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25 décembre 2012 2 25 /12 /décembre /2012 20:57

GUERNICA-Pablo-Picasso-1937-copie-2.jpgL'église s'est fait belle ce soir. La messe de 18h, dédiée aux familles, fera le plein : ceux qui arrivent vingt minutes avant l'heure pour être bien placés et qui, comme pour un concert, étalement tant qu'ils peuvent leurs manteaux sur trois chaises à la fois pour bien marquer que non, désolé, cherchez ailleurs, il y a des gens qui vont arriver, ils sont juste en train de se garer. Étrange impression d'être dépossédée de mon église, de ma messe, par ces inconnus d'une fois l'an que je ne reverrai pas ici, même si des quelques têtes hebdomadaires que je repère ici ou là, comme moi loin de leur banc habituel, je ne connais au mieux que le prénom. Ça grouille comme dans une adoration des bergers du Tintoret : beaucoup de très jeunes enfants courent et sautent sous le regard blasé des parents, meuglant et brayant autour de la crèche, sous le regard amusé du prêtre. Messe des familles, ce qui veut dire que les enfants participent. On repère déjà les parents qui regardent leur montre en blêmissant de se rendre compte qu'on vient juste de sauter le Kyrie à l'heure où l'on entame normalement l’alléluia, parce qu'il a fallu que les enfants viennent coller l'étoile de leur prénom sur un grand drap bleu. Mais les enfants sont ravis, ils regagnent leurs places comme une nuée de moineaux et petit à petit, tout le monde se détend, comprend que le brouhaha ne cessera pas et que ce n'est pas si grave. Je regarde Petite dernière qui a trouvé un fil par terre, le saisit, le suit et arrive tranquillement sous la guitare du chef de chœur au lutrin. Je me résigne à voir Fiston sautiller pour attraper la lumière rouge au-dessus du tabernacle : le Christ ne risque rien dans sa forteresse de béton, il est placé trop haut, même pour l'énergie débordante du gamin.

 

Rien ne manque, l'équipe d'animation a soigné les choses comme à son habitude. A peine arrivés, les plus sourcilleux ont vérifié que tout était bien en place : Douce Nuit en chant d'entrée, Les Anges dans nos campagnes au Gloria, Il est né le Divin Enfant en chant d'envoi. Les musiciens de la paroisse, têtes chenues ou poupines, soufflent corps et âmes dans leurs instruments. Vu la moyenne d'âge de l'assistance, rajeunie d'une bonne vingtaine d'années sous l'effet des multiples familles avec petits enfants, cette messe ne peut pas être recueillie dans le silence. Mais elle est comme recueillie dans le bruit. Tous ceux qui sont là, fidèles de la première heure et occasionnels du jour, ont fait l'effort de partager leur paroisse et leur rituel avec des inconnus de passage, qui eux-mêmes ont délaissé le confort du réveillon pour quelque chose auquel ils ont envie de croire. On sent le prêtre ému et grave, désireux de faire que cette place du jour se transforme en place pérenne, dans l'homélie où il s'adresse vraiment aux gens. Nous n'entendons qu'un mot sur deux, mais ce n'est pas grave : ce bruit, cette fureur, ces petites voix suraiguës qui réclament à boire, pipi, et le père Noël qui arrive quand, tout cela sonne comme une gigantesque métaphore de nos vies spirituelles, de cette salle commune où il y a si souvent bien peu de place pour le Nouveau-Né. Ici, on se tient les coudes serrés contre les coudes du voisin, on cède sa place à la grand-mère fatiguée, on renonce à suivre la messe pour permettre aux voisins des enfants de le faire. La foule des grands jours nous contraint à faire cette place. Et quand Jésus-Hostie nous rejoint, même ceux qui sont là pour faire plaisir à la famille sont à leur place : ils ont eux aussi déplacé leur désir propre pour faire place à celui d'autrui, ce qui est le commencement même de la foi.

 

Joyeux Noël à tous les lecteurs de ce blog, et que Dieu vous bénisse, vous et ceux que vous aimez !

(Illustration: La Messe de Noël des familles, par Pablo Picasso, 1937)

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Published by Nystagmus - dans Catholicisme
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commentaires

Nicolas 08/01/2013 12:03


Quand à la formule d'envoi, je ne vous en parle même pas


Le prètre : Allez à l'apéritif.


L'assemblée : Nous en prendrons bien deux !

Charles 31/12/2012 12:06


Merci pour ce morceau de vraie vie délicieux. Quand à l'illustration, l'élite et les bien nantis, fidèles lecteurs de Desroges, y auront reconnu l'image illustrant chacun des douze mois de
l'année de l'Almanach , ouvrage posthume de l'ami Pierre.


A la page du mois de Décembre, la légende était ainsi rédigée : "La Nativité (par Picasso) Entre le boeuf et l'âne gris on reconnaît, de g. à d. : Jésus, Marie Curie, Joseph Staline."


 


Le choix de ce tableau est parfaitement éclairé et judicieux, donc.


 


Bonne année à tous.

Nystagmus 31/12/2012 12:14



Merci :)



pomdapi 27/12/2012 09:40


J'ai moi aussi eu cette sensation de ne pas me retrouver chez moi... Eglise bondée. L'évangile raconté et non lu dure 20 minutes et le prêtre enchaîne avec un quart d'heure de commentaires qui
n'apportent rien à ce qui a précédé. Je me réjouis vraiment que les enfants soient accueillis et à cette occasion on tolère un peu d'animation. Mais quand l'ensemble dure pas loin de deux
heures... quand des jeunes parents réclament du pain ou de la brioche pour les enfants à une personne qui distribue la communion... Oui j'ai ressenti un peu d'amertume ; je me suis sentie de trop
dans cette assemblée. Accueilir ceux qui viennent occasionnellement ne peut il se faire qu'au prix de marcher sur les paroissiens ordinaires ? Je rêve d'un accueil mutuel... Joyeux Noël !

Anne-Laure 26/12/2012 23:04


Joyeux Noël en retard, mais ça ne fait rien je reviens de loin (1000 bornes)... Merci pour le partage! A la même heure j'étais dans un village inconnu près de Rivesaltes qui faisait aussi sa
messe à 18h, mais ce n'était pas du tout le "pestacle" comme dans votre article!

Cyril B 26/12/2012 19:14


Dans ma paroisse également c'était Guernica. Pendant la messe, le Père Noël n'avait même pas de hotte ni de barbe. A la place d'un habit rouge, il avait une chasuble blanche. On aurait dit un
prêtre catholique. Rhaa ça m'énerve quand la liturgie n'est pas respectée!


Blague à part, Paris est désert. Donc à la messe de Noël, l'église n'était pas blindée. Pas plus mal, on ne dérangeait personne à prier.

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