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1 janvier 2011 6 01 /01 /janvier /2011 05:01

le-20milieu.jpgRevoilà le Chafouin qui me taquine sur la question politique qui court de blogs en blogs ces derniers jours: la question du centre. Quand on me demande mes opinions politiques, c'est vrai qu'en général je réponds "centriste". Et ces derniers temps, je me sens très en vogue, surtout quand je vois le nombre de personnalités (en général de droite) qui courent après l'AOC "centre", Villepin n'étant pas, comme le Chafouin le souligne, le moins surprenant. Il semble que l'étiquette de centriste tende à désigner aujourd'hui la droite qui a la trouille de passer pour sarkozyste, comme elle désignait en 2007 bien des déçus du Parti socialiste.

En fait, la bipolarité obligatoire du système politique français m'a toujours beaucoup gênée. Sur quelque sujet que ce soit, j'ai toujours l'impression que la question est mal posée ou de façon incomplète. Que la réalité comporte trois dimensions mais qu'on me propose de voir le monde en deux.

Etudiante, j'ai milité un temps - assez court - dans le grand-parti-de-gauche et j'ai été étonnée de la façon dont on formatait plus qu'on ne formait les militants. Et le fait de me retrouver avec des militants ultralaïcs n'arrangeait rien. Les quelques croyants de la section étaient soient protestants libéraux, soit catholiques honteux ("ah non mais Jean-Paul II, il a rien compris, hein, moi je te parle de Jésus le précurseur de Marx, voire de Proudhon..."). On ne nous apprenait pas à réfléchir; on considérait que puisque nous étions là, c'est que nous étions d'accord avec le Boss (à l'époque, Jospin) et que ce dont nous avions besoin, c'était d'apprendre par coeur un certain nombre de slogans et de réponses. Plus tard, en fréquentant - sans militer cette fois - des militants du grand-parti-de-droite, je me suis rendu compte que c'était encore pire.

Comme Romain Blachier, je crois que le vrai centre, sur l'échiquier politique, n'existe pas. Et ça m'arrange, car je ne suis pas faite pour la politique. Le flou du centre, pour ma part, je le revendique. Je me dis centriste parce que  l'étiquette est suffisamment floue pour que je puisse me sentir à l'aise. La droite sarkozyste me fait frémir parce qu'elle représente pour moi tout ce que la doctrine sociale de l'Eglise vomit: culte du fric-roi, esprit de jouissance, écrasement des plus pauvres, girouette idéologique au gré de ce que l'on pense que pense le peuple. La gauche dont je viens, je ne la reconnais plus: elle est si noyée dans ses querelles de bac à sable qu'on a bien du mal à trouver trace d'un programme, hormis sur les questions sociétales. Et si l'on peut éventuellement admettre que la gauche (et là j'élargis à toute la gauche) prenne le parti des plus pauvres économiques, c'est à l'exclusion des autres fragilités, comme par exemple la fragilité d'éducation avec un système qui a décervelé les gamins à coup d'études de textes de rap. Ajoutez à cela le flirt d'une certaine gauche avec l'extrémisme islamiste, sous prétexte de défense du prolétariat, et vous comprendrez pourquoi le centre, si flou soit-il, me convient parfaitement.

S'il y a bien un événement qui m'a marqué, dans ma vie politique, c'est le référendum européen de 2005. D'abord par la façon dont droite et gauche pro-oui n'ont cessé de m'accuser de crypto-fascisme (ah! l'édito de July au lendemain de la victoire du non!) parce que je votais non. Cela m'a interrogée, d'ailleurs: j'ai longuement regardé dans mon miroir si une mèche et une moustache ne m'auraient pas poussé pendant la nuit, et scrupuleusement vérifié à l'aide d'un nuancier que mes chemises n'avaient pas subitement bruni. Ben non.

Ensuite par le mépris absolu du peuple: puisqu'on te dit qu'il n'y a pas d'alternative, crétin, ben toi et ton vote, retournez au supermarché le dimanche faire ce qu'on attend de vous, c'est-à-dire consommer, et laissez-nous piétiner entre nous la volonté populaire grâce au traité de Lisbonne. Et quand en plus je vois les mêmes grands européens se féliciter de ce que la Chine rachète la dette grecque comme ça on n'a pas à s'embêter avec la solidarité intra-européenne, je me dis que décidément, cette Europe-là n'est plus que la grimaçante caricature du rêve de Schumann.

Sans moi! Disons que je suis centriste, c'est ce qui est le moins faux. Mais je ne crois guère à l'action politique via les partis. Et je crois de plus en plus que le vote n'est qu'un moyen très limité parmi d'autres de faire avancer ce en quoi je crois. Ce qui m'intéresse, c'est de défendre l'humain dans toutes ses dimensions, de sa conception à sa mort, et à chaque étape de sa vie. La question sociale, et les questions sociétales. Deux poumons pour respirer correctement.

 

Et à mon tour, je tague sur cette question Pierre-Baptiste Cordier, Henry le Barde, Thomas More, Le Gambrinus et Lagouelle.

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Published by Nystagmus - dans Politique
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18 février 2010 4 18 /02 /février /2010 12:55
marianneenceinte-large.jpgIl paraîtrait que cette affiche est scandaleuse. C'est du moins l'avis du Parti socialiste, qui lui voit au moins 3 défauts: "politique, démocratique et budgétaire". Il ne sera pas question, dans ce billet, de polémiquer sur la question, judicieusement posée par la gauche, de savoir si cette campagne de publicité pour un emprunt qui n'a pas été encore voté était opportune ou pas. Ni si le fait qu'elle soit vêtue de blanc est un signe de racisme, de monarchisme ou que sais-je encore.

Non, là où je m'étonne, c'est que personne ne réagisse sur le lien qui est fait entre investissement financier et République d'une part, et investissement et grossesse d'autre part. Sur le fond, Marianne enceinte, pourquoi pas? La République, qui éduque, soigne, nourrit, est une sorte de mère. Nous sommes "enfants de la Patrie", etc., etc. Fort bien.

Au passage, cette image a été mal utilisée par le gouvernement. Lui qui s'obstine à vouloir absolument réduire drastiquement la durée du congé parental (par souci hautement féministe bien sûr) aurait dû faire de cette rayonnante jeune femme une allégorie de la femme enceinte partant au turbin, heureuse et fière de s'investir intelligemment dans l'avenir de la France plutôt que de s'engraisser sur le dos de la solidarité nationale au prix exhorbitant de 374,17€ par mois.

Ce qui me titille davantage, c'est autre chose. La collision entre l'image et le slogan, déjà. Voilà notre Marianne transformée en tirelire. Et avec la couleur choisie, je ne peux m'empêcher (mais j'ai mauvais esprit, je le sais) d'y voir un appel à blanchir de l'argent. Ben tiens: l'argent du grand emprunt devrait être prélevé pour partie sur les marchés financiers (22 milliards) et pour partie sur les fonds que les banques ont remboursé à l'Etat après que celui-ci leur ait généreusement offert de quoi recommencer à spéculer sans limites. Un grand emprunt dont les particuliers, c'est-à-dire vous et moi, sont exclus. Il n'a plus grand-chose de national, ce grand emprunt. Ce n'est pas la France qui investit dans son avenir, c'est le grand capital. Bigre. Voilà que Marianne ne symbolise plus le peuple, mais les banques.

Autre chose. Cette publicité capte, et c'est bien le moins que l'on attende de l'exercice, un certain air du temps. Un air du temps où le bébé est un investissement, je dirais même un surinvestissement.
Elle me fait penser, cette pub, au fameux slogan des magasins de puériculture Aubert: "Réussir son bébé". Bien sûr qu'on investit sur son enfant, au sens analytique du terme. Mais l'argent, qu'a-t-il à voir ici?


Enfin, je m'étonne que la gauche, Elisabeth Badinter en tête, n'ait pas crié au scandale à voir une image de femme investissant son avenir dans la maternité. On aurait pu imaginer une Marianne avec un casque de chantier retroussant ses manches par-dessus son sac de blé, un livre dans une main, en bleu de travail. Là, une jeune fille toute mignonne, toute rêveuse, regardant d'un oeil confiant vers la droite (pardon, vers l'avenir), enceinte des banques, attend timidement que ledit avenir arrive.


Le message est assez clair, finalement. Ne vous occupez de rien, bonnes gens, nous travaillons à  la France de demain avec les banquiers. Pas très rassurant.
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Published by Nystagmus - dans Politique
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