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20 novembre 2010 6 20 /11 /novembre /2010 10:42

Muhammad-Aslam-Khaki-1.jpgAlors que le massacre de chrétiens se poursuit en toute impunité au Pakistan, comme on peut le voir ici, qu’une autre chrétienne, Martha Bibi, attend son jugement, Nystagmus vous propose de faire plus ample connaissance avec un homme particulièrement courageux. Vous vous souvenez peut-être de Mgr Timotheus Nasir, primat presbytérien du Pakistan, qui défend la cause des chrétiens au péril de sa vie. Et ils sont nombreux, parmi les prêtres et les pasteurs chrétiens, à clamer haut et fort que la loi anti-blasphème est une honte. Mais, pourrait-on dire, c’est un peu leur boulot – d’abord parce qu’il est du devoir du chrétien de se dresser contre l’injustice, ensuite et surtout peut-être parce qu’ils sont directement concernés – ce qui n’enlève rien à leur courage bien entendu.

Mais dans ce combat contre l’intégrisme, ils ne sont pas seuls. Des musulmans aussi se battent contre cette loi, et leur combat mérite d’autant plus d’être salué. Laissez-moi vous présenter l’un de ces justes.

Il s’appelle Muhammad Aslam Khaki. Cet été, lors de l’affaire des deux frères chrétiens relaxés dans leur procès pour blasphème et assassinés à la sortie du tribunal, cet influent avocat musulman, professeur d’université, avait déjà protesté vigoureusement contre un tel déni de justice : “Nous condamnons ouvertement la violence. Personne ne peut se faire justice seul : c’est un principe essentiel dans un état de droit. Les deux chrétiens par ailleurs étaient innocents et le tribunal les avait disculpés. Ces évènements sont une atteinte à la loi et au respect des droits de l’homme sur lesquels le Pakistan doit veiller”, avait-il alors déclaré à l’agence Fides, demandant à ce que la loi anti-blasphème soit abrogée.

Cette déclaration, qui lui avait valu bien des menaces, n’était pas la première du genre, loin s’en faut. Et le Dr. Aslam Khaki ne s’en est pas tenu à ces seules déclarations : à plusieurs reprises, il a assuré la défense de chrétiens accusés de blasphème. Sa particularité ? Il est spécialiste de la Charia. Et c’est avec les arguments de la Charia qu’il parvient à faire libérer ceux qu’il défend.

On l’a vu par exemple lors de ce procès où des accusés convaincus d’avoir consommé de l’alcool ont été relaxés en deuxième instance par la Cour islamique, au motif que les 40 coups de fouet auxquels ils étaient condamnés n’étaient pas en conformité avec la loi islamique. Ou encore, lorsqu’il a défendu le droit pour des prisonniers d’obtenir des visites conjugales.

Prisonniers, consommateurs d’alcool, chrétiens, mais aussi hijras, ces eunuques pakistanais, vestiges d’une culture pré-islamique et pauvres parmi les pauvres, puisque aujourd’hui voués à tous les tourments (viols, tabassages, prostitution, etc.) sans que cela ne trouble la majorité. « On m’accuse de protéger la culture gaie, dit-il. Mais je ne fais que protéger ces gens de la culture policière du viol et de la torture. » En décembre 2009, il obtient de la Cour suprême – chose inimaginable dans cette République islamique – qu’elle ordonne au gouvernement de créer un troisième genre pour les hijras sur leurs papiers d’identité, et qu’elle ordonne des mesures de protection concrètes pour eux.  Au-delà de ce symbole, ce coup d’éclat aura permis que les journalistes pakistanais soient désormais à l’affût de toute histoire de viol de hijra, ce qui les protège un minimum, ainsi que M. Aslam Khaki l’explique dans ce saisissant reportage en français.

En 2000, il assure la défense du médecin athée Muhammed Younus Shaikh, qui osa cette déclaration pourtant prudente : « Le Prophète n’a été musulman qu'à partir de 40 ans ». Cette phrase somme toute plutôt banale lui a valu la condamnation à mort. En 2003, la cour suprême finira par l’acquitter ; il s’est depuis exilé en Europe.

En 2003, c’est contre l’instauration de la Charia dans la province frontalière du Nord-Ouest que M. Aslam Khaki se dresse, arguant que les tribunaux de province n’ont pas légitimité pour instaurer une justice différente de l’Etat. Mais son coup d’éclat demeure d’avoir menacé, et l’initiative ne manque ni d’ironie ni de panache, le gouvernement pakistanais lui-même de poursuites pour… blasphème.

L’affaire n’est pas anecdotique et montre bien à quel point le Dr. Aslam Khaki a fait une priorité absolue de la défense des droits fondamentaux de tous. En 2007, le président d’alors, le général Pervez Musharraf, promulgue une Ordonnance de réconciliation nationale (NRO) visant à amnistier ou à exempter de poursuites futures tout fonctionnaire impliqué de près ou de loin dans des affaires de corruption, violences ou même assassinats politiques. Une ordonnance qui protège l’ex-présidente du Pakistan, Bénazir Bhutto, mais également le président actuel, Asif Ali Zardari, et qui est à l’origine d’une crise politique qui perdure encore. Cette ordonnance voulue par le tuteur américain permettait au Pakistan de faire rentrer d’exil Mme Bhutto, de lui permettre de fonder un parti « d’opposition » histoire de faire apparaître le Pakistan comme démocratique, et tout le monde était content : Musharraf restait président, Bhutto pouvait rentrer, et les Américains apparaissaient comme les soutiens d’une véritable démocratie.

Parmi les voix qui se sont élevées contre ce déni absolu de justice, on retrouve donc notre Dr. Aslam Khaki. Et son argument ne manque pas de sel : puisque le Président de la République a osé comparer la NRO à la Constitution de Médine, qui consacra l’alliance du Prophète avec les juifs et les chrétiens, il a blasphémé ; qu’il retire donc la NRO ou bien il sera poursuivi.

 

Muhammad Aslam Khaki n’est pas le seul musulman à lutter, au Pakistan même, contre la loi anti-mohammad-farooq-khanblasphème, même si ceux qui l’accompagnent sont de plus en plus menacés . Le 14 octobre dernier, Mohammad Farooq Khan, psychiatre, vice-chancelier à l’Université islamique de Swat, était assassiné par deux hommes qui se sont fait passer pour des patients. Les autorités chrétiennes du pays ont unanimement salué un « humaniste, un défendeur de la dignité de tout être humain ». Mais il semble que l’affaire d’Asia Bibi (voir note précédente) ait réveillé les consciences : de nouvelles voix s’élèvent, jour après jour, dans la communauté musulmane, pour demander l’abrogation de la loi anti-blasphème et la protection des minorités.

 

DERNIERE MINUTE: on apprend ce samedi à 16h30 heure française sur le blog du British Pakistani Christian Association la libération prochaine d'Asia Bibi. La mobilisation des Pakistanais soucieux de justice et la pression internationale payent!

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11 novembre 2010 4 11 /11 /novembre /2010 18:42

AsiaBibi.jpgPuisque la loi anti-blasphème au Pakistan n’a toujours pas été abrogée, je vous propose de poursuivre la macabre chronique débutée voici quelques mois sur ce blog du décompte des victimes de cette loi.

Voici Asia Bibi, 37 ans. Son mari Ashiq et leurs enfants sont sur la photo un peu plus bas dans ce billet.. Le village où elle vivait, Ittanwali, est un village de 1500 familles dont 3 seulement sont restées chrétiennes – les autres, lassées des persécutions quotidiennes, se sont converties à l’Islam.

Autant dire que la vie est plutôt compliquée pour ces trois familles. Trop peu nombreuses pour fonctionner en ghetto (pardon, en autarcie) comme c’est le cas des communautés chrétiennes plus importantes dans les grandes villes, elles vivent  sans cesse au contact des musulmans avec lesquels cela se passe plus ou moins bien.

Asia, elle, travaille comme beaucoup de femmes du village pour un gros propriétaire terrien, Muhammad Idrees. Et chaque jour, les autres femmes la harcèlent pour qu’elle se convertisse.

Ce jour-là – le 19 juin dernier – la pression se fait particulièrement importante. On demande à Asia d’aller chercher de l’eau, car les travailleuses ont soif. Elle s’exécute, mais quand elle revient une partie de ses collègues refuse de toucher à l’eau qu’elle a rapporté ; eau devenue, selon elles, impure au contact de la chrétienne.

S’ensuit une discussion animée entre les femmes d’une part, et Asia de l’autre. Et devant l’insistance de ses collègues, Asia  finit par dire « Christ had died on the cross for our sins. What Mohammed had done for them ? (« le Christ est mort pour nos péchés, qu’a fait Mahomet pour nous en délivrer? »). La réponse jette les musulmanes dans une colère noire. Elles commencent à tabasser Asia, puis les hommes du village arrivent, l’enferment dans une pièce, vont chercher les autorités religieuses du village et commencent à élaborer une punition pour la blasphématrice : on décide de lui noircir le visage et de la promener au milieu de la foule en colère sur un âne – autant dire la faire lyncher. Selon l’association Release International qui a recensé les témoignages, un groupe d’hommes dont des religieux musulmans l’a violée et a tabassé ses enfants (« a mob formed and Asia was violently abused by Muslim villagers and clerics. Her children were also beaten »).

Alertés par les chrétiens du village, les policiers sont intervenus… pour arrêter Asia, malgré les supplications de sa famille, arguant qu’ils ne pouvaient passer sous silence de si graves accusations de blasphème.   C’est cette plainte qui vaut aujourd’hui à Asia l’honneur d’être la première femme condamnée à mort du Pakistan (sa famille doit par ailleurs s’acquitter d’une amende de 700 livres, c’est-à-dire 2 ans et demi du salaire moyen d’un travailleur pakistanais).AB_Family.jpg

En France, la nouvelle a été relayée par la presse plus que d’habitude. C’est le Figaro qui a ouvert le bal avec cet article de Thomas Vampouille, qui passe sous silence les détails les plus trash mais reste fidèle à la vérité. En revanche,  l’AFP a pris le relais sous l’angle « actualité européenne » puisque le ministre italien des Affaires étrangères, de passage à Islmabad, a plaidé en faveur de la jeune femme. Et le moins que l’on puisse dire, c’est que l’on a l’impression à la lecture de la dépêche que, si la sentence de mort est regrettable, les choses ont été faites dans le respect du droit : « L'affaire remonte à juin 2009, lorsque des femmes, musulmanes, qui travaillaient avec Asia Bibi sont allées voir un responsable religieux en accusant la chrétienne d'avoir blasphémé le prophète Mahomet. Le mollah est ensuite allé voir la police, qui a ouvert une enquête. »

Une version pour le moins édulcorée de l’affaire, vous en conviendrez.

Asia aura-t-elle la chance de Sakineh, d’obtenir une mobilisation internationale ? Probablement pas. On se perd en conjectures sur le pourquoi. Est-ce parce qu’Asia n’est pas adultère, ce qui apparemment semble bien romantique à certains de ses défenseurs (on se souvient du « condamnée parce que vous avez aimé » de Carla Bruni) et que le Pakistan n’est pas le Grand Epouvantail européen, contrairement à l’Iran ? Est-ce parce qu’elle sera pendue et non lapidée, ce qui est moins vendeur, il faut le reconnaître ? Ou est-ce parce que notre capacité d’indignation, à nous autres Occidentaux, nous empêche de compatir à plus de 1000 kilomètres de chez nous ?

Je l’ignore. Mais je rafraîchis régulièrement depuis 48h que la sentence a été prononcée la page d’accueil d’Amnesty International et d’Amnesty France. Toujours rien.

Alors je vous laisse en guise de conclusion cette image, prise ce matin à la marche pour la paix des Chaldéens de Lyon, qui en connaissent eux aussi un rayon en matière de persécutions : une banderole avec ces quelques mots : « Donnez-nous la paix, nous vous donnerons des merveilles ». Puisse ce cri d'espoir des chrétiens persécutés être entendu et Asia rendue aux siens.

chaldeens.JPG

 

 

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22 juillet 2010 4 22 /07 /juillet /2010 00:49

1936Rashid_3.jpg9404. Depuis le 7 juin dernier, jour du lancement de l’opération, nous sommes 9404 personnes en France à nous être intéressées au sort des chrétiens pakistanais, qui vivent sous une menace croissante du fait de la loi anti-blasphème. Une loi qui justifie les progroms de chrétiens, de sikhs, d'ahmadis, bref de tous les non-musulmans. Cela fait en moyenne pas tout à fait 214 personnes par jour. Pas si mal, me direz-vous. Mais les choses sont un peu moins simples. Les premiers jours, les signatures ont afflué : l’Aide à l’Eglise en Détresse a activé ses réseaux, ses donateurs, et les gens ont signé. Mais très vite, le compteur s’est mis à tourner au ralenti. Le 7 juillet dernier à 22h40, il y avait 9113 signatures. Cela fait une vingtaine de personnes par jour depuis deux semaines.

Est-ce à dire qu’en France, il n’y a même pas 10.000 personnes qui se soucient de ce millier de chrétiens emprisonnés, parfois battus ou tués, simplement parce qu’un voisin a assuré les avoir vus déchirer un Coran, ou dire du mal du Prophète ? La loi anti-blasphème est ainsi faite que cela suffit à vous placer en détention. Et c’est ce qui peut vous arriver de moins pire, comme nous le verrons plus bas.

Depuis plusieurs mois, je lis les nouvelles du Pakistan sur l’excellent site d’information des Mission Etrangères de Paris. Et en apprenant, chaque semaine, le cœur serré,  les terribles nouvelles de nos frères pakistanais, je m’interroge. Pourquoi si peu de monde se soucie-t-il du sort des chrétiens pakistanais ? Est-ce une question d’images ? Elles existent pourtant. Et elles sont épouvantables. Peut-être, si vous les voyiez, iriez-vous immédiatement signer la pétition réclamant l’abrogation de la loi anti-blasphème. Laissez-moi vous présenter le visage des derniers martyrs pakistanais.

 

Voici deux frères, Rashid et Sajid. C'est Rashid que l'on voit au début de cet article. Ci-contre, il s'agit672Sajjid 3 de Sajid. Lui et son frère ont été abattus à la sortie du palais de justice alors même qu’il était démontré que  l’accusation de blasphème les concernant avait été montée de toutes pièces. Quelques jours auparavant, des leaders musulmans avaient lancé des appels au meurtre, et des centaines d’émeutiers avaient mis à sac le quartier chrétien de Faisalabad.

Le 20 juin dernier, c’est un chrétien de 73 ans qui s’est retrouvé incarcéré suite à la plainte d’un voisin musulman avec lequel il avait un différend foncier. Il croupit dans sa geôle en attendant le verdict ; rappelons qu’il risque dans le meilleur des cas une amende, et au pire la peine de mort ou la prison à vie.

 

  

Zeeshan Joseph (SLMP's team member) and Kiran in Mayo HospiIl y a eu la terrible histoire de Shazia Shaheen, que vous pouvez relire ici. Mais le 10 mars dernier, c’est une autre petite fille de 10 ans qui est morte brûlée vive, après avoir été « épousée » et convertie de force par un musulman, qui l’a mise enceinte. Kiran George (ci-contre) a eu le courage de s’enfuir pour se mettre sous la protection de la police ; celle-ci a refusé d’enregistrer sa plainte, et il est probable qu’elle a prévenu le « mari » : celui-ci a réagi en la brûlant vive.

 

 

 

Vous en voulez encore ? Voici Arshed Masih. Je laisse la parole à l’agence de presse des MEP, Eglises d’Asie : « Le 23 mars, c’est toute une famille de chrétiens au service d’un riche musulman de Rawalpindi qui a vu sa destinée brisée. Arshed Masih et sa femme Martha travaillaient depuis cinq ans, lui comme chauffeur, elle comme domestique, pour Sheikh Mohammad Sultan. Pour une raison ou une autre, celui-ci a voulu se séparer de ses deux employés et leur aPakistan-Arshed-Masih.jpg demandés de se convertir à l’islam s’ils voulaient rester à son service. Devant le refus d’Arshed Masih et de son épouse, les menaces se sont faites plus pressantes et le couple a été accusé d’avoir volé des objets de valeur. Niant être l’auteur du vol et refusant de céder à la demande de conversion, Arshed Masih a été brûlé vif par son employeur le 19 mars et sa femme violée par des policiers habitant en face du domicile de Mohammad Sultan. Après trois jours d’agonie, Arshed Masih est mort à l’hôpital de la Sainte-Famille à Rawalpindi. Agé de 38 ans, il laisse trois orphelins de 7 à 12 ans qui, semble-t-il, ont assisté au calvaire de leurs parents. »

 

Je m’arrêterai là pour les photos. Et je reste avec mon amertume. Pourquoi seulement 9404 ? Le seul espoir des chrétiens pakistanais, c’est que l’opinion internationale se mobilise pour faire pression sur leur gouvernement afin que cette loi anti-blasphème soit purement et simplement abrogée. Et c’est jouable. Le pouvoir pakistanais est un pouvoir qui ne tient que parce que l’Occident le veut bien. Alors que font Reporters sans frontières, Amnesty International ?Pourquoi n’informent-ils pas l’opinion publique ? Pourquoi l’AED est-elle seule à monter au front ?

Une première recherche sur le site d’Amnesty International m’informe que la recherche Pakistan + blasphème donne 3 résultats. J’apprends donc dans la première dépêche qu’un vieil homme soufi (courant musulman hétérodoxe) a été condamné à mort pour blasphème le 5 septembre 2000. La seconde dépêche m’explique que cinq journalistes ahmadis (autre courant musulman hétérodoxe) ont été poursuivis pour le même chef d’inculpation en avril 1994. Aucune des deux dépêches ne mentionne le sort des autres minorités religieuses, dont les chrétiens. En juillet de la même année, Amnesty publie un rapport sur cette fameuse loi : les chrétiens y figurent (enfin, si j’ose dire) en bonne place. Mais les années passent, la situation empire et les chrétiens semblent disparaître des préoccupations d’AI : plus aucune condamnation de chrétien n’est rapportée sur leur site depuis le 18 juin 2007. Mieux : en août 2009, une nouvelle déclaration publique de l’ONG demande au gouvernement pakistanais de prendre des mesures pour abroger d’ici un an la loi anti-blasphème. Le seul exemple cité est celui des cinq Ahmadis, qui remonte à janvier 2009. Pas un mot de la plainte contre onze chrétiens de juillet de la même année, qui avait déclenché un véritable pogrom dans le village de Bahmani Wala où 112 familles chrétiennes vivaient.

Peut-être aurai-je plus de chance sur le site de Reporters sans frontières. La liberté d’expression, c’est un peu leur truc, non ? Je jette donc un œil. Et là, il m’a fallu, je vous l’avoue, frotter mes yeux plus d’une fois à la lecture du communiqué de RSF. Lisez vous-mêmes :

Dans une résolution adoptée à Strasbourg le jeudi 20 mai 2010, le Parlement européen a demandé au Pakistan de « revoir en profondeur » ses lois sur le blasphème qui ouvrent selon lui la voie à « tous les abus ». […]

Nous saluons bien entendu la démarche du Parlement européen et la légitimité des demandes qu’il adresse au Pakistan. Nous attirons cependant l’attention des parlementaires sur la nécessité de revoir dans le même temps les législations européennes en la matière. Il est peu cohérent de demander à un Etat tiers de revoir en profondeur ses lois sur le blasphème quand on continue à accepter en Irlande l’existence d’une loi instituant le blasphème en délit, puni par des amendes pouvant aller jusqu’à 25 000 euros[…].

D’autres pays européens (Portugal, Danemark et Pologne entre autres) disposent encore de lois similaires qui prescrivent toujours des peines de prison et des amendes importantes. Même si elles ne sont que très rarement appliquées, leur existence constitue une limite à la liberté d’expression, incompatible avec les standards démocratiques européens. Il est impératif que les députés européens prennent position avec la même fermeté pour que ces législations soient définitivement retirées du droit européen. Les résolutions du Parlement sur ce sujet s’en trouveraient considérablement renforcées .

A l’heure où le caricaturiste suédois Lars Vilks ne peut plus faire de conférence sur les possibilités de brocarder les religions sans s’exposer à des agressions et à l’attaque de sa maison par des jets de cocktails Molotov, il nous semble important que le Parlement européen rappelle aux Etats membres que si la Charte des droits fondamentaux garantit dans son article 10 la liberté de culte, elle garantit aussi dans son article 11 la possibilité de critiquer des religions, et par extension le blasphème.

 

J’aimerais bien vous montrer les visages des martyrs irlandais, portugais, danois et polonais, victime de ces épouvantables législations européennes, mais bizarrement j'ai eu toutes les peines du monde à les trouver. Et pour cause.

La loi irlandaise, promulguée en 2010, vise à protéger de « toute publication grossièrement injurieuse et abusive envers les croyances sacrées de toutes les religions, qui causerait un outrage à un nombre conséquent de membres de cette religion, à quelques exceptions près ». N’en déplaise à RSF, tous les pays européens n’ont pas le même rapport à la laïcité que la France. Cette loi visait simplement à étendre aux autres croyances la protection dont jouissait de manière exclusive jusque-là la religion catholique. Même chose au Danemark, où la loi n’a jamais été invoquée. En Pologne, une loi similaire a servi en 2003 pour condamner une « artiste » ayant réalisé un crucifix avec des organes génitaux en son centre, ce qui a lui a valu une notoriété que son talent seul n’aurait jamais permise.

La réaction de RSF est parfaitement indécente. Ecœurante. Et inquiétante. A un degré tel de confusion des genres, que dire ?

La seule chose que l’on peut faire, c’est soutenir les chrétiens du Pakistan en signant l’une des pétitions. Celle de l’AED, ou celle des immigrés chrétiens pakistanais de Grande-Bretagne. Faites circuler l’information par mail, par téléphone, dans vos paroisses, vos immeubles. Il faut que cette loi soit abolie.

Maintenant vous savez.

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28 février 2010 7 28 /02 /février /2010 15:00
Mother and sisters of Shazia 2C’est un cadavre d’enfant comme les journaux nous en donnent à voir des dizaines autour du monde. Le cadavre d’une fillette de 12 ans, corps d’enfant bien plus que d’adolescente, vêtu d’un pantalon de survêtement relevé aux genoux, et d’un pull dont on a remonté les manches et le devant pour exposer le maximum de peau à l’objectif des photographes.


Sur cette peau, des taches sombres de toutes tailles. Selon son beau-père Bashir Masih, ces taches correspondent à « de profondes coupures et une brûlure au fer à repasser  dans le dos ». Son visage gonflé est entouré d’un bandage sommaire qui maintient sa mâchoire brisée. Les plaies sur ses doigts indiquent que ses ongles ont été arrachés. Son bras droit est cassé.


Shaziah (« bonheur » en ourdou) Shaheen, avait, selon les sources, entre 12 et 14 ans. Un détail qui a son importance, car au Pakistan, le travail des enfants est autorisé à partir de 14 ans (15 ans pour les mines et les chemins de fer). Elle était la troisième fille d’une famille catholique de quatre enfants, dans le district de Tehsil Shahkot, non loin de Lahore. Ce sont ses deux sœurs aînées que vous voyez sur la photo, lors des funérailles, entourant sa mère et son beau-père (son père est mort quand elle était toute petite). On aperçoit, à l’avant de la photo, son petit frère de 8 ans.


Comme l’immense majorité des chrétiens pakistanais (1,6% de la population du pays), la famille de Shaziah était très pauvre. Si pauvre, que lorsqu’un certain Amanat se présente à eux et leur fait miroiter son carnet d’adresses, ilsMohammad-Naeem-Chaudhry.jpg décident de lui faire confiance pour trouver à Shaziah un travail décent à Lahore. Leurs espérances se trouvent confortées lorsqu’ils apprennent que Shaziah est embauchée chez un riche avocat, Mohammad Naheem Chaudhry, ancien bâtonnier du barreau de Lahore (photo ci-contre).


Voilà Shaziah domestique, pour un salaire mensuel de 1000 roupies, c’est-à-dire 8 euros, ce qui n'est pas scandaleux au Pakistan. Logée et nourrie, elle reverse son salaire à ses parents. Cela dure huit mois. Puis tout à coup, plus de nouvelles.


La famille, inquiète, se rend sur place s’enquérir de la fillette. Les Chaudhry refusent de les laisser entrer chez eux. Cela dure. Devant l’insistance des parents, ils finissent par les laisser entrer. Shaziah est déjà mourante. Ses parents affolés l’emmènent au Jinnah Hospital aussi vite qu’ils le peuvent. Elle décèdera en route. Nous sommes le 22 janvier 2010.


Devant le chagrin et la colère de la famille, Mohammad Naheem Chaudhry leur offre de l’argent. 20 000 roupies – environ 160 euros – pour leur silence. Les Shaheen refusent. Ils décident de porter plainte.

C’est là que l’affaire se complique.




La police commence par refuser d’enregistrer la plainte
  avant d’y être contrainte par la communauté chrétienne en colère, qui manifeste devant le Parlement du Penjab. Devant la révolte des chrétiens, le président pakistanais ordonne une enquête et débloque 500 000 roupies à titre compensatoire pour la famille Shaheen. Le 24 janvier, Mohammad Naheem Chaudhry, son épouse et son fils, sont arrêtés. La police arrête également Amanat, le trafiquant d’enfants, et découvrent chez lui trois autres esclaves mineurs en cours de revente.


Le 25, les funérailles de la petite fille sont célébrées à la cathédrale du Sacré-Cœur de Lahore, en présence deIMG_5069.JPG plusieurs évêques catholiques et anglicans. Des milliers de fidèles assistent à la cérémonie, encerclés par les forces de l’ordre qui redoutent une explosion populaire.  


Mais l’intérêt
des politiques et des médias retombe rapidement. Très vite, les associations de défense des droits de l’homme qui tentent de trouver un avocat à la famille de Shaziah se voient opposer refus sur refus. Chrétiens ou musulmans, les avocats contactés sont menacés. Personne ne veut de l’affaire.,


C’est dans ces conditions que le PCC, Pakistan Christian Congress, décide de demander à Mgr Timotheus Nasir, un évêque anglican, de conduire la défense de la famille Shaheen.

 


Mgr Timotheus Nasir (voir interview exclusive en fin d'article) est un prélat habitué des cours de justice. Il est le président de l’UPCP (United Presbyterian Church of Pakistan), une église presbytérienne de quelques 100 000 âmes issue d’un schisme d’avec la Communion anglicane. Cet ancien militaire, qui a servi 16 ans dans l’armée pakistanaise en tant qu’officier dans un corps d’élite, évêque du Pakistan d’une union d’Eglises presbytériennes, la Siloam Biblical Christian Churches of Pakistan, dirige le Faith Theological Seminary à Gujranwala. Spécialiste de l’Ancien Testament, de l’histoire de l’Eglise et d’islamologie, intellectuel cultivé, auteur de plus de deux mille articles en anglais et en ourdou, ainsi que d’un New Testament Commentary for Common Reader, c'est aussi un homme dont on ne compte plus les coups d’éclat. En 2000, il est ainsi monté au créneau lorsque Mgr Samuel Azariahs, président de l'Eglise Protestante du Pakistan, a ordonné deux femmes diacres. Il a aussitôt intenté une action en justice devant le tribunal de Lahore, s'appuyant sur le fait que l'ordination des femmes n'est pas autorisée par la Bible, qui, en particulier, contient une injonction de l'apôtre Paul confirmée par l'apôtre Pierre, selon laquelle "les femmes n'ont pas la permission de parler Bishop-20Nasir_resize.jpgdevant les assemblées". Le but de Mgr Nasir : faire condamner  Mgr Azariahs pour infraction à la loi nationale pakistanaise et à la loi biblique. La réponse a été cinglante : le tribunal de Lahore, après examen de l'affaire, a émis un avis d'outrage à la cour.

  -

En 2004, le meurtre d’un chrétien, Samuel Masih[1], par un policier lors de son arrestation pour blasphème (il était accusé d’avoir jeté des ordures sur une dalle où étaient inscrits des versets du Coran) avait provoqué une grande émotion dans la communauté chrétienne pakistanaise. Mgr Nasir avait alors déploré que « le fondamentalisme [ait] altéré l'image du pays en faisant mauvais usage de la loi contre le blasphème. La situation serait meilleure si les mêmes peines étaient appliquées à ceux qui font preuve de manque de respect à l'égard du Christ et des saints chrétiens ».

 Grand amateur de joutes oratoires, il ne rate pas une occasion de se confronter avec des érudits musulmans. Le 7 octobre 1987, à Sialkot, son débat avec le cheikh  sud-africain Ahmad Dedaat, dont il sort triomphant, attise la haine des fondamentalistes. Il reçoit des menaces, ilse fait traiter de menteur et répond: "Si j'ai appris à mentir, c'est des musulmans que je l'ai appris". Cette phrase lui vaut une assignation en justice auprès de la Haute Cour de Karachi, pour "outrage à l'Islam". Mgr Nasir en appelle au Président de la République, au Premier ministre, au ministre des Affaires religieuses. En vain. Il dénonce une volonté de le tuer : « Chacun sait que Karachi est une ville extrêmement dangereuse, et qu’un évêque en soutane ferait une cible idéale pour des "terroristes inconnus". Si je dois mourir, qu’il en soit ainsi ! Je n’ai pas de haine contre les mollahs, ils font leur travail. Mais l’attitude du gouvernement et de la magistrature dans cette affaire prouve qu’ils soutiennent pleinement ces gens-là. »

Lors du procès, où il se présente sans avocat, il renonce solennellement à sa nationalité pakistanaise.

« Je reste un patriote pakistanais. Mais le Pakistan a été dévoyé par des gens qui n’ont eu aucun rôle dans la création de mon pays. Ce n’est plus le Pakistan que j’ai défendu, et auquel j’ai donné les meilleures années de ma vie. L’agressive "théocratie islamique" a fait du Pakistan un pays que  le Père de la Nation Muhammad Ali Jinnah n’a jamais voulu. […]Au Pakistan, les chrétiens, y compris moi, doivent faire face à une haine extrême, à des discriminations religieuses et à une intolérance à tous les niveaux de la société. Il m'est impossible de porter le fardeau de la citoyenneté limitée, estropiée et sans signification de votre Pakistan, [...] un pays dont jadis j'étais fier, [...] c'est pourquoi je me défais de la citoyenneté pakistanaise ».
Finalement, le président Pervez Musharraf intervient et l'affaire est classée.

En mars 2006, à Melbourne (Australie), lors d’une sortie de classe, trois étudiants du East Preston Islamic College sont pris en train d’uriner sur une Bible avant d’y mettre le feu. Mgr Nasir a alors demandé des excuses… du monde musulman tout entier : « Il faut se souvenir de l’émotion qui a gagné les musulmans du monde entier lorsque des profanations du Coran ont été  signalées à Guantanamo en mai 2005 et février 2006.  En revanche, lorsqu’il s’agit de la Sainte Bible, les musulmans considèrent que c’est leur droit d’insulter la foi chrétienne. […] Au Pakistan, les chrétiens, traités d’analphabètes et d’ignorants, sont battus, jetés en prison et condamnés, sur des allégations  de blasphème souvent faibles et sans fondement. […] La profanation de la Sainte Bible en Australie était d’une violence rare, mais aucun pays musulman, aucun leader islamique n’a eu un seul mot pour condamner ce crime haineux contre les chrétiens du monde entier. »

 


C’est cet homme controversé, courageux ou tête brûlée selon ses détracteurs, qui se retrouve à la tête de la défense des Shaheen.


Le 13 février dernier, le tribunal de Lahore
décide de remettre en liberté sous caution Mohammad Naeem Chaudhry, son épouse, son fils et Amanat, le trafiquant d’enfants. Les juges se sont basés sur un rapport d’autopsie rédigé par neuf médecins musulmans, dont les conclusions n’admettent qu’une fort neutre « infection de laPolice-men-are-torchering-the-protesters.jpg peau et un état de malnutrition » en lieu et place des traces de coups et de viol. Mgr Nasir dénonce aussitôt une libération « planifiée à l’avance » : « Tout au long de ces quinze derniers jours, je constate que la coopération, la collaboration et l’harmonie ont été totales entre les avocats, la police, la justice et le gouvernement […] Aucune infection ne peut causer une fracture de la mâchoire et des bras, pas plus que de profondes entailles ou des brûlures au fer à repasser ». L'émotion dans la communauté chrétienne est considérable.


Nous en sommes là. Justice sera-t-elle rendue pour Shaziah Shaheen ? Rien n’est moins sûr. D’autant que le 17 février dernier, un article du Pakistan Christian Post indique que Mgr Nasir a dû jeter l’éponge. Selon le prélat, il a été freiné par le CLAAS (Centre for Legal Aid, Assistance and Settlement, une association d'aide juridique aux chrétiens) dans ses efforts pour mener à bien la défense des Shaheen.  Une version confirmée par Agnes Massey, présidente du chapitre canadien du Pakistan Christian Congress, qui blâme la tiédeur des associations de défense des chrétiens. Il semblerait que certains chrétiens – et comment ne pas les comprendre – redoutent les retombées du procès, une fois les quelques caméras étrangères reparties. Il a été remplacé par un avocat de la Cour suprême, Akbar Durrani, qui avait initialement décliné l’invitation à représenter la famille mais qui aurait changé d’avis. Mais quels que soient les avocats, il n’est pas un seul chrétien, toutes confessions confondues, à croire un seul instant que la justice passera. Laissez-moi vous citer une dépêche d'Eglises d'Asie, datée du 17 février dernier:

"A l’archidiocèse catholique de Lahore, le vicaire général, le P. Andrew Nisari, est allé dans le même sens : « La justice est prise en otage au Pakistan. Il est navrant de voir que ceux-là même qui sont chargés d’assurer la défense des justiciables font bloc pour innocenter l’un des leurs. » Au Conseil national pour le dialogue interreligieux, son directeur, un prêtre capucin, avait organisé un colloque pour dénoncer cette affaire et ce qu’elle recouvre en matière d’exploitation du travail des enfants et de mépris des minorités religieuses. Pour cela, il avait invité un juge à venir témoigner. Mais celui-ci « s’est désisté au motif que Naeem Chaudhry était un camarade de promotion et qu’il ne pouvait pas s’exprimer publiquement à son propos ». « Pour nous, il est évident que justice ne sera pas rendue » dans cette affaire, a conclu le prêtre."

 
Il est probable que la seule chose qui perdurera de la petite Shaziah, ce soient ces quelques photos d’une famille éplorée et d’un petit corps martyrisé sur le blog des émigrés pakistanais en Grande-Bretagne.

 
Mgr Timotheus Nasir : "Priez pour nous"

Interview exclusive réalisée par mail le 28 février.

Mgr Nasir, comment le gouvernement a-t-il réagi à votre volonté de vous défaire de votre nationalité pakistanaise?

A ce jour, je n'ai reçu aucune réponse. Je reste donc un citoyen pakistanais jusqu'à ce que le gouvernement prenne une décision.

Vous avez reçu des menaces suite à votre décision d'aller défendre la famille Shaheen devant le tribunal en tant qu'avocat. Avez-vous peur?
J'en ai reçu, mais ça m'est égal. Je suis un ancien officier, j'ai donc déjà vu la mort de très près. Le jour de ma mort est déjà inscrit dans les cieux, et rien de ce que je pourrais faire n'y changera quelque chose. Je suis toujours menacé par les mollahs qui m'ont traîné en justice en 2006 à Karachi, et maintenant ce sont les assassins de Shazia ou ceux qui les protègent qui me menacent. Mais cela ne m'empêchera pas d'aller devant la Cour.

Pensez-vous qu'une mobilisation internationale pourrait permettre à la justice de passer dans l'affaire de Shazia Shaheen?
Non. Cela peut faire pression sur le gouvernement pakistanais, mais en aucun cas sur les musulmans. De plus, la "justice" est un confort dont nous ne disposons pas au Pakistan.

Que peuvent faire les chrétiens d'Occident pour leurs frères Pakistanais?
Priez pour nous. S'il vous plaît, je vous confie notre communauté et je vous demande de me soutenir par la prière, car je fais de nombreuses choses pour nos frères que je ne peux pas vous dire.


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Marc Fromager, directeur de l'Aide à l'Eglise en Détresse-France:
"La moitié des chrétiens de Karachi a déjà quitté le pays"



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[1] Masih n’est pas un nom de famille. C’est un surnom qui désigne un chrétien de sexe masculin ; c’est pour cela que le beau-père de Shaziah est présenté sous le nom de Bashir Mazih, et que le nom de la petite Shaziah est parfois présenté à la presse comme étant « Shaziah Masih » ou « Shaziah Bashir ».

 

Sources : United Presbyterian Church of Pakistan,  Asianews, Eglises d’Asie, Pakistan Christian Post, British Pakistani Christian Association d'où la plupart des photos sont extraites.

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Published by Nystagmus - dans Pakistan
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