L'oeil d'une journaliste catholique dans le tourbillon de l'actu
Cette fois, c'est la gloire. C'est bien simple, ma chère grand-mère - que Dieu ait son âme - serait en train d'appeler la terre entière si elle savait que La Vie me cite. Et pas n'importe qui à La Vie: Jean Mercier lui-même. Jean Mercier, dont je lis les papiers dans La Vie depuis des années, qui fait partie de ces gens qui m’ont donné envie de faire du journalisme. Plus encore que les deux à quatre cents visiteurs par jour de ce blog (merci au passage à vous ;)), que la citation dans La Croix, l’interview à Radio Notre-Dame, cette petite citation me comble d’aise. On a les faiblesses qu’on peut.
Parlant de ce blog, Jean Mercier dit « un site très engagé dans la défense de Benoît XVI ». Et j’avoue que ça me fait tout drôle. Suis-je très engagée dans la défense de Benoît XVI ? Honnêtement je ne me suis jamais posé la question, en ces termes en tout cas. Je vais même vous faire un aveu : le jour de l’élection de ce brave Benoît, comme beaucoup de catholiques français, je n’ai pas franchement sauté de joie. Dans les couloirs de la rédaction, j’ai croisé une bénévole, la soixantaine, les larmes aux yeux, qui m’a dit dans un souffle : « C’est pas possible, pas possible… Il n’y a plus de place pour moi dans l’Eglise… » Et sans aller jusqu’à pleurer, les catholiques autour de moi serraient sacrément les fesses. Celui que l’on appelait le Panzerkardinal était pape. Un prêtre ami, que j’aime et respecte énormément, m’a appelée ce soir-là. Et il m’a dit : « Il va falloir s’accrocher désespérément à Jésus-Christ. »
Moi, au milieu de tout ça, je n’en menais pas large. Après Jean-Paul II, Benoît XVI ? Après l’athlète de Dieu, le fonctionnaire du Christ ? « C’est fini, je passe chez les protestants », entendais-je partout autour de moi. Pour ma part, j’ai ravalé ma déception en me disant : après tout, on verra.
Et on a vu. Depuis son élection, on n’a pas arrêté de voir, dirais-je même. Ratisbonne, Recife, l’Afrique, chaque fois qu’une polémique s’éteignait, une autre s’allumait. Dans ce festival de polémiques, j’étais là, derrière mon ordinateur et mon micro. Et très vite, les premiers décalages sont apparus. Entre ce que je lisais des faits et dits du pape dans les journaux, et ce que j’en savais en allant à la source, en lisant simplement les discours de Benoît XVI en entier, en prenant le temps de confronter les sources. Et oui, j’ai vu. J’ai vu deux choses. La première, c’est que les journalistes se divisent en deux camps. Ceux qui ne connaissent pas le catholicisme, et ceux qui le haïssent. Les premiers sont mille fois plus nombreux que les seconds. Et qu’ils appartiennent à la deuxième ou à la première catégorie, ces journalistes plaquent leur grille de lecture sans chercher plus loin. Et c’est vrai qu’en voyant l’océan de bêtises qui se déversait sur Benoît XVI, il a commencé à m’apparaître comme éminemment sympathique, esprit de contradiction aidant.
La deuxième, c’est que, comme le dit si joliment Emmanuel Pic dans son Blog du curé, il y aurait un « livre que nous avons tous envie d'écrire sur l'Eglise et la communication ». J’ai vu l’Eglise s’embourber dans des contradictions de communication qui me font bondir. Des trucs idiots, qui montrent simplement qu’elle ne sait pas faire – même si elle apprend un peu par la force des choses. Dernier exemple en date : les chiffres donnés par le père Federico Lombardi sur les statistiques de la pédophilie en Autriche. Plusieurs agences de presse catholiques, Zenit, Imedia, Apic, etc., ont donné le chiffre de 17 cas de pédophilie par des prêtres pour 510 dans d’autres milieux. Aussi incroyable que cela puisse paraître, le site officiel du Vatican donne, lui 150 cas au lieu de 510. Il y a inversion du 5 et du 1. Lequel des deux se goure ? Impossible de le savoir, malgré les nombreux coups de fil passés à Zenit et ailleurs. Ça ne change pas le fait que les affaires dans l’Eglise sont minoritaires sur l’ensemble des affaires de pédophilie. Mais comment nous, charbonniers de l’info, pouvons-nous travailler correctement si nous n’avons pas des chiffres fiables ?
Alors voilà. Ce blog est né de ce double regard. Un regard qui voyage d’un point à l’autre, comme un nystagmus. Qui voudrait à la fois creuser des sujets que les autres journaux oublient, et reprendre les infos données par ces journaux en faisant le travail qui n’a pas été fait. « Très engagé dans la défense du pape » ? Par la force des choses, oui, ce blog l’est. Mais je n’oublie pas – et je compte sur vous, lecteurs, pour me le rappeler – que je suis journaliste. Et catholique, pas papiste. Si l’établissement de la vérité passe par la défense du pape, soit. Si ce n’est pas le cas, j’espère ne pas devenir apologiste avant d’être journaliste.