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19 février 2010 5 19 /02 /février /2010 14:09

4dntvuhh2yeo4npyb3igdet73odaolf$1yjre1ct2fgdvyelclodk6zzpifLa semaine dernière a eu lieu chez nos frères luthéro-réformés une journée pour les vocations. Car c’est une tendance lourde qui s’est d’abord fait sentir chez les catholiques, mais qui affecte désormais les trois principales confessions chrétiennes et même le judaïsme  : ministre du culte, ça ne fait plus rêver.

Il faut dire que pasteur, c’est un boulot inimaginable. J’en connais une qui s’occupe, toute seule, de 16 villages ruraux en plein territoire cévenol, là où, pourrait-on penser, des bataillons de petits protestants s’apprêtent à prendre le relais de leurs aînés, puisque rien ne les en empêche : mariés ou non, hommes ou femmes,ils ont tous la possibilité d’accéder au pastorat. Que nenni. Et le sacerdoce universel cher à Luther et Calvin n’y change rien : même si les protestants sont tous laïcs et tous prêtres, l’érosion des vocations est bien là.

Ce constat m’inspire une ou deux petites choses[1]. Il semblerait en effet que la réalité –la chute des vocations - ne cadre pas exactement avec ce que beaucoup, qui ne sont ni catholiques, ni protestants, prêchent ici ou [2]. Notamment sur la fameuse question, que dis-je, la tarte à la crème du célibat des prêtres.

Le mariage des prêtres, c’est un peu comme le référendum sur le traité constitutionnel, mais intemporel : quand tout le monde s’assoupit en fin de repas, qu’il faut relancer l’ambiance, hop ! « Vous pensez quoi du mariage des prêtres ? » et c’est parti pour la bataille rangée à coups de coquilles d’huîtres en moins de temps qu’il n’en faut pour le dire.

Il est en effet assez réjouissant de voir des gens en général assez libéraux en matière  de mœurs faire l’apologie du mariage quand il concerne les prêtres. Le mariage, selon eux et en résumé, est un excellent paratonnerre contre les pulsions sexuelles désordonnées[3], et surtout contre la pédophilie. C’est bien connu : l’abstinence mène à la perversion[4]. C’est d’ailleurs bien pour cela que les célibataires sont des pervers (au moins en puissance) et que, a contrario, les personnes mariées sont absentes des statistiques de la délinquance sexuelle. Il faut donc marier d’urgence ces malheureux prêtres ; que pèse la tradition de l’Eglise devant 82% des catholiques français, selon TNS-Sofres ?

Première réflexion. En France, il existe une bien belle chose appelée laïcité. Qui prévoit, entre autres saines dispositions, que ce en quoi je crois, ça me regarde, personne n’a à me chercher là-dessus pourvu que je ne trouble pas l’ordre public, et que l’Etat s’en porte garant. Or, il est amusant de constater que la plupart des marieurs de prêtres ne partagent pas la foi catholique. Que n’entend-on dès que le Pape ou les évêques commentent telle ou telle disposition française[5] ! Il se trouve que la laïcité, ce n’est pas le droit de l’athée à s’immiscer dans les affaires religieuses. Et ça, il y a du boulot.

Deuxième réflexion. Les futurs prêtres sont-ils des mineurs mentaux qu’il faudrait protéger avant tout d’eux-mêmes ? Découvrent-ils, une fois ordonnés, une mention en tout petits caractères en bas du contrat qu’ils auraient signé, indiquant : « Au fait ! la bagatelle est interdite pour toujours ! » Il semble que non. Il semble même qu’ils y vont en connaissance de cause. Et que même, on les aide tout au long de leurs 6 à 8 années de formation à discerner cet aspect essentiel de leur vie. La société a pour nos prêtres les yeux d’une mère juive voulant absolument caser  ses fils. Je trouve ça personnellement assez cocasse, quand on sait dans quelle estime elle tient le mariage en général. Au passage, une question : on ne lâche pas le goupillon une seconde aux prêtres sur la question du célibat, en revanche on laisse tranquilles les moines. Comprenne qui pourra.

Troisième réflexion. Le mariage des prêtres n’est pas la vraie question. La vraie question, c’est celle du divorce des prêtres. Les protestants eux-mêmes, et en particulier les évangéliques,  sont confrontés à ce problème pour leurs pasteurs.

Chez les protestants, le mariage est une bénédiction. Chez les catholiques, c’est un sacrement que se confèrent mutuellement les époux, devenant ainsi l’image de l’union mystique et définitive du Christ et de son Eglise (Eph 5, 22-33). Un prêtre marié ? Moui, pourquoi pas. Mais un prêtre divorcé ? Quel témoignage pour les fidèles qu’un prêtre se battant avec son ex-femme pour la garde des enfants ?

Quatrième réflexion. Le célibat des prêtres est, nous dit-on, une mesure d’ordre disciplinaire prise tardivement dans l’Eglise catholique. Soit. Mais personnellement, je trouve qu’elle a de la gueule, cette discipline. Que certains tombent, que certains ne tiennent pas, que certains abandonnent, comment ne pas le comprendre ? La vie d’un prêtre, s’il n’est pas amoureux à la folie du Christ,c’est encore pire que la vie de médecin de campagne. Appelé à toute heure, sollicité sans cesse pour écluser l’inifinie misère humaine, le prêtre pauvre, chaste et obéissant, époux du Christ et frère de chacun,  est le signe le plus radical de l’amour de Dieu lorsqu’il répond de tout son être à la beauté de sa vocation.

Et vous voudriez que l’on se prive de ce signe-là ?



[1] Il ne s’agit bien évidemment pas dans ce billet de se réjouir pour quelque absurde raison que ce soit de ce que les autres confessions chrétiennes connaissent cette même crise.

[2] Mieux encore, ici : pour seulement 9 euros, vous aurez un argumentaire complet sur cette question de… culture générale.

[3] Les libéraux-libertaires qui tiennent ce discours savent-ils qu’ils s’inspirent de Saint Paul ? Vouivouivoui, parfaitement. 1 Cor 7, 9 même.

[4] Ainsi que notre ami Koz l’avait souligné dans cette remarquable étude twittée il y a quelques semaines. Le Chafouin avait également écrit il y a quelques mois un papier réjouissant qu’il ne serait pas totalement impensable de relire.

[5] Et que ces commentaires ne vont pas dans le droit fil de la doxa bien-pensante. Parce que lorsque le pape défend les immigrés ou les homosexuels, là, c’est marrant, personne n’en parle.

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18 février 2010 4 18 /02 /février /2010 12:55
marianneenceinte-large.jpgIl paraîtrait que cette affiche est scandaleuse. C'est du moins l'avis du Parti socialiste, qui lui voit au moins 3 défauts: "politique, démocratique et budgétaire". Il ne sera pas question, dans ce billet, de polémiquer sur la question, judicieusement posée par la gauche, de savoir si cette campagne de publicité pour un emprunt qui n'a pas été encore voté était opportune ou pas. Ni si le fait qu'elle soit vêtue de blanc est un signe de racisme, de monarchisme ou que sais-je encore.

Non, là où je m'étonne, c'est que personne ne réagisse sur le lien qui est fait entre investissement financier et République d'une part, et investissement et grossesse d'autre part. Sur le fond, Marianne enceinte, pourquoi pas? La République, qui éduque, soigne, nourrit, est une sorte de mère. Nous sommes "enfants de la Patrie", etc., etc. Fort bien.

Au passage, cette image a été mal utilisée par le gouvernement. Lui qui s'obstine à vouloir absolument réduire drastiquement la durée du congé parental (par souci hautement féministe bien sûr) aurait dû faire de cette rayonnante jeune femme une allégorie de la femme enceinte partant au turbin, heureuse et fière de s'investir intelligemment dans l'avenir de la France plutôt que de s'engraisser sur le dos de la solidarité nationale au prix exhorbitant de 374,17€ par mois.

Ce qui me titille davantage, c'est autre chose. La collision entre l'image et le slogan, déjà. Voilà notre Marianne transformée en tirelire. Et avec la couleur choisie, je ne peux m'empêcher (mais j'ai mauvais esprit, je le sais) d'y voir un appel à blanchir de l'argent. Ben tiens: l'argent du grand emprunt devrait être prélevé pour partie sur les marchés financiers (22 milliards) et pour partie sur les fonds que les banques ont remboursé à l'Etat après que celui-ci leur ait généreusement offert de quoi recommencer à spéculer sans limites. Un grand emprunt dont les particuliers, c'est-à-dire vous et moi, sont exclus. Il n'a plus grand-chose de national, ce grand emprunt. Ce n'est pas la France qui investit dans son avenir, c'est le grand capital. Bigre. Voilà que Marianne ne symbolise plus le peuple, mais les banques.

Autre chose. Cette publicité capte, et c'est bien le moins que l'on attende de l'exercice, un certain air du temps. Un air du temps où le bébé est un investissement, je dirais même un surinvestissement.
Elle me fait penser, cette pub, au fameux slogan des magasins de puériculture Aubert: "Réussir son bébé". Bien sûr qu'on investit sur son enfant, au sens analytique du terme. Mais l'argent, qu'a-t-il à voir ici?


Enfin, je m'étonne que la gauche, Elisabeth Badinter en tête, n'ait pas crié au scandale à voir une image de femme investissant son avenir dans la maternité. On aurait pu imaginer une Marianne avec un casque de chantier retroussant ses manches par-dessus son sac de blé, un livre dans une main, en bleu de travail. Là, une jeune fille toute mignonne, toute rêveuse, regardant d'un oeil confiant vers la droite (pardon, vers l'avenir), enceinte des banques, attend timidement que ledit avenir arrive.


Le message est assez clair, finalement. Ne vous occupez de rien, bonnes gens, nous travaillons à  la France de demain avec les banquiers. Pas très rassurant.
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