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25 décembre 2012 2 25 /12 /décembre /2012 20:57

GUERNICA-Pablo-Picasso-1937-copie-2.jpgL'église s'est fait belle ce soir. La messe de 18h, dédiée aux familles, fera le plein : ceux qui arrivent vingt minutes avant l'heure pour être bien placés et qui, comme pour un concert, étalement tant qu'ils peuvent leurs manteaux sur trois chaises à la fois pour bien marquer que non, désolé, cherchez ailleurs, il y a des gens qui vont arriver, ils sont juste en train de se garer. Étrange impression d'être dépossédée de mon église, de ma messe, par ces inconnus d'une fois l'an que je ne reverrai pas ici, même si des quelques têtes hebdomadaires que je repère ici ou là, comme moi loin de leur banc habituel, je ne connais au mieux que le prénom. Ça grouille comme dans une adoration des bergers du Tintoret : beaucoup de très jeunes enfants courent et sautent sous le regard blasé des parents, meuglant et brayant autour de la crèche, sous le regard amusé du prêtre. Messe des familles, ce qui veut dire que les enfants participent. On repère déjà les parents qui regardent leur montre en blêmissant de se rendre compte qu'on vient juste de sauter le Kyrie à l'heure où l'on entame normalement l’alléluia, parce qu'il a fallu que les enfants viennent coller l'étoile de leur prénom sur un grand drap bleu. Mais les enfants sont ravis, ils regagnent leurs places comme une nuée de moineaux et petit à petit, tout le monde se détend, comprend que le brouhaha ne cessera pas et que ce n'est pas si grave. Je regarde Petite dernière qui a trouvé un fil par terre, le saisit, le suit et arrive tranquillement sous la guitare du chef de chœur au lutrin. Je me résigne à voir Fiston sautiller pour attraper la lumière rouge au-dessus du tabernacle : le Christ ne risque rien dans sa forteresse de béton, il est placé trop haut, même pour l'énergie débordante du gamin.

 

Rien ne manque, l'équipe d'animation a soigné les choses comme à son habitude. A peine arrivés, les plus sourcilleux ont vérifié que tout était bien en place : Douce Nuit en chant d'entrée, Les Anges dans nos campagnes au Gloria, Il est né le Divin Enfant en chant d'envoi. Les musiciens de la paroisse, têtes chenues ou poupines, soufflent corps et âmes dans leurs instruments. Vu la moyenne d'âge de l'assistance, rajeunie d'une bonne vingtaine d'années sous l'effet des multiples familles avec petits enfants, cette messe ne peut pas être recueillie dans le silence. Mais elle est comme recueillie dans le bruit. Tous ceux qui sont là, fidèles de la première heure et occasionnels du jour, ont fait l'effort de partager leur paroisse et leur rituel avec des inconnus de passage, qui eux-mêmes ont délaissé le confort du réveillon pour quelque chose auquel ils ont envie de croire. On sent le prêtre ému et grave, désireux de faire que cette place du jour se transforme en place pérenne, dans l'homélie où il s'adresse vraiment aux gens. Nous n'entendons qu'un mot sur deux, mais ce n'est pas grave : ce bruit, cette fureur, ces petites voix suraiguës qui réclament à boire, pipi, et le père Noël qui arrive quand, tout cela sonne comme une gigantesque métaphore de nos vies spirituelles, de cette salle commune où il y a si souvent bien peu de place pour le Nouveau-Né. Ici, on se tient les coudes serrés contre les coudes du voisin, on cède sa place à la grand-mère fatiguée, on renonce à suivre la messe pour permettre aux voisins des enfants de le faire. La foule des grands jours nous contraint à faire cette place. Et quand Jésus-Hostie nous rejoint, même ceux qui sont là pour faire plaisir à la famille sont à leur place : ils ont eux aussi déplacé leur désir propre pour faire place à celui d'autrui, ce qui est le commencement même de la foi.

 

Joyeux Noël à tous les lecteurs de ce blog, et que Dieu vous bénisse, vous et ceux que vous aimez !

(Illustration: La Messe de Noël des familles, par Pablo Picasso, 1937)

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27 août 2012 1 27 /08 /août /2012 11:35

 

eucharistie.jpgJ'ai lu, mon cher René, avec une attention toute particulière votre réponse à ma réponse. Avec la plume qui vous caractérise, et qui a réjoui les lecteurs de Pèlerin durant tant d'années, vous poursuivez l'échange qui s'est instauré entre nous sur la doctrine catholique en matière sexuelle. Et vous m'interrogez sans détours :

 

« Pensez-vous qu’un non global à la contraception et la préconisation de la méthode Billings soient une réponse à la hauteur de l’enjeu social et humain que cela représente dans des régions du monde comme l’Afrique ou l’Amérique latine ? Vous sentez-vous d’aller expliquer à une femme du Nordeste brésilien qui en est à sa septième grossesse et qui n’a pas les moyens de nourrir ses enfants, que c’est là le don que le Ciel lui envoie pour aider à sa sanctification ? Et que tout usage de contraceptifs serait œuvre du diable ? C’est là une morale de bourgeoisie catholique où l’on a le temps d’observer son rythme biologique et l’impudence de laisser croire à l’ensemble des fidèles que ce serait là la volonté de Dieu. Pas de pays où l’enjeu quotidien est tout simplement de survivre ».

 

Je vais donc vous répondre clairement : oui, je pense qu'un non global à la contraception est une réponse à la hauteur. Parce que la morale sexuelle catholique n'est qu'une partie d'un grand tout. C'est précisément parce qu'ils se battent comme des lions aux quatre coins du globe pour la justice sociale et l'avènement d'un monde meilleur que des catholiques ont vocation à porter en même temps la bonne nouvelle d'une sexualité responsable et respectueuse. C'est parce qu'ils sont, de très loin, les premiers à accueillir et à soigner les personnes atteintes du sida en Afrique – 30% des centres de soins dans le monde, sans compter l'accueil des orphelins, les distributions de vivres et de médicaments aux malades et les campagnes de prévention – que ces mêmes catholiques ont toute légitimité à dire et à redire que la fidélité reste le moyen le plus efficace dans la lutte contre le sida. Je crois et je plaide que la vision catholique de l'Homme est une vision globale, qu'un combat pour la justice qui serait coupé de la morale ne serait qu'un idéal politique parmi d'autres, qu'une morale sexuelle et affective déconnectée de la justice ne serait qu'une coquille vide. L'ensemble du magistère moral, dans lequel la morale sexuelle occupe une place qui n'est pas démesurée, et la doctrine sociale ne sont jamais que les deux faces d'une même idée de l'Homme qui culmine en l'amour que Dieu a pour nous. Déconnectées l'une de l'autre et du Dieu qui les inspirent, ces deux facettes sont peut-être chacune profondément estimables, mais elles sont incomplètes.

 

René, vous me citez le cas d'une femme du Nordeste brésilien qui en serait à sa septième grossesse et n'aurait pas les moyens de nourrir ses enfants pour justifier le recours à la contraception. Cela m'interroge : avec un budget si serré, il faudrait en plus qu'elle achète des contraceptifs, alors que la méthode Billings lui permet gratuitement, en passant 15 secondes de plus aux toilettes le matin, de pouvoir mieux maîtriser sa fécondité ? Elle qui vit, si j'ai bien compris, sous un climat d'une aridité épouvantable, devrait en plus contribuer à pourrir le peu d'eau disponible en relâchant des hormones de synthèse dans la nature, ce qui promet d'être un enjeu écologique majeur de ces prochaines années ? Comment conserve-t-elle ses contraceptifs chez elle dans des conditions optimales pour éviter qu'ils ne perdent de leur efficacité ? Ne sera-t-elle pas tentée d'en faire commerce afin d'améliorer l'ordinaire de ses enfants, ce que toute personne de bon sens et acculée à des conditions de survie, comme vous dites, ferait, moi la première ?

 

« Vous sentez-vous d’aller expliquer à des personnes homosexuelles que ne pouvant avoir accès, par effet de nature, à l’une des finalités de la sexualité : la transmission de la vie, l’Eglise estime, pour leur sanctification, qu’ils doivent ad vitam aeternam s’interdire la seconde : le plaisir et l’épanouissement du couple ! Moi, je ne le ferai pas ».

Là encore, René, j'ai l'impression que vous faites du discours du magistère ce qu'un musulman pourrait faire des interprétations de son école juridique, en classant les choses selon le concept hallal/haram, licite et non licite. Il ne s'agit en aucun cas de vouloir dicter quoi que ce soit à qui que ce soit. Il s'agit de dire qu'il n'existe pas de nature homosexuelle. Ça, je le défends mordicus. Cela ne peut avoir de sens pour nous, chrétiens. Il n'existe qu'une seule nature humaine, une et indivisible dans la complémentarité des deux sexes, quelle que soit par ailleurs la sexualité d'individus éminemment respectables.

 

Ce qui ne signifie pas non plus que l'homosexualité soit pour autant un choix. Les choses ne sont pas binaires ! Écoutons les personnes homosexuelles qui nous disent, qu'elles soient croyantes ou pas, qu'elle n'ont pas choisi d'avoir cette sexualité-là, pas plus que quiconque – et souvent même que si elles avaient pu choisir, il en aurait été tout autrement, compte tenu de la somme de souffrances endurées à cause de cela par ces personnes. Croyons-les. Elles savent de quoi elles parlent. Moi, je crois que l'homosexualité n'est ni un destin, ni un choix. C'est une blessure parmi la foule de blessures humaines de nature très diverse qui nous limitent dans notre rapport à l'autre, tous autant que nous sommes. Désirer une personne du même sexe que soi, ce n'est pas, ce n'est jamais, cela ne peut pas être le signe que l'on est quelqu'un de « limité », « handicapé de la relation ou du bonheur », « incapable d'aimer en vérité », comme on a pu me reprocher de le sous-entendre – et si vraiment je me suis exprimée de manière à laisser penser que je voyais les choses comme cela, mille pardons. Par contre, oui, l'acte homosexuel en soi est limité – ce qui ne signifie aucunement que l'acte sexuel entre deux personnes de sexe différent transforme comme par magie ceux qui le pratiquent en champions de l'altérité, loin, très loin de là - et beaucoup de personnes qui éprouvent ce désir en sont conscientes (voir par exemple le second témoignage dans cet article). On se moque souvent, en-dehors et parfois même à l'intérieur de l'Eglise, de ce que de nombreux prêtres ou moines se sentent homosexuels. Y a-t-il là matière à rire ou à réfléchir ? Pourquoi ne ferions-nous pas confiance à ces personnes sans partir du principe que ce sont des frustrés ou des faibles incapables de s'assumer, pour qui le sacrement de l'ordre serait une « planque », mais des gens qui ont senti en eux un appel à la continence dans le Christ ?

 

Et à tous ceux qui vivent en couple, qui sont fidèles à leur conjoint de même sexe ou qui, dans un second mariage après un divorce, essayent comme chacun d'entre nous d'unifier leur foi et leur vie de tous les jours, je dis avec force : non, l'Eglise ne vous exclut pas. Le jeûne eucharistique à laquelle elle nous invite tous lorsque nos actes ne nous rapprochent pas davantage du Christ ne nous jette pas du côté d'hypothétiques impurs, mais nous offre au contraire de communier plus étroitement avec tous ceux qui, de par le monde, souffrent de famine eucharistique, qui ne peuvent matériellement communier au Corps et au Sang du Christ, faute de prêtres ou à cause de persécutions ; avec tous ceux qui ne connaissent pas le Christ et n'en sont pas moins des témoins pour l'humanité. Portons la tête haute et avec fierté cette faim eucharistique qui signe mieux que n'importe quoi d'autre le fait que nous ne revendiquons pas le sacrifice de Jésus comme un droit mais comme une grâce. Soyons pour tous nos frères qui communient par habitude, sans s'interroger sur le sens de ce à quoi ils s'engagent en le faisant, l'interrogation vivante de leurs propres contradictions, comme ce jeune homme inconnu qui s'est avancé un dimanche dans la file des communiants bras croisés sur la poitrine et qui m'a convertie. Soyons des saints, en quelque sorte, que nous communiions ou pas.

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22 août 2012 3 22 /08 /août /2012 13:52

 

pilule.gifSur le site des « Chrétiens de gauche », ce matin, un billet de René Poujol. L'ancien rédacteur en chef du journal Pèlerin, que j'ai eu le plaisir et l'honneur d'avoir dans mon émission de radio chaque lundi durant de nombreuses années, publie un billet que je vous invite à lire, sur la responsabilité, selon lui immense, de l'Eglise catholique dans la durable fâcherie de bon nombres de chrétiens avec l'institution catholique. Je voudrais ici apporter mes propres réflexions sur le sujet, à la lumière de mon expérience personnelle.

 

« Fâchés avec Dieu pour des questions de braguette... » La formule est belle et saisissante. Par leur obsession du contrôle du sexe, les prêtres, « ayant fait, pour eux-mêmes, le choix du célibat… donc de la continence » auraient provoqué la rupture de loyaux catholiques avec Dieu. Ce fut parfois vrai, dans des endroits où l'Eglise n'était guère séparée de l'Etat et abusait de son rôle, je pense en particulier au Québec où, pendant longtemps, il n'a pas été possible de devenir infirmière sans être religieuse, et où certains confesseurs fliquaient les femmes mariées qui n'étaient pas enceintes à nouveau dans un délai d'un an après la naissance du dernier (ce qui explique les immenses familles québécoises de la génération de nos grands-parents, où les fratries de 12 ou 18 personnes n'étaient pas rares).

 

Mais aujourd'hui ? A qui l'Eglise catholique impose-t-elle quoi que ce soit à qui que ce soit ? Voit-on des prêtres en soutanes à l'entrée des églises vérifier les cahiers de confession des fidèles ? L'Eglise propose une morale qui ne vaut le coup que parce qu'elle nous enracine profondément dans le Christ. Vouloir suivre cette morale sans être vissé à Jésus-Christ, c'est de la névrose. Je suis toujours assez peinée de voir le grand argument laïcard de "l'Eglise-qui-serait-déconnectée-du-réel ou arc-boutée-sur-des-positions-d'un-autre âge" repris par des croyants sincères, qui plus est lorsqu'ils ont la stature intellectuelle d'un René Poujol. A titre personnel, j'ai été convaincue par les arguments de l'Eglise... avant même de savoir que l'Eglise avait de tels arguments, et avant même de devenir croyante.

 

Sur le mariage, d'abord. Pour paraphraser votre texte, cher René, j'ai fait pour moi-même le choix du mariage catholique... donc de la chasteté dans le mariage. Pas plus que quiconque n'a obligé les prêtres, un revolver sur la tempe, à prononcer leurs vœux, je n'ai subi de pression familiale, sociale ou pire : religieuse pour me marier à l'église. Simplement, en tombant amoureuse de mon futur mari, j'ai su que je voulais le must pour nous deux : un lien indissoluble, jusqu'à ce que la mort nous sépare, dont le Christ serait le centre, et qui serait l'image de l'union indissoluble du Christ avec son Eglise. Un truc qui a plus de gueule que quoi que ce soit d'autre. Je voulais le meilleur.

 

Au début, mon mari, qui était agnostique, se serait fort bien contenté d'un concubinage sans mariage, même civil. Mais pour moi, malgré tout l'amour que j'avais pour lui (et que j'ai toujours), les choses étaient claires : si tu m'aimes, tu m'épouses. Parce que tu n'es pas mon « copain », ni mon « ami », ni mon « compagnon ». Tu es mon mari et nous sommes une seule chair. Et je ne vois guère en ce qui me concerne comment on peut prétendre aimer une personne plus que tout et ne pas vouloir faire une seule chair devant Dieu qui seul peut diviniser cette chair. Je ne vois pas comment on peut dire que l'on fait une seule chair si les enfants qui naissent de cette chair unie ne portent pas le même nom que leurs deux parents. Oui, deux personnes qui vivent ensemble sans être mariées, en s'aimant et en étant fidèles l'une à l'autre, c'est bien. Mais moi, le bien ne m'intéresse pas. Ce que je veux pour moi, c'est le meilleur. Et tout au long du chemin qui nous a conduit au mariage civil, puis religieux, j'ai été en cohérence avec moi-même : je n'ai pas communié. Je n'en tire aucune gloire, parce que ce n'est guère glorieux de se retrouver à vivre, même si on sait que ce n'est que pour un temps, sans l'union intime avec le Christ à cause de son péché. Même si ces années de ''faim eucharistique'' ont été source de choses extraordinaires – j'y reviendrai peut-être dans un autre billet, là n'est pas la question.

 

Comme pour tous les couples, la question de la fertilité s'est posée rapidement, et donc de la régulation des naissances. J'ai pris la pilule, comme beaucoup de femmes, pendant des années, avant de rencontrer mon époux. Sans vraiment savoir pourquoi, il m'a été impossible de la prendre avec lui. Non que je sois irresponsable, ni que je veuille une famille à la québécoise, ni que je pense que mon rôle de femme est de procréer. On en revient simplement à la très haute idée de l'amour, et donc de la sexualité, que nous propose l'Eglise : si nous nous aimons vraiment, aimons-nous dans toutes nos dimensions. Ne nous approchons pas du corps l'un de l'autre si nous n'aimons pas nos corps sexués et les conséquences de la rencontre aimante de deux corps fertiles. Je ne me segmente pas pour celui que j'aime : je suis son amante, sa femme et la mère de ses enfants, et je ne m'ampute pas quand je me donne à lui. Les quelques rapports protégés que nous avons eu au début m'ont laissé le goût amer de la rencontre incomplète. Et je précise, là encore, que ce n'est pas chose facile : nous avons cette chance qui se transforme parfois en épreuve d'avoir une fertilité implacable, d'avoir des enfants dès la première union à chaque fois, et que notre dernière que nous aimons plus que tout n'était pas attendue. Mais j'aime que, dans mes périodes de fertilité mensuelles, nous nous retenions, parce que c'est aussi se donner par amour que de différer une union : là encore l'Eglise n'a rien inventé, chacun sait que le désir vient de l'attente. Et ce que me propose l'Eglise en matière de régulation des naissances, à savoir l'observation minutieuse de mon cycle, nous comble bien plus que l'arsenal médical que mon gynécologue s'obstine toujours à nous proposer, tremblant de peur de se voir coller un procès à chaque visite parce que je serais « encore » enceinte : « Bon, vous faites ce que vous voulez (merci) mais on est d'accord : je vous fait quand même une ordonnance, hein! » J'aime que mon mari soit à l'écoute du rythme naturel de mon corps. J'aime qu'il ne considère pas que les enfants soient une maladie contre laquelle il faudrait prendre des médicaments. J'aime qu'il m'aime avec ma fertilité parce que cette fertilité fait partie de ce que je suis, et qu'il m'aime comme je suis tout entière.

 

Et je précise que ce point de vue n'est pas spécialement catho : je connais beaucoup de femmes qui perdent toute libido quand la vasectomie de leur conjoint, même décidée en couple, les prive de la dimension fertilisante de l'acte sexuel, sans pourtant qu'elles veuillent d'enfants. Des femmes qui n'aiment pas la contraception, qui la voient non pas comme une libération, mais comme un esclavage, qui plus est un esclavage au corps médical. Aujourd'hui, toutes les femmes qui utilisent la contraception voient leur sexualité contrôlée par un toubib. De leurs premières règles jusqu'à la ménopause, les voici contraintes de raconter leur intimité à des docteurs. Est-ce vraiment cela, la liberté ? Est-ce vraiment être libre que de s'amputer d'une partie de soi-même pour correspondre au désir d'un homme qui veut bien jouir de ou avec vous, mais sans penser aux conséquences ? Je n'en suis vraiment pas certaine. Et ne croyez pas que je sois multimillionnaire et que j'aie les moyens d'élever une équipe de foot.

 

Sur la sexualité, René Poujol écrit encore ceci : « Je vais au bout de ma pensée. Je trouve aujourd’hui pareillement insensées : la diabolisation sans nuance de la masturbation et la condamnation morale des relations sexuelles pré-maritales dans nos pays où l’on se marie en moyenne à l’âge de 30 ans alors que la maturité sexuelle des jeunes n’a jamais été aussi précoce; insensées tout autant la prohibition des méthodes de contraception dites artificielles et l’obligation morale faite aux personnes homosexuelles de vivre leur vie durant dans la continence. Car il n’est  de sexualité ''contre nature'' que pour autant que l’on maintient le principe selon lequel la sexualité doit rester, pour tous, potentiellement ouverte à sa finalité de reproduction, même si ce n’est pas la seule. »

 

La question de la masturbation m'interpelle. Parce qu'un certain discours glorifie la masturbation comme nécessaire à la fin de la frustration. Je crois profondément que c'est tout le contraire, que la masturbation génère la frustration. Que plus on se masturbe, plus on est frustrés. Que jamais, jamais la masturbation ne nous rapproche de l'Autre. L'Eglise, qui veut nous proposer ce qui existe de meilleur et faire de nous des hommes et des femmes épanouis et heureux, nous dit que la masturbation peut nous satisfaire, mais ne peut pas nous rendre heureux. Ma propre expérience et celle de beaucoup d'autres montre que c'est vrai. Je vous renvoie là au témoignage sur la masturbation de mon ami Philippe Arino, qui a ces mots saisissants lorsqu'il évoque la masturbation :

 

''Que dit la masturbation ? Rien ne sert de la définir comme un « vice » si on n’explique pas en quoi elle est moralement condamnable. À mon sens, elle dit une relation à soi-même consumériste (quand on se masturbe, on se place en principale source de son propre plaisir : on se goûte soi-même, on jouit de soi, on s’offre sa petite gâterie, on ne le fait pas au grand jour parce que c’est un acte qui ne se partage pas et qui est par essence autocentré). Elle dit une relation bestiale (la masturbation est une activité que nous, êtres humains, partageons avec nos amis les bêtes), une relation imaginaire et narcissique (pendant la masturbation, les fantasmes l’emportent sur le Réel, les images de nos magazines et des films pornos défilent dans notre tête pour se substituer au monde ambiant), une relation égocentrique, par défaut et ratée (honnêtement, si on pouvait faire l’amour avec une autre personne que soi-même, une personne qu’on aime vraiment et qui nous plaît, on le ferait), une relation adolescente (quand on a une pratique sexuelle qui se limite à la masturbation, on a l’impression qu’on n’arrive pas à passer à l’étape supérieure, à accéder à une manière d’aimer plus adulte), une relation compulsive (la masturbation, cet ébranlement nerveux physique, soulage sans guérir), une relation blessée et névrotique (voire pathologique : il existe un lien – non-causal – entre masturbation et psychiatrie dont il faut parler : la masturbation, quand elle se systématise, induit/illustre des troubles psychiques et affectifs réels – je pense à certaines personnes handicapées, à des graves accidentés, ainsi qu’à certains criminels passés à la postérité, qui se masturbent souvent –  ; cette réalité est cachée, car celui qui s’adonne à cette pratique est à la fois sa propre victime et son propre agresseur : l’attouchement de ses parties génitales vient d’une seule personne – lui-même – et procure du plaisir mais de manière forcée ; c’est en quelque sorte de l’auto-viol.). En somme, la masturbation, une fois passé le bon moment de l’orgasme d’une minute trente, est une sexualité de l’échec, qui dit un non-amour faisant parfois violence.

 

Si l'Eglise dit que la sexualité hors-mariage est ''contre-nature'', c'est qu'elle croit – et je le crois avec elle – que la nature de l'homme, de tout homme, catholique ou non, est d'accéder au divin. Que ce divin, c'est l'Amour avec un grand A. Les chemins qu'elle propose, continence en Christ ou mariage en Christ, et non continence ou mariage tout court, sont basés sur l'observation très fine de ce qu'est l'humain, et sur l'aspiration ontologique de cet humain à être toujours plus et mieux en vérité que ce qu'il est à l'instant T. Tous, sur ce chemin de sainteté (appelons les choses par leur nom : l'Eglise n'a que faire d'avoir de bons catholiques, elle veut fabriquer des Saints), nous tâtonnons, nous trébuchons, nous nous relevons, avant la prochaine chute où Dieu nous tirera pour nous relever et marcher plus loin. Et que Dieu bénisse son Eglise de proposer ce chemin de sainteté à tous, et de ne pas vouloir le réserver à une élite.

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22 décembre 2011 4 22 /12 /décembre /2011 21:39

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Cher Père Noël petit Jésus,

Voici ma lettre pour ton anniversaire. Je voulais, comme il est de coutume, te faire une liste de cadeaux. Mais si tu veux bien, ce sera une liste des cadeaux que tu m'as faits cette année.

 

Merci Seigneur, de m'avoir appris à travailler l'abandon à ta volonté, en scrutant avec mon mari pendant neuf mois les courbes de mes cycles de l'an passé pour arriver à comprendre comment, mais COMMENT, MAIS COMMENT on l'a fait, ce troisième bébé-pas-prévu-adorable.

 

Merci Seigneur, de m'avoir aidée à travailler mon humilité en passant pour une hystérique totale aux yeux des habitants de mon quartier, lorsqu'ils me voient hirsute et habillée comme l'as de pique, sortir de l'immeuble chaque matin à 8h, trois enfants courant partout en criant autour de moi, à essayer d'asseoir mon autorité à grand renfort de hurlements – sans grand succès.

 

Merci Seigneur, de m'avoir appris le détachement, lorsque mon fils de trois ans demande dans le métro bondé d'une voix cent fois plus forte que lui si le monsieur, là, qui est gros, hé ben il est gros parce qu'on lui a coupé le zizi comme les bœufs qui sont gros parce qu'ils n'ont plus de zizi.

 

Merci Seigneur, de m'avoir donné un bébé qui tète trois fois par nuit, ce qui me permet de passer du temps avec Toi vu que je peux pas mettre la télé parce que mon mari dort à côté.

 

Merci Seigneur, de m'avoir accordé cette fatigue de plomb depuis cinq ans, dont j'ai d'abord attendu qu'elle s'en aille avant de comprendre qu'elle était directement liée au souci de ces petits que tu nous a confiés.

 

Merci Seigneur, de cet émerveillement devant ma fille de 5 ans qui fait le pari de Pascal en m'expliquant que « moi je crois en lui parce que bon, s'il existe pas, tant pis, mais si il existe comme ça il sait que je crois en lui et il ne m'oubliera pas » - certes, elle ne parlait pas de Toi, mais du père Noël, mais bon, on va dire que c'est un début.

 

Merci pour cette fabuleuse grasse matinée que mon mari et moi avons pu faire jusqu'à 8h du matin, un jour, au lieu des 5, 6 ou 7h réglementaires.

 

Merci de me permettre, même quand je tente de prendre une douche, d'être toujours à l'écoute de mes enfants, comme cette fois-là : « Maman, François il a dit 'j'm'en fiche'. - Oui, ben j'm'en fiche. Débrouillez-vous, je prends ma douche. (le François en question, vaguement inquiet) Elle a dit quoi Maman ? (sa peste de sœur) – Elle a dit que tu devais m'obéir et me donner tes jouets ».

 

Oui, pour tout ça et plus encore, pour mon adorable mari, pour mes amis que j'aime, pour les rencontres par Internet et ailleurs, merci Seigneur.

 

Et bon anniversaire.

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1 octobre 2010 5 01 /10 /octobre /2010 08:04

Jesus_Christ_Superstar.jpg

Ma chère tante,

L’idée de cette lettre m’est venue en lisant cette réaction aussi outrée qu’outrancière sur le billet de mon ami Chafouin chez les Sacristains. Et comme le prologue du dernier  livre de Jean-Pierre Denis m’a beaucoup amusée(tu peux le lire ici), j’en ai pastiché le titre

Je t’ai croisée aux Etats généraux du christianisme. Tu étais venue assister au débat (d’excellente qualité par ailleurs) entre Xavier Lacroix et Pascal Bruckner sur le couple. Avec un groupe d’amis, tu observais l’assemblée nombreuse et, remarquant la majorité de têtes grisonnantes, blanches ou teintes, tu demandais, mi-gouailleuse mi-intriguée, à ton voisin : « C’est bien beau, mais ils sont où, les jeunes ? »

Je te rassure : s’ils n’étaient pas là les jeudi et vendredi, ils vinrent le samedi, et lors de la Nuit du christianisme ils étaient nombreux. Mais c’est une réflexion que tu t’es probablement déjà faite dans ta paroisse, comme je me la suis faite dans la mienne, pourtant fort pourvue en jeunes familles nombreuses et idéalement placée à côté d’une immense résidence universitaire : le jour où les têtes chenues auront disparu, combien serons-nous autour de l’autel ?

« Ils sont où, les jeunes ? » Il n’y a pas que dans l’Eglise, finalement, qu’on entend cette même question, sur ce même mode mi-paternaliste mi-inquiet. Syndicats, associations, partis politiques, même les francs-maçons, à ce que j’entends dire, sont à la recherche de sang neuf. Mais le fait que la tendance soit très probablement générale n’enlève rien à la question que toi et moi nous posons : où est-elle, l’Eglise de demain ?

Pour tenter de répondre à cette question, il me faut partir de ton enfance à toi.

Vois-tu ma tante, quand je rentre dans un confessionnal, je ne me revois pas enfant, âgée de six ou sept ans, à ma séance d’examen de conscience hebdomadaire et obligatoire, ma liste de péchés plus ou moins cochée sous le bras et la mort dans l’âme. Je n’ai pas vécu tes traumatismes, et je vois un lieu et un rite dont j’ai découvert il n’y a pas si longtemps qu’ils pouvaient encore servir malgré leur relégation dans le fond poussiéreux de la sacristie et durant les grandes fêtes.

Toi, dans les grandes bâtisses de bois et de béton que tu as investies avec ferveur, tu as banni les bancs à prie-Dieu, frissonnant encore des cals aux genoux hérités de l’école des Ursulines . Moi qui aimerais bien m’agenouiller durant la consécration, à la messe, il me faut le faire sur ces fameuses dalles de ciment incrustées de galets chères aux imitateurs de Le Corbusier, mosaïques modernes que je ne comprends pas.

Toi, quand tu entends un chant en latin, tu revis intensément le long ennui de tes dimanches arides, à devoir rester immobile et affamée durant plus d’une heure à écouter un prêtre en chasuble marmonner en te tournant le dos. Moi, quand j’entends certains chants de l’école Gianadda/Akepsimas, je revois les interminables soirées bol-de-riz de carême où l’on m’expliquait que ne pas finir mon assiette serait probablement la cause de la prochaine famine au Sahel.

Toi que ton enfance corsetée a marquée à jamais de la culpabilité liée au plaisir, tu cherches avec frénésie dans le bouddhisme zen et le hata-yoga – issus de cultures pauvres, donc forcément authentiques - de quoi prier avec ton corps. Moi, je découvre avec le sentiment d’avoir été flouée de mon héritage l’intensité toute physique du plain-chant.

En même temps, je te dois beaucoup, ma tante. Grâce à toi, j’ai acquis un solide sens de la fraternité humaine, et encore aujourd’hui cela me nourrit. J’aurais juste voulu entendre parler un peu plus de Dieu avant d’apprendre à Le voir dans mon prochain. Je ne renie pas mon héritage, je réclame juste un droit d’inventaire légitime.

Et je suis un peu étonnée. Toi qui as révolutionné l’éducation afin que mon esprit critique en devienne le centre, toi qui me demandais de penser par moi-même, toi qui as passé ta vie à combattre toute pensée unique ou vécue comme telle, tu t’insurges de ce que je veuille faire le tri dans ce que tu me laisseras. Mais tu sais, ma tante, entonner  « Je crois en Dieu qui chante et qui fait chanter la vie », ça te parlait à toi dont les lendemains seraient forcément à l’unisson. Peut-être ma fille redécouvrira-t-elle avec ravissement la spiritualité que recouvrent ces vers ; moi, à l’heure de la grande crise, de la fin des idéologies et de l’esclavage généralisé à Mammon, j’ai juste envie de dire gravement « Credo in unum Deum ».

Je n’y peux rien, j’ai au moins autant besoin de verticalité que d’horizontalité. De m’agenouiller en recevant la communion que de prendre la main de l’inconnu à côté de moi durant le Notre père

Et ce qui m’agace un tout petit peu, ma chère tante que j’aime, ce qui me chagrine et pour tout dire me préoccupe, c’est que j’ai la nette impression que cela t’est insupportable. Tu constates que l’église de la paroisse est vide de cheveux non gris, mais plutôt que de proposer aux jeunes une nuit d’adoration continue, un kyrie sans djembé ou pourquoi pas un car pour le pélé de Chartres, tu regardes avec un demi-sourire la fraternité Saint Pierre ou la communauté du Verbe de Vie recruter à tour de bras, en disant : « y’en a beaucoup qui entrent, mais beaucoup en sortiront… » Peut-être, je n’en sais rien. Mais si certains quittent ces tribus-là, je ne suis pas sûre que ce soit pour rejoindre ta paroisse, ma tante. Et je te ferai grâce de l’hémorragie de prêtres défroqués dans les années 70-80.

Puisque nous en sommes à nous parler franchement, veux-tu que je te dise ? Tes combats ne sont pas les miens. Tu reçois le bulletin de la Conférence des baptisé-e-s de France ? Moi je me demande ce qui fonde cette association, par ailleurs composée de gens estimables, à parler en mon nom. Parce que je ne comprends même pas leurs revendications. Le mariage des prêtres, le ministère des femmes ? Je ne vois même pas pourquoi il faudrait que je me positionne tant je trouve que le débat n’est pas là. Mais c’est un syndrome de ta génération, ma tante : à force de ne pas vouloir passer, à force de vouloir absolument régler l’ordre et la teneur des débats que l’on peut ou pas avoir, toi qui as décrété que tu serais jeune jusqu’à ta mort, tu verrouilles ce que tu rêves être l’Eglise de demain. Je voudrais que l’Eglise nous donne un grand texte magistériel sur l’Islam? Tu décrètes que l’urgence, c’est d’ordonner les hommes mariés. Je demande à parler liturgie? Tu as décidé que le débat, c’est savoir si Mgr Vingt-Trois est mysogyne, pour une boutade qui franchement ne m’a même pas écorché le lobe de l’oreille.

L’Eglise de demain, elle est bel et bien déjà là. Mais elle n’est pas le grand soir catho que tu attendais. Elle veut du sacré, de la transcendance, parce qu’elle a un vécu différent du tien. Tu peux la traiter de réac, voire de facho – ça s’est vu – mais il serait dommage que, parce que la liturgie m’importe, tu dresses un mur d’incompréhension de plus entre nous. Au ciel, François d’Assise fraternise avec Louis-Marie Grignon de Montfort, Frédéric Ozanam avec Bernadette Soubirous ; l’option préférentielle pour les pauvres a de beaux canonisés, mais la récitation du chapelet aussi ;  on devrait pouvoir, toi et moi, cohabiter, et pourquoi pas prier ensemble.

Je te fais de gros bisous, ma tante. A très vite.

 

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5 mai 2010 3 05 /05 /mai /2010 18:50

Apparition-Medjugorje.jpg

Merci à Edmond Prochain pour le titre ;)

C’est une info qui, sans  passer tout à fait inaperçue, n’a guère provoqué de commentaires dans la presse généraliste. Le 17 mars dernier, le Vatican a confirmé la création d’une commission d’enquête sur les apparitions de Medjugorje. On comprend que l’info n’ait pas, en dehors du cercle assez réduit des pro- et anti-Medjugorje, soulevé l’enthousiasme des foules. Mais la création de cette commission est exemplaire de la façon dont Benoît XVI est décidé à s’attaquer à tout ce qui peut créer le scandale dans l’Eglise. On l’a vu avec la pugnacité dont il a fait preuve dans l’épouvantable dossier des Légionnaires du Christ, même au prix d’une tourmente telle que l’Eglise n’en avait pas connue depuis des années.

Petite parenthèse pour un rappel des faits. En juin 1981, six gamins de la petite ville de Medjugorje vont se cacher pour fumer (ce qu’ils ont reconnu sous serment). A leur retour, ils disent avoir vu une Dame (Gospa en croate). Les franciscains qui tiennent la paroisse les soutiennent. La nouvelle se répand. Les messages de la Dame, qui révèle être la Sainte Vierge, se suivent, bizarres, contradictoires, et pour tout dire bien peu orthodoxes. L’apparition incite en effet à désobéir à l’évêque, demande à ce qu’un chauffeur de taxi jette un mouchoir ensanglanté à la rivière pour éviter la fin du monde, manque faire tomber l’Enfant Jésus, etc. Les voyants se contredisent à maintes reprises. Des religieux qui les entourent sont convaincus de mensonge, voire pire (deux au moins ont eu des enfants). La totalité des mensonges, semi-vérités, bizarreries et bourdes théologiques de la Gospa ne tiendrait pas en 100 pages ; ceux qui veulent aller plus loin, consulteront avec profit l’excellent site de Michel Leblanc Vitam Impadere Vero.

Revenons-en plutôt à la commission, dont on peut consulter la liste exhaustive ici. Pourquoi est-elle exceptionnelle ? Tout d’abord parce qu’en matière d’apparitions, Rome ne se prononce jamais. Ou du moins pas avant l’ordinaire du lieu. En l’espèce, les évêques successifs de Mostar, Mgr Zanič tout d’abord puis son successeur Mgr Perić, ont dénié aux apparitions de la Gospa tout caractère surnaturel.

Ensuite, parce que la composition de cette commission est extrêmement intéressante si l’on y regarde de plus près. Un certain nombre de ses membres, en effet, à commencer par son président, ne croit pas aux apparitions de la Gospa.

Commençons justement par le président, Mgr Camillo Ruini. Cet ancien vicaire de Rome, ex-président de la Conférence ruini.jpgépiscopale italienne, est un fin politique. Estimé de Benoît XVI, il n’avait pas hésité à faire de la CEI une voix importante du débat politique italien. A la retraite depuis peu, il avait à plusieurs reprises manifesté de sérieuses réserves quant à l’authenticité des apparitions de Medjugorje, notamment lorsqu’il avait été chargé par le cardinal Ratzinger de trancher l’affaire de la Madone de Civitavecchia, une statue de la Gospa qui pleurait des larmes de sang. L’évêque du lieu avait alors réuni à la hâte une commission qui s’était prononcée en faveur du constat de supernaturalitate (i.e. « cause surnaturelle ») le 19 avril 1995, par sept voix pour, une voix contre et trois abstentions, dans une ambiance fort œcuménique (le maire communiste de cette petite cité, imaginant déjà les retombées économiques de l’affaire, avait offert de l’argent à l’église locale pour la construction d’une basilique), à peine assombrie par le fait que le sang sur la statue était masculin et que son propriétaire avait fait appel à la Cour constitutionnelle italienne pour s’assurer de son droit à ne pas faire les examens sanguins requis par l’évêque. Ratzinger, alors préfet de la Congrégation pour la doctrine de la foi, avait décidé de casser la décision de supernaturalitate en créant à son tour une commission, présidée déjà par Ruini, qui a conclu à un constat de non-supernaturalitate.

On trouve également dans cette commission le cardinal Angelo Amato. Un autre fidèle de Benoît XVI avec lequel il a travaillé à la Congrégation pour la doctrine de la foi avant de devenir préfet de la Congrégation pour la cause des Saints. Il y remplace depuis 2008 un adversaire déclaré de Medjugorje, le cardinal Saraiva Martins (voir son interview ici), atteint par la limite d’âge. Mgr Amato est lui aussi extrêmement réticent devant les prétendues apparitions. En voici pour preuve l’instruction qu’il a donnée à la Conférence épiscopale de Toscane en 2007, où il invite les évêques toscans à diffuser la position de l’évêque de Mostar.

Parmi les autres cardinaux, le cardinal Julian Herranz, membre de l’Opus Dei, président émérite du Conseil pontifical pour les textes législatifs et président de la Commission disciplinaire de la curie romaine. On sait que l’Opus Dei, comme beaucoup de mouvements classés à droite de l’échiquier romain, n’est pas grandement fan de Medjugorje ; et le fait qu’un spécialiste de la discipline ecclésiastique soit compté dans la commission est assez révélateur. Surtout lorsque l’on sait que plusieurs franciscains proches des voyants, le père Tomislav Vlasic, le père Vego, le père Zovko, le père Prusina, ont été lourdement sanctionnés par l’Eglise ; le père Vlasic, par exemple, a été suspendu a divinis pour hérésie, schisme et actes scandaleux contra sextum (contre le 6e commandement) – en raison de l’enfant qu’il a eu avec une religieuse.

puljic.jpgDu côté des autorités locales, c’est le cardinal Vinko Puljic, archevêque de Sarajevo, président de la Conférence épiscopale de Bosnie-Herzégovine, qui siège à la commission, et non l’évêque de Mostar, Mgr Peric. Cela semble assez malin : le pauvre Mgr Peric a subi tant d’injures de la part des partisans de Medjugorje qu’une décision invalidant les apparitions apparaîtrait aussitôt, s’il était membre de la commission, comme l’œuvre de Satan au sein du Vatican. S'ajoute à ceci un point de droit: il ne peut être à la fois juge et partie. Quant à Mgr Puljic, il s’était plaint en 2004 de ce que les phénomènes de Medjugorje étaient « source de divisions dans l’Eglise » ; s’appuyant sur la décision de la Commission épiscopale bosniaque, qui avait dénié en 1991 tout caractère surnaturel aux apparitions, il affirmait en novembre dernier : « Le problème doctrinal du phénomène de Medjugorje est résolu, mais sa signification pastorale doit encore être pris en compte ».

Deux franciscains dans la commission. C’était incontournable : il est probable que l’affaire Medjugorje n’aurait jamais pris une telle ampleur sans la complicité des franciscains du lieu, en guerre ouverte contre les évêques successifs de Mostar depuis des années. Il faut savoir que la Bosnie a été pour une immense part évangélisée par les disciples de Saint François ; que ceux-ci y sont devenus une véritable élite économique et politique, et que lorsque Rome a nommé pour la première fois, en 1980, un évêque qui n’était pas issu de leurs rangs et qui a eu l’outrecuidance de demander à ce que les paroisses sous contrôle franciscain soient rendues au diocèse, ce fut un tollé et le début d’une guerre de tranchées entre le diocèse et les frères locaux. Les voyants de Medjugorje n’obtenant pas de soutien – bien au contraire – de la part de Mgr Zanic, ils s’allièrent aux franciscains rebelles et l’on vit la Gospa fustiger l’évêque et appeler à la désobéissance. Depuis, de nombreuses sanctions sont tombées sur les frères rebelles ; mais il aurait été de fort mauvaise politique d’écarter l’Ordre des frères mineurs de cette commission. On va voir que le choix des deux franciscains dans cette commission est loin d’être anodin.

  Tout d’abord, le père David Jaeger. Un spécialiste des dossiers ultra-sensibles. De nationalité israélienne, il a suivi pour le Vatican pendant des années le dossier ô combien épineux et complexe de l’application, toujours lettre morte à ce jour, de l’Accord fondamental entre le Saint-Siège et Israël.

Le deuxième franciscain est le père Zdzisław Józef Kijas. Encore un profil intéressant : recteur de l’Université pontificale de Théologie Saint-Bonaventure à Rome, il n’est membre de la Congrégation kijas.jpgpour la Cause des Saints que depuis janvier de cette année. Un mois de janvier riche en événements dans l’affaire qui nous intéresse ;  convocation du Cardinal Schönborn (voir infra) et volte-face aussi  subite qu’étrange du principal thuriféraire de la Gospa, René Laurentin. On peut se demander si cette nomination n’a pas été justement faite en vue de la création de la commission.

On le voit, cette commission ne paraît guère devoir s’occuper du caractère surnaturel ou non des apparitions ; la religion de ses membres semble faite, si j’ose dire. Ajoutez à cela que le pape actuel a lui-même réduit à l’état laïc le père franciscain Vlasic ; que le cardinal Schönborn, après une visite-surprise à Medjugorje, a été convoqué précipitamment à Rome (en général, pour des félicitations, on ne hâte pas les choses ainsi) ; que Benoît XVI alors cardinal Ratzinger, a fermement démenti (voir ici avec photocopie de la lettre originale) les histoires apocryphes qui courent sur une soi-disant vénération par lui-même ou son prédécesseur de la Gospa, et l’on voit que si Benoît XVI est bien décidé à s’attaquer au dossier Medjugorje, ce n’est probablement pas pour reconnaître les apparitions.

Il faut sans doute plutôt y voir la continuation d’une opération de purification d’un Benoît XVI décidément étonnant. Après s’être attaqué au dossier des intégristes, puis des Légionnaires du Christ, le voilà qui continue à lever un à un les dossiers sensibles. Et Dieu sait que celui-ci l’est. Parce que Medjugorje, ce n’est pas uniquement une affaire d’apparitions ou pas. C’est également une affaire de fruits.

« Les fruits de Medjugorje »… L’argument principal des défenseurs des apparitions. Des millions de pèlerins qui se rendent sur les lieux depuis 30 ans. Des conversions, des gens qui retrouvent le chemin de la prière et des sacrements. C’est indéniable. Ces gens-là ont droit à une parole claire de l’Eglise. Cette parole existe, depuis que l’évêque de Mostar suivi par la Conférence des évêques bosniaques a rendu son verdict. Mais les partisans de Medjugorje n’ont cessé de dénigrer ces décisions en arguant que c’était à Rome de trancher, et ils l’ont si bien fait que la voix des évêques locaux est devenue inaudible ou suspecte pour beaucoup. Aujourd’hui, beaucoup de pèlerins sincères sont persuadés que l’Eglise ne s’est pas prononcée. Il fallait donc que Rome se saisisse du dossier pour mettre un terme à la controverse.

Il faut aussi que l’Eglise puisse accompagner en discernement et en vérité les fidèles sur place. Ce qu’elle fait déjà – mais la tâche n’est pas aisée ; là-bas, vous pouvez assister aux « visions » des voyants, puis vous confesser à un prêtre qui pense que ces visions sont une supercherie. Et il y a l’implication d’une partie non négligeable du Renouveau charismatique à Medjugorje - partie totalement absente de la commission vaticane par ailleurs – qui pose un problème supplémentaire : on sait que beaucoup de communautés nouvelles ont le vent en poupe et voient affluer beaucoup de convertis. On le voit, la comparaison avec la gestion du dossier des Légionnaires du Christ (que Joachim Bouflet avait déjà faite)  n’est pas fortuite : un mouvement qui recrute énormément, qui suscite des vocations nombreuses, cela ne vaudrait-il pas la peine de fermer les yeux sur les irrégularités que l’on y constate ?

Et puis il y a tout un volet politique à cette affaire. Quand on sait que les pèlerinages à la Gospa constituent la principale source de devises étrangères de la Bosnie Herzégovine, on comprend pourquoi la commission vaticane comporte autant de diplomates et de fins politiques.

La commission a décidé de prendre son temps. On ne peut que l’en féliciter. Sortir de ce sac de nœuds ne se fera pas en quelques jours. Mais quand même… Quel début de pontificat. Chapeau Benoît XVI.

 

 

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21 mars 2010 7 21 /03 /mars /2010 18:54

medium_Benoit_XVI.jpgLa revue de presse que l’on peut commencer à effectuer sur la réception de la Lettre pastorale de Benoît XVI aux catholiques d’Irlande, en France et en Europe, est assez convenue : la déception est partout. Pédophilie : des victimes irlandaises déçues par la lettre du Pape, titre ainsi France-Info. Le papier de Hervé Amauric reprend les propos de la directrice générale de l’association One in Four, une association d’aide aux victimes d’abus sexuels.  Face à la pédophilie, le pape privilégie les réponses spirituelles, accuse le titre du Monde, avant de livrer un papier de Stéphanie Le Bars en revanche plutôt équilibré. Pédophilie : la lettre du Pape n’a pas calmé les esprits, annonce Euronews. Et les autres journaux de décliner le thème : Pédophilie : les victimes déçues pour le Figaro ; Abus sexuels : les « paroles pieuses » du Pape déçoivent pour le Républicain Lorrain, « Accueil glacial pour la lettre du Pape » pour Vosges Matin. Et les citations de victimes se suivent et se ressemblent : elles sont déçues, choquées, mécontentes, blessées, etc. Tous ces propos ont bien été tenus, pas de doute, on peut le vérifier dans la presse irlandaise. Mais lorsqu’on lit la fameuse lettre (disponible un peu partout, notamment sur le site de la Conférence des évêques de France), on peut s’étonner d’une telle unanimité de réactions et se dire qu’une fois de plus, ce pauvre Benoît a raté son objectif dans les grandes largeurs. Car de deux choses l’une : soit le monde entier d’un côté et les victimes irlandaises de l’autre n’ont pas lu la même missive, soit les choses sont légèrement plus complexes que ne le rapporte la presse française.

En effet, ne sont rapportées par nos journaux (qui se basent tous, peu ou prou, sur la même dépêche de l’AFP) que les réactions négatives des victimes ou de leurs associations. Or, si l’on prend le temps de vérifier toutes les interviews données ici ou là par les représentants de ces associations, la vue d’ensemble est nettement plus nuancée.

Il y a d’abord les victimes qui sont si blessées qu’aucune parole, aucun geste ne peut les apaiser. Comment ne pas les comprendre ? Si mon identité avait été détruite aussi profondément par  des gens qui avaient tout pouvoir sur moi, sans qu’aucune des institutions chargées de me protéger, police, justice, église, n’ait levé le petit doigt pour faire cesser cela, il est probable que je hurlerais également.

 Parmi ces personnes, il y a Christine Buckley, présidente du Aisleen Centre. Avant même la publication de la lettre, elle avait annoncé qu’elle n’attendait rien de celle-ci et que le pape allait certainement donner indirectement des leçons aux victimes ("I'm expecting absolutely nothing... I think it will be a lecture to us, indirectly."). Une fois la lettre parue, elle dit simplement vouloir rencontrer le pape en présence de la nonne qui l’a violentée. "Je veux que celle qui a abusé de moi soit là. Je veux qu'il entende en sa présence ce qu'elle a fait et comment elle a presque détruit ma vie." Elle est citée dans la dépêche AFP qui sert de base à plusieurs commentaires de nos journaux.

Il y a Andrew Madden, qui récuse l’idée même que cette lettre soit le début de quelque processus que ce soit, pour qui ce n’est qu’un moyen de « gagner du temps et de noyer le poisson » (« buying time, moving things out »), et qui appelle à la démission de Benoît XVI.

Il y a Maeve Lewis, de l’association One in Four, très citée dans les journaux français. La teneur de ses propos est correctement traduite dans Vosges Matin (qui s’inspire là encore de l’AFP), nous reprenons donc leur version : « Maeve Lewis relève " l'absence d'excuses, qui est douloureuse à l'extrême" : " Les victimes espéraient une reconnaissance de la manière outrageante dont elles ont été traitées."  " Le pape a manqué une occasion de s'expliquer sur la politique délibérée de l'Église catholique au plus haut niveau pour protéger les délinquants sexuels", a-t-elle accusé, déplorant qu'il " néglige le rôle du Vatican et refuse encore d'admettre l'évidence." »

Il y a Mary Collins, de Dublin, qui déplore que le Pape et la hiérarchie catholique « voient encore tout à travers le droit canon », et qu’elle voulait demander au Pape ce que le droit canonique avait à voir avec  Jésus et l’Eglise qu’il a fondée. « Je voudrais lui demander pourquoi l’Eglise catholique ne peut pas revenir au véritable message évangélique. » Et si elle salue le fait que les instances de l’Eglise se voient ordonner de coopérer , elle regrette qu’il ne soit « aucunement fait mention des directives du Vatican qui auraient couvert les affaires ».

Il y a Paddy Doyle, auteur de The God Squad, qui est dans le même registre en disant que s’il rencontre Benoît XVI, il n’y aura « ni génuflexion ni baiser à l’anneau de Pierre. Cette lettre est insuffisante car le Pape ne plaide pas coupable ».

On perçoit à travers la violence des propos à quel point ces personnes sont brisées, au point d’évoquer une conspiration vaticane du silence. Si elles avaient Dieu sous la main, elles exigeraient sa démission. Et une fois encore, comment ne pas comprendre, comment ne pas brûler de colère et de chagrin avec elles. Là n’est pas la question. En revanche, certaines de ces victimes, et c’est le propre de la douleur, ont une perception de la réalité qui ne correspond pas aux faits. Je pointe là les mots de Maeve Lewis qui dit que la lettre papale ne contient pas d’excuses. Il suffit de la lire pour admettre que ce n’est pas la réalité : « Aux victimes d'abus et à leurs familles, vous avez terriblement souffert et j'en suis vraiment désolé. Je sais que rien ne peut effacer le mal que vous avez supporté. Votre confiance a été trahie, et votre dignité a été violée. Beaucoup d'entre vous, alors que vous étiez suffisamment courageux pour parler de ce qui vous était arrivé, ont fait l'expérience que personne ne vous écoutait. Ceux d'entre vous qui ont subi des abus dans les collèges doivent avoir ressenti qu'il n'y avait pas moyen d'échapper à leur souffrance. Il est compréhensible que vous trouviez difficile de pardonner ou de vous réconcilier avec l'Eglise. En son nom, je vous exprime ouvertement la honte et le remord que nous éprouvons tous. »

Or la dépêche de l’AFP, en citant les propos de Maeve Lewis sans renvoyer au texte du pape, semble accréditer l’idée que la missive papale ne contient pas d’excuses. Mais il y a plus grave, car après tout, le texte de la Lettre du pape est suffisamment diffusé sur Internet pour que l'on puisse se faire sa propre opinion, pourvu que l'on en ait la curiosité bien sûr. 

 

En effet, d’autres victimes ont reçu la lettre différemment. Et de cela, il n’est fait mention nulle part dans la presse française.

Le Dublin Rape Crisis Centre s’est exprimé en ces termes : « Cette lettre est un acte décisif, écrit en toute honnêteté et transparence, qui pourrait rétablir le respect et la bonne volonté du peuple irlandais envers l'église catholique ». Se félicitant de la lettre, ces associations ont déclaré qu’elle contenait des excuses très tardives (mais) extrêmement émouvantes ».

L’ISOCA (Irish Survivors of Child Abuse) a réagi de son côté par la voix de son président, John Kelly, en disant que la lettre contient « une reconnaissance sans ambiguité du fait que l’Eglise catholique irlandaise a péché de la façon la plus grave envers les enfants durant des années » ("an unambiguous acknowledgement that the Irish Catholic church sinned most grievously against the young over many decades").  Dans la dépêche de l’AFP, seules les parties les plus dures envers la lettre de la réaction de Kelly sont mentionnées, pas un mot des paroles que je viens de vous citer.

Patrick Walsh, de ISA (Irish Survivors of Abuse) parle, lui, d’une lettre « sans précédent » qui contient « beaucoup de choses encourageantes » (the letter was "unprecedented" and there was much about it that he found "encouraging"). Il ajoute : « Il y a énormément d'appel à la prière, comme vous l’attendez bien sûr d'un homme dont le fonds de commerce est précisément la prière. Le contexte est bien sûr inapproprié, puisque c’est une lettre pastorale dont les seuls destinataires sont des catholiques pratiquants. Mais je coupe court à tout cela et ce que je vois ici est un document historique très important, sans précédent dans l'histoire du Saint-Siège, absolument sans précédent ».

 

Triste monde que celui dépeint dans nos médias, où les rôles sont distribués une fois pour toutes. Les mots du pape sont forcément insuffisants, les victimes sont forcément déçues. Les rôles sont figés, la nuance n’existe pas. Il y a encore une chose qui m’interroge, dans la façon qu’a eue la presse française de traiter de la lettre de Benoît XVI : c’est la course à l’échalote dans le choix des titres. L’article de Stéphanie Le Bars, dans Le Monde, est tout à fait honnête. Pourquoi dès lors titrer que le pape « privilégie les réponses spirituelles », alors que le corps de l’article nuance de beaucoup les choses ? Le Figaro fait la même chose. Lisez le lien hypertexte qui renvoie à l’article « Pédophilie : les victimes déçues ». Originellement, le titre de cet article était « Pédophilie, les victimes réservées » (http://www.lefigaro.fr/flash-actu/2010/03/20/97001-20100320FILWWW00416-pedophilie-les-victimes-reservees.php). Ça devait manquer de saignant, « réservées ».

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17 mars 2010 3 17 /03 /mars /2010 15:27

cestac10.jpgCette fois, c'est la gloire. C'est bien simple, ma chère grand-mère - que Dieu ait son âme - serait en train d'appeler la terre entière si elle savait que La Vie me cite. Et pas n'importe qui à La Vie: Jean Mercier lui-même. Jean Mercier, dont je lis les papiers dans La Vie depuis des années, qui fait partie de ces gens qui m’ont donné envie de faire du journalisme. Plus encore que les deux à quatre cents visiteurs par jour de ce blog (merci au passage à vous ;)), que la citation dans La Croix, l’interview à Radio Notre-Dame, cette petite citation me comble d’aise. On a les faiblesses qu’on peut.

Parlant de ce blog, Jean Mercier dit « un site très engagé dans la défense de Benoît XVI ». Et j’avoue que ça me fait tout drôle. Suis-je très engagée dans la défense de Benoît XVI ? Honnêtement je ne me suis jamais posé la question, en ces termes en tout cas. Je vais même vous faire un aveu : le jour de l’élection de ce brave Benoît, comme beaucoup de catholiques français, je n’ai pas franchement sauté de joie. Dans les couloirs de la rédaction, j’ai croisé une bénévole, la soixantaine, les larmes aux yeux, qui m’a dit dans un souffle : « C’est pas possible, pas possible… Il n’y a plus de place pour moi dans l’Eglise… » Et sans aller jusqu’à pleurer, les catholiques autour de moi serraient sacrément les fesses. Celui que l’on appelait le Panzerkardinal était pape. Un prêtre ami, que j’aime et respecte énormément, m’a appelée ce soir-là. Et il m’a dit : « Il va falloir s’accrocher désespérément à Jésus-Christ. »

Moi, au milieu de tout ça, je n’en menais pas large. Après Jean-Paul II, Benoît XVI ? Après l’athlète de Dieu, le fonctionnaire du Christ ? « C’est fini, je passe chez les protestants », entendais-je partout autour de moi. Pour ma part, j’ai ravalé ma déception en me disant : après tout, on verra.

Et on a vu. Depuis son élection, on n’a pas arrêté de voir, dirais-je même. Ratisbonne, Recife, l’Afrique, chaque fois qu’une polémique s’éteignait, une autre s’allumait. Dans ce festival de polémiques, j’étais là, derrière mon ordinateur et mon micro. Et très vite, les premiers décalages sont apparus. Entre ce que je lisais des faits et dits du pape dans les journaux, et ce que j’en savais en allant à la source, en lisant simplement les discours de Benoît XVI en entier, en prenant le temps de confronter les sources. Et oui, j’ai vu. J’ai vu deux choses. La première, c’est que les journalistes se divisent en deux camps. Ceux qui ne connaissent pas le catholicisme, et ceux qui le haïssent. Les premiers sont mille fois plus nombreux que les seconds. Et qu’ils appartiennent à la deuxième ou à la première catégorie, ces journalistes plaquent leur grille de lecture sans chercher plus loin. Et c’est vrai qu’en voyant l’océan de bêtises qui se déversait sur Benoît XVI, il a commencé à m’apparaître comme éminemment sympathique, esprit de contradiction aidant.

La deuxième, c’est que, comme le dit si joliment Emmanuel Pic dans son Blog du curé, il y aurait un « livre que nous avons tous envie d'écrire sur l'Eglise et la communication ». J’ai vu l’Eglise s’embourber dans des contradictions de communication qui me font bondir. Des trucs idiots, qui montrent simplement qu’elle ne sait pas faire – même si elle apprend un peu par la force des choses. Dernier exemple en date : les chiffres donnés par le père Federico Lombardi sur les statistiques de la pédophilie en Autriche. Plusieurs agences de presse catholiques, Zenit, Imedia, Apic, etc., ont donné le chiffre de 17 cas de pédophilie par des prêtres pour 510 dans d’autres milieux. Aussi incroyable que cela puisse paraître, le site officiel du Vatican donne, lui 150 cas au lieu de 510. Il y a inversion du 5 et du 1. Lequel des deux se goure ? Impossible de le savoir, malgré les nombreux coups de fil passés à Zenit et ailleurs. Ça ne change pas le fait que les affaires dans l’Eglise sont minoritaires sur l’ensemble des affaires de pédophilie. Mais comment nous, charbonniers de l’info, pouvons-nous travailler correctement si nous n’avons pas des chiffres fiables ?

Alors voilà. Ce blog est né de ce double regard. Un regard qui voyage d’un point à l’autre, comme un nystagmus. Qui voudrait à la fois creuser des sujets que les autres journaux oublient, et reprendre les infos données par ces journaux en faisant le travail qui n’a pas été fait. « Très engagé dans la défense du pape » ? Par la force des choses, oui, ce blog l’est. Mais je n’oublie pas – et je compte sur vous, lecteurs, pour me le rappeler – que je suis journaliste. Et catholique, pas papiste. Si l’établissement de la vérité passe par la défense du pape, soit. Si ce n’est pas le cas, j’espère ne pas devenir apologiste avant d’être journaliste.

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10 mars 2010 3 10 /03 /mars /2010 16:18

1849_-_Karikatur_Die_unartigen_Kinder.jpgLes chiffres sont venus, enfin. Le mastodonte ecclésial a accouché, lundi, de cette statistique : les faits reprochés et avérés en terme de pédophilie à des religieux catholiques en Autriche est de 17 cas pour un total de 127 affaires dans tous les milieux.

Cette information a été reprise dans la presse française sous des titres divers. Le Nouvelobs.com : « Abus sexuels, l’Eglise se défend difficilement », Le Monde utilise des guillemets, La Croix quant à elle publie l’intégralité de la note du père Lombardi, le directeur de la salle de presse du Vatican. Et puis… Et puis c’est tout. En revanche, vos journaux de ces deux derniers jours se gobergent des déclarations de la ministre de la Justice allemande, qui accuse l’Eglise d’étouffer les scandales, ce qui prouve qu’elle aussi a préféré lire Hans Küng que De delictis gravioribus.

Et la valse des calomnies continue. RTL : Abus sexuels, le frère du pape ne SERAIT pas impliqué (on sent là le regret profond de l’auteur de la dépêche) ; on le sait, Georg Ratzinger n’est pas considéré comme suspect par la justice allemande ; mais comme on ne sait jamais, avec les curés, etc., etc.

Au-delà du problème des journalistes cathophobes qui jubilent devant ces affaires (allez faire un tour sur la timeline de Xavier Ternisien, ancien responsable de la rubrique Religions au Monde, sur Twitter, qui balance des blagues dégueulasses avec délectation), et que j'avais déjà relevé pour Sacristains.fr, il y a un vrai problème collectif.  Il faut croire que nous sommes tous amnésiques. Que l’effet sidérant des scandales de pédophilie dans l’Eglise nous fait perdre la mémoire. Qu’aucun d’entre nous n’a lu Charles Dickens, ni entendu parler des méthodes éducatives anglo-saxonnes, ni de la « pédagogie noire » du triste Dr. Schreber. Or, les affaires de pédophilie dans l’Eglise questionnent à mon sens bien plus la façon dont l’enfant est perçu dans nos sociétés que le célibat des prêtres, cette vieille rengaine qu’on nous ressert chaque fois qu’une affaire éclot.

 

Or, et la réaction de la ministre allemande est à ce sujet exemplaire, l’Eglise est devenue un défouloir collectif. Nos sociétés laïcistes, terrorisées à l’idée de se regarder dans le miroir peu flatteur des siècles passés, ont chargé le bouc-Eglise de tous leurs travers et de toutes leurs démissions. Et le danger est grand, qu’en nous focalisant sur les péchés de l’Eglise, nous soyons tentés de refuser de regarder les nôtres. L’affaire des disparues de l’Yonne devrait pourtant nous amener à plus de prudence.

Si vous le voulez bien, laissons là les polémiques et regardons-y d’un peu plus près.

Les faits reprochés à des clercs sont, dans une très grande majorité, prescrits car ils ont eu lieu dans les années 40 à 80. C’est le cas aux Pays-bas, c’est le cas en Allemagne, c’est le cas en Suisse, c’est le cas en Autriche, et pour une part non négligeable c’est vrai en Irlande, où nous reviendrons plus tard. Cela ne rend pas ces crimes moins abominables ; il faut cependant, sous peine de passer à côté de l’affaire, regarder plus large. En effet, plusieurs questions se posent :

-       Si le catholicisme est pédophilogène, pourquoi au Maroc par exemple, les tribunaux jugent-ils chaque année en moyenne 1000 affaires de pédophilie ?, soit 17,1% des affaires de violences sur enfants ?

 

-       Y a-t-il des scandales comparables durant ces années-là dans des institutions non religieuses ?

 

Pour répondre, regardons comment la société occidentale considérait les enfants ces dernières décennies. En 1898, l’ouvrage de référence du Dr Thoinot, Attentats aux mœurs et perversions du sens génital, explique que le viol n’existe pas en-dessous de 6 ans et qu’il est rarissime en-dessous de 10 ans. En 1904, le Parlement fait voter une loi concernant « l’éducation des enfants difficiles et vicieux de l’Assistance publique ». Les faits divers d’abus sur mineurs relevés dans la presse du 20e siècle ne concernent, jusqu’aux années 70 environ, que des filles, jamais des garçons, et le plus souvent c’est le meurtre de la victime qui sert de prétexte à l’article (voir les Cahiers du Journalisme, n°17, été 2007). Pourquoi ? Parce que ça n’intéressait personne. Et il faut attendre 1960 pour qu’un radiologue américain dénonce la maltraitance des enfants en élaborant le tableau clinique de ce qui est communément appelé syndrome de Silvermann.

Entre 1930 et 1970, des centaines de milliers d’enfants, d’origine britannique ou aborigène, ont été  victimes de 6a0120a5a88f9d970b012875aa8ac9970c.pngviolences et de viols dans les foyers publics australiens. Dans les années 1963 à 1982, en France, des centaines d’enfants de l’Assistance publique ont été déportés en métropole par la DDASS de La Réunion, dans le cadre d’un programme « social » porté par Michel Debré, le père de notre Constitution. Ils y ont vécu l’enfer. Et leur recours en justice a été rejeté pour cause de prescription. Pas un de nos braves politiques n'a proposé alors que l'on étende ce délai de prescription.

Entre 1940 et les années soixante, des milliers d’enfants ont été déclarés faussement « malades mentaux » au Québec, arrachés à leurs familles et confiés à des institutions psychiatriques, dont des institutions catholiques. Ces « orphelins de Duplessis » ont subi des horreurs, certains témoignages arguant d’expérimentations médicales.

Et je ne cite pas tout, il y en aurait pour des pages et des pages.

Faut-il rappeler que la Déclaration des droits de l’enfant date de 1989 ? Faut-il rappeler la complaisance extrême de la société française envers la pédophilie, jusque dans les années 1980 ?

L’enfant n’est une personne que depuis fort peu. Il est des sociétés, dans le monde (et revoilà l’exemple marocain) où il n’est toujours pas une personne. L’Eglise catholique était de son temps. C’est dramatique, mais elle est loin d’être seule en cause. Et je salue la volonté de Benoît XVI de faire la lumière sur ces agissements. Et j’attends que la France ait le même courage, et reconnaisse la maltraitance institutionnalisée des pupilles réunionnais.

 

Le cas Irlandais, comme je le soulignais, semble avoir des particularités supplémentaires.Cette permissivité généralisée a de plus bénéficié du fait que les congrégations religieuses en cause fonctionnaient en vase clos. Dans un pays où l’instruction publique avait mis le paquet sur l’école primaire, laissant le secondaire et l’universitaire en jachère, les congrégations qui se sont créées là-bas (Sœurs puis Frères de la présentation, Frères chrétiens) fonctionnaient en autarcie totale. Le premier lien structurel entre les écoles congréganistes et autorités diocésaines ne fut créé qu’en 1965 par une Commission épiscopale de l’enseignement secondaire. Et l’on sait le danger que représente une institution, laïque ou ecclésiale, qui n’a de comptes à rendre à personne.

Comment expliquer, dès lors, que l’Eglise se retrouve seule au ban des accusés ? Sans doute d’abord parce qu’il y a, dans le crime pédophile de la part d’un prêtre, quelque chose de moralement particulièrement odieux. Egalement parce que « la déflagration est à la mesure du refoulement », comme le souligne un psychiatre. Mais aussi parce que nous sommes coincés. Nous avons collectivement pris conscience que l’enfant est une personne avec des droits. Et nous ne cessons de jeter cet enfant en pâture sexuelle (on voit aujourd’hui des gamins de 12 ans porter le baggy à mi-fesses, exposant ainsi leur intimité sans en avoir conscience à des adultes qui eux, en ont conscience). Pris entre notre soif de libéralité sexuelle et l’horreur que nous inspirent ces crimes, nous nous fixons sur la figure du prêtre pédophile, qui dans le même temps fait vœu de chasteté (quelle horreur) et viole les petits enfants (quelle horreur bis).

C’est dommage. Pendant que nous concentrons notre haine sur eux, personne ne réfléchit. Et les affaires de pédophilie ne cessent pas.
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7 mars 2010 7 07 /03 /mars /2010 11:54

kueng-2.jpgParmi les éructations de Hans Küng dans le Monde, le serpent de mer de la lettre adressée par Joseph Ratzinger aux évêques du monde entier, De delictis gravioribus. Cette lettre, selon ce qu'insinue Hans Küng, impose le secret aux victimes, les empêchant de porter plainte. Reprenons les assertions du bonhomme:

"Jusqu'à présent, presque aucun évêque n'a reconnu sa complicité. Pourtant, chacun pourrait arguer qu'il n'a fait que suivre les consignes de Rome. Au Vatican, sur la base du secret le plus absolu, la discrète Congrégation pour la doctrine de la foi a pris en charge tous les cas graves de déviances sexuelles commis par des membres du clergé qui ont, du coup, abouti sur le bureau de son préfet, le cardinal Ratzinger, entre 1981 et 2005. Le 18 mai 2001 encore, ce dernier adressait aux évêques du monde entier une lettre solennelle sur les pénibles manquements ("Epistula de delictis gravioribus"). Les cas d'abus sexuels y étaient placés sous "secret pontifical" ("Secretum pontificium") et classés comme offense relevant d'une punition ecclésiastique."

Pour couper court (si seulement!) aux élucubrations de ceux qui de toute façon haïssent l'Eglise, voici le texte intégral de cette lettre, pour la première fois en français sur Internet, dans une traduction exclusive que vous pourrez vous amuser à vérifier si le coeur vous en dit
auprès du texte latin. Le premier qui trouve en quoi cette lettre interdit  à une victime de porter plainte auprès des juridictions pénales de son pays gagne un Gaffiot.

Lettre de la Congrégation pour la Doctrine de la Foi aux Évêques et aux autres Ordinaires et Hiérarques des Églises catholiques orientales intéressés par les délits (les) plus graves réservés à la Congrégation pour la Doctrine de la Foi


Pour appliquer  la loi ecclésiastique, qui énonce dans l'article 52 de la Constitution Apostolique sur la Curie Romaine que « La Congrégation pour la Doctrine de la Foi instruit les délits contre la foi et également les délits d'une part contre les moeurs, d'autre part commis pendant la célébration des sacrements et qui lui ont été rapportés, et quand c'est nécessaire, procède à la déclaration ou à l'imposition des sanctions canoniques, selon les normes du droit, soit commun, soit particulier », il était en premier lieu nécessaire de définir la façon de procéder au sujet des délits contre la foi, ce qui a été fait selon les normes qui ont reçu le nom de Agendi ratio in doctrinarum examine, ratifiées et confirmées par le Souverain Pontife Jean-Paul II, en même temps que les articles 28-29, approuvés en forme spécifique.


À peu près dans le même temps, la Congrégation pour la Doctrine de la Foi, au moyen d'une Constitution instituée ad hoc, accordait son attention à l'étude attentive du canon concernant les délits, dans le Code de droit canonique ou dans le Code des Canons des Église orientales, pour déterminer «  les délits d'une part contre les moeurs, d'autre part commis pendant la célébration des sacrements », et pour parfaire les normes processuelles spéciales pour « la déclaration ou à l'imposition des sanctions canoniques », parce que l'Instruction Crimen sollicitationis, en vigueur jusque là, éditée par la Suprême Congrégation Sacrée du Saint Office le 16 mars 1962, devait être révisée lors de la promulgation des nouveaux codes qui avaientté promulgués.


 

 


Les délits plus graves, soit dans la célébration des sacrements, soit contre les moeurs, réservés à la Congrégation pour la Doctrine de la Foi, sont:


  1. Les délits contre la sainteté du très auguste sacrifice de l'Eucharistie et sacrement, à savoir

  • Le fait de prendre ou de retenir les espèces sacrées à des fins sacrilèges, ou de les jeter à terre

  • Le fait d'attenter l'action liturgique du Sacrifice de l'eucharistie ou de simuler cette dernière

  • La concélébration interdite du Sacrifice de l'eucharistie avec les ministres des communautés ecclésiales qui n'ont pas la succession apostolique et qui ne reconnaissent pas la dignité sacramentelle de l'ordination sacerdotale

  • La consécration à une fin sacrilège l'une des matières sans l'autre lors d'une célébration eucharistique, ou même des deux en dehors d'une célébration eucharistique

     

  1. Les délits contre la sainteté du sacrement de pénitence, à savoir

    - L'absolution d'un complice du péché contre le sixième commandement du Décalogue

    - Le fait de solliciter en acte soit à l'occasion d'une confession soit sous prétexte d'une confession le péché contre le sixième commandement du Décalogue, si cela est dirigé vers le péché avec le confesseur lui-même

    - La violation directe du sceau sacramentel


  1. Les délits contre les moeurs, à savoir le délit contre le sixième commandement du Décalogue commis par un clerc avec un mineur âgé de moins de dix-huit ans


Seuls ces délits, qui ont été décrits plus haut avec leur définition, sont réservés à la Congrégation pour la Doctrine de la Foi.


Chaque fois qu'un Ordinaire ou un Hiérarque a une connaissance pour le moins vraisemblable d'un délit réservé, après avoir mené une investigation préalable, qu'il la fasse connaître à la Congrégation pour la Doctrine de la Foi qui, si elle ne se réserve pas la cause en raison de circonstances particulières, ordonne à l'Ordinaire ou au Hiérarque de poursuivre la procédure à travers son propre tribunal en transmettant les normes opportunes. Le droit de faire appel de la sentence en première instance, soit de la part de l'accusé soit de la part du représentant de l'accusé soit de la part du Promoteur de Justice demeure valide uniquement auprès du Tribunal Suprême de cette même Congrégation.


Il faut noter qu'une action criminelle au sujet des délits réservés à la Congrégation pour la Doctrine de la Foi est éteinte par une prescription de dix ans. La prescription court selon la norme du droit universel et commun; mais dans le cas d'un délit commis par un clerc sur un mineur, la prescription commence à courir à partir du jour où le mineur a achevé sa dix-huitième année.


Dans les Tribunaux établis par des Ordinaires ou des Hiérarques, seuls des prêtres peuvent validement remplir pour ces procès-ci les charges de Juges, de Promoteurs de Justice, de notaire. Quand le procès devant le tribunal est terminé, de quelque manière que ce soit, tous les actes de la cause doivent être transmis ex officio le plus rapidement possible à la Congrégation pour la Doctrine de la Foi.


Tous les tribunaux de l'Église Latine et des Églises Orientales Catholiques doivent observer les canons au sujet des délits et des peines et aussi au sujet des processus pénaux de leurs Codes respectifs en même temps que les normes spéciales qui doivent être transmises par la Congrégation pour la Doctrine de la Foi pour chaque cas singulier et qui sont à appliquer entièrement.


Les causes de ce genre sont soumises au secret pontifical.


À travers cette lettre, transmise par mandat du Souverain Pontife à tous les évêques de l'Église Catholique, aux supérieurs généraux des instituts religieux cléricaux de droit pontifical et des sociétés de vie apostolique cléricales de droit pontifical, et aux autres Ordinaires et Hiérarques intéressés, il est espéré / souhaité non seulement que de plus graves délits soient entièrement évités mais que surtout les Ordinaires et les Hiérarques accordent un soin pastoral attentionné à s'occuper de la sainteté des clercs et des fidèles même au moyen des sanctions appropriées.


À Rome, du siège de la Congrégation pour la Doctrine de la Foi, le 18 mai 2001,


Joseph, cardinal Ratzinger, préfet

Archévêque Tarcisio Bertone, SDB


Commentaires:

1/ On le voit, cette lettre ne traite pas un instant de la justice pénale laïque, mais de justice ecclésiastique, ce qui est l'apanage de la Commission pour la Doctrine de la Foi.

2/ Cette lettre impose à toutes les parties le secret durant l'instruction devant le tribunal ecclésiastique, et aucunement le fait de ne pas porter plainte devant une juridiction pénale. Faut-il rappeler que le secret de l'instruction est une condition indispensable à la tenue d'une justice sereine?

3/ Je ne puis croire qu'Hans Küng soit si mauvais latiniste qu'il traduise "delictibus gravioribus" par " pénibles manquements", alors que la traduction correcte est "les délits les plus graves". Comment expliquer cette traduction, sinon par une volonté claire d'insinuer que l'Eglise considère la pédophilie comme simplement "pénible"? C'est de la mauvaise foi éhontée.

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