L'oeil d'une journaliste catholique dans le tourbillon de l'actu
La lecture des nouvelles du monde recèle de véritables délices, décidément, ces jours-ci. Voilà-t-il pas en effet que l’AFP nous informe que la commission européenne s’indigne des « tests phallométriques » pratiqués par les autorités tchèquessur certains demandeurs d’asile. Diantre ! me suis-je dit à la lecture de ce titre accrocheur. Ne me dites pas que l’on mesure le kiki des messieurs et que l’on renvoie se faire buter dans leur pays ceux qui n’entrent pas dans la fière norme tchèque. Hé bien… si. Quasi.
Il s’agit en fait, et que le cerveau qui a imaginé cela soit célébré dans les siècles des siècles, de juger de la fiabilité des dires des demandeurs d’asile. Imaginons que vous soyez, au hasard, un Ougandais ou un Iranien homosexuel. Imaginons en outre que, fatigué de risquer la prison ou la mort à cause de votre tendance homophile, vous décidiez de demander l’asile à un pays à la législation plus clémente. Vous voici donc dans un centre de demandeurs d’asile en République tchèque. Vous remplissez des papiers. Arrive un(e) fonctionnaire.
« Pourquoi demandez-vous asile chez nous ? »
- Parce que je suis homosexuel et donc menacé de mort dans mon pays »
- Mmhhh. Très bien, on va vérifier tout ça. »
On vous emmène donc dans une pièce munie d’un écran télé. On vérifie au préalable que le fait d’être entouré de policiers et d’un « sexologue professionnel » ne vous file pas une érection avant même le début du test, petit pervers. On vous demande donc de vous mettre, sinon nu (les sources d’information sont muettes là-dessus) du moins dans une tenue permettant de juger de l’érectilité de votre appendice. Flics et toubibs vaquent dans une ambiance très administrative, chacun à son occupation, les flics à la sécurité, les toubibs à votre virilité.
Sur l’écran de télévision, apparaît alors une séquence de film pornographique hétérosexuel. Votre mission est donc de ne pas bander. J’imagine bien entendu que le « sexologue professionnel » dispose de données précises et objectives sur le temps minimum requis de non-bandaison pour être classé définitivement comme homosexuel devant le spectacle réjouissant d’une demoiselle subissant les assauts de mâles en ayant l’air de trouver ça formidable.
La Commission européenne s’est donc indignée, et je m’indigne avec elle. Car en plus d’être surréalistement irrespectueuse, cette « procédure » est aberrante sur le plan de l’efficacité. Il existe en effet, je sais c’est incroyable, des êtres qui ne sont pas excités, même involontairement, par la pornographie. Il existe aussi, et cela semble difficile à penser pour les auteurs de cette mesure, des gens dont la sexualité ne peut se résumer à une tendance homosexuelle même si cette tendance est principale. Hé oui, la sexualité, c’est beaucoup plus compliqué que de bander ou pas devant un porno. Admettons en outre que vous ne soyez rien qu’un salaud de pauvre venu en Tchéquie pour ne pas crever de faim, pas homo pour deux sous, atteint de priapisme la plupart du temps et que le sexologue vous mette justement votre porno préféré. Sachant qu’on vous observe et que le résultat de ce test suffise à vous renvoyer à votre crevage de faim bien de chez vous, vous banderiez, vous ? Et les lesbiennes, alors ? On fait quoi ? On leur fait compulser le calendrier des Dieux du Stade avant de vérifier le taux hygrométrique dans leur culotte ?
Et pourquoi ne pas pousser le test plus loin? Un film, ça ne remplace pas une professionnelle assermentée, qui jurerait devant le tribunal administratif que non, monsieur le Juge, c'est juré, même mis en bouche, le pénis clandestin n'a pas frémi.
Abjecte mesure qui montre, au-delà du mépris des personnes, à quel point nos pays occidentaux sont démunis et désarmés devant l’afflux de réfugiés. Oui, la Commission européenne a eu la bonne réaction en demandant à la République tchèque de cesser ces pratiques dégradantes.
Une seule chose me titille dans la réaction de porte-parole de la commissaire en charge des affaires intérieures, Michele Cercone, du moins telle que rapportée par l’AFP que je me permets de citer ici : « Les autorités tchèques utilisent ces tests pour vérifier l'homosexualité des demandeurs d'asile en leur projetant des images pornographiques hétérosexuelles, a déploré la Commission.
"Cette pratique suscite des doutes quant à sa conformité avec les articles 4 et 7 de la Charte des droits fondamentaux (de l'UE) qui interdisent la tortures et les traitements dégradants", avertit la Commission. »
On ne sait dans ce contexte si c’est la pornographie qui est « une torture et un traitement dégradant » ou si c’est le fait de faire regarder de la pornographie hétéro à un homo.
Dans le cas de la première interprétation, la prise de conscience de la Commission européenne est un événement sans précédent dans la lutte contre un marché qui est effectivement un marché de la torture et des traitements dégradants, en particulier pour les femmes, et j’attends avec impatience de voir quelles mesures seront prises pour protéger le bétail humain utilisé dans ces productions.
Dans la deuxième interprétation, la Commission s’indigne simplement que l’on ait osé présenter le mauvais produit au consommateur potentiel.
On parie ?