douloureuse à l'extrême" : " Les victimes espéraient une reconnaissance de la manière outrageante dont elles ont été traitées."  " Le pape a manqué une occasion de s'expliquer sur la politique délibérée de l'Église catholique au plus haut niveau pour protéger les délinquants sexuels", a-t-elle accusé, déplorant qu'il " néglige le rôle du Vatican et refuse encore d'admettre l'évidence." »

Il y a Mary Collins, de Dublin, qui déplore que le Pape et la hiérarchie catholique « voient encore tout à travers le droit canon », et qu’elle voulait demander au Pape ce que le droit canonique avait à voir avec  Jésus et l’Eglise qu’il a fondée. « Je voudrais lui demander pourquoi l’Eglise catholique ne peut pas revenir au véritable message évangélique. » Et si elle salue le fait que les instances de l’Eglise se voient ordonner de coopérer , elle regrette qu’il ne soit « aucunement fait mention des directives du Vatican qui auraient couvert les affaires ».

Il y a Paddy Doyle, auteur de The God Squad, qui est dans le même registre en disant que s’il rencontre Benoît XVI, il n’y aura « ni génuflexion ni baiser à l’anneau de Pierre. Cette lettre est insuffisante car le Pape ne plaide pas coupable ».

On perçoit à travers la violence des propos à quel point ces personnes sont brisées, au point d’évoquer une conspiration vaticane du silence. Si elles avaient Dieu sous la main, elles exigeraient sa démission. Et une fois encore, comment ne pas comprendre, comment ne pas brûler de colère et de chagrin avec elles. Là n’est pas la question. En revanche, certaines de ces victimes, et c’est le propre de la douleur, ont une perception de la réalité qui ne correspond pas aux faits. Je pointe là les mots de Maeve Lewis qui dit que la lettre papale ne contient pas d’excuses. Il suffit de la lire pour admettre que ce n’est pas la réalité : « Aux victimes d'abus et à leurs familles, vous avez terriblement souffert et j'en suis vraiment désolé. Je sais que rien ne peut effacer le mal que vous avez supporté. Votre confiance a été trahie, et votre dignité a été violée. Beaucoup d'entre vous, alors que vous étiez suffisamment courageux pour parler de ce qui vous était arrivé, ont fait l'expérience que personne ne vous écoutait. Ceux d'entre vous qui ont subi des abus dans les collèges doivent avoir ressenti qu'il n'y avait pas moyen d'échapper à leur souffrance. Il est compréhensible que vous trouviez difficile de pardonner ou de vous réconcilier avec l'Eglise. En son nom, je vous exprime ouvertement la honte et le remord que nous éprouvons tous. »

Or la dépêche de l’AFP, en citant les propos de Maeve Lewis sans renvoyer au texte du pape, semble accréditer l’idée que la missive papale ne contient pas d’excuses. Mais il y a plus grave, car après tout, le texte de la Lettre du pape est suffisamment diffusé sur Internet pour que l'on puisse se faire sa propre opinion, pourvu que l'on en ait la curiosité bien sûr. 

 

En effet, d’autres victimes ont reçu la lettre différemment. Et de cela, il n’est fait mention nulle part dans la presse française.

Le Dublin Rape Crisis Centre s’est exprimé en ces termes : « Cette lettre est un acte décisif, écrit en toute honnêteté et transparence, qui pourrait rétablir le respect et la bonne volonté du peuple irlandais envers l'église catholique ». Se félicitant de la lettre, ces associations ont déclaré qu’elle contenait des excuses très tardives (mais) extrêmement émouvantes ».

L’ISOCA (Irish Survivors of Child Abuse) a réagi de son côté par la voix de son président, John Kelly, en disant que la lettre contient « une reconnaissance sans ambiguité du fait que l’Eglise catholique irlandaise a péché de la façon la plus grave envers les enfants durant des années » ("an unambiguous acknowledgement that the Irish Catholic church sinned most grievously against the young over many decades").  Dans la dépêche de l’AFP, seules les parties les plus dures envers la lettre de la réaction de Kelly sont mentionnées, pas un mot des paroles que je viens de vous citer.

Patrick Walsh, de ISA (Irish Survivors of Abuse) parle, lui, d’une lettre « sans précédent » qui contient « beaucoup de choses encourageantes » (the letter was "unprecedented" and there was much about it that he found "encouraging"). Il ajoute : « Il y a énormément d'appel à la prière, comme vous l’attendez bien sûr d'un homme dont le fonds de commerce est précisément la prière. Le contexte est bien sûr inapproprié, puisque c’est une lettre pastorale dont les seuls destinataires sont des catholiques pratiquants. Mais je coupe court à tout cela et ce que je vois ici est un document historique très important, sans précédent dans l'histoire du Saint-Siège, absolument sans précédent ».

 

Triste monde que celui dépeint dans nos médias, où les rôles sont distribués une fois pour toutes. Les mots du pape sont forcément insuffisants, les victimes sont forcément déçues. Les rôles sont figés, la nuance n’existe pas. Il y a encore une chose qui m’interroge, dans la façon qu’a eue la presse française de traiter de la lettre de Benoît XVI : c’est la course à l’échalote dans le choix des titres. L’article de Stéphanie Le Bars, dans Le Monde, est tout à fait honnête. Pourquoi dès lors titrer que le pape « privilégie les réponses spirituelles », alors que le corps de l’article nuance de beaucoup les choses ? Le Figaro fait la même chose. Lisez le lien hypertexte qui renvoie à l’article « Pédophilie : les victimes déçues ». Originellement, le titre de cet article était « Pédophilie, les victimes réservées » (http://www.lefigaro.fr/flash-actu/2010/03/20/97001-20100320FILWWW00416-pedophilie-les-victimes-reservees.php). Ça devait manquer de saignant, « réservées ».

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