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3 juin 2010 4 03 /06 /juin /2010 20:36

l_4afa792944a5456cafa33375572e82f5-copie-3.jpgUltra-Homo vit à Lyon, France, en 2010. Une France qu’il aime et qu’il a bien du mal à reconnaître. Une France qui se sclérose, qui a peur de tout et de tous, où le nombre de jeunes homosexuels qui veulent mourir est de plus en plus grand. A qui la faute ? A l’homophobie, bien sûr.  Certes, de grands pas ont été accomplis ; la pénalisation de l’homophobie fait que les casseurs de pédé se font plus discrets. Mais il existe des bastions de haine anti-gay. Les religions, par exemple. Surtout la catholique. La laïcité, ok, pourquoi pas, mais on voit bien ce que ça donne avec les cathos. Ils lui refusent les sacrements à cause de ce qu’il est, un homosexuel. C’est intolérable. Alors bien sûr, il va dire aux journalistes que s’il a choisi le parvis de la primatiale Saint-Jean pour le kiss-in, c’est parce que c’est un lieu public. Mais avec ses amis, il se marre : ça leur fera les pieds aux cathos ! On verra s’ils restent stoïques, haïssant le péché, aimant le pécheur, comme ils disent… Oui, ce soir il y sera au kiss-in. Bravant les fous de Dieu, pour un monde meilleur.

 

Ultra-Catho vit à Lyon, en France, en 2010. Une France qu’il aime et qu’il a bien du mal à reconnaître. Une France qui a oublié ses racines chrétiennes, qui a peur de tout et de tous, où le nombre d’actes antichrétiens ne cesse d’augmenter. A qui la faute ? A la perte des valeurs, bien sûr. Certes, de grands pas ont été accomplis : de plus en plus de jeunes semblent rejeter le bazar idéologique soixante-huitard et réclamer le retour des vieilles valeurs françaises. Mais il existe  des bastions de haine anti-chrétienne. Les homosexuels, par exemple, surtout les « homosexualistes ». La tolérance, ok, pourquoi pas, mais on voit bien ce que ça donne avec les homos. Ils veulent imposer l’abolition de la différence des sexes à la société. C’est intolérable. Alors, bien, sûr, il va dire aux journalistes que s’il a choisi de défendre le parvis de la Primatiale Saint-Jean, c’est parce que c’est un lieu chrétien. Mais avec ses amis il se marre : ça leur fera les pieds aux homos ! On verra s’ils restent stoïques, tolérance pour tous, comme ils disent… Oui, ce soir il y sera au « kiss-haine ». Bravant les folles dégénérées, pour un monde meilleur.

 

Pensaient-ils vraiment, les catholiques ultras, que le fait de brandir un crucifix devant un militant gay le convertirait illico ? Croyaient-ils réellement, les gays ultras, que venir s’embrasser devant une église fera tomber les écailles des yeux du Pape qui s’empressera de célébrer un mariage homo à Saint-Pierre-de-Rome ?

Le concept d’idiot utile (qu’on appelle également la jonction des extrêmes) est toujours fascinant. Nul doute que le 18 mai dernier, c’est avec la même allégresse, la même odeur de poudre dans les narines, que Ultra-Homo et Ultra-Catho sont partis z’en guerre. Chacun d’eux persuadé de défendre les Vraies Valeurs,  de pourfendre les Vrais Dangers, ceux-qui-sont-à-nos-portes-et-que-nous-sommes-seuls-à voir. Paladins de Tolérance® d’un côté, Chevaliers de Chrétienté® de l’autre. En s’embrassant à pleine bouche devant la cathédrale Saint-Jean, qui en a vu bien d’autres, nul doute que les premiers ne se soient crus à Stonewall, et les seconds, récitant virilement le chapelet, au baptême de Clovis. Nul doute non plus qu’à l’issue de ce désolant face-à-face chacun, quel que soit son camp, est rentré chez lui la conscience nette et le sentiment du devoir accompli en bandoulière, en se disant : « Quand on voit ce qu’on voit, et qu’on entend ce qu’on entend, décidément, on a bien raison de penser ce qu’on pense ».

 

La main sur le cœur, Ultra-Homo le jure : il voulait simplement pouvoir embrasser tranquillement en public. Est-ce sa faute s’il y a justement une cathédrale là où il a innocemment demandé la permission à la Préfecture ? On aurait pu le croire si ç’avait été le cas d’un seul kiss-in. Et puis l’on compte. Un kiss-in à Paris, devant Notre-Dame. Un kiss-in à Lyon, devant Saint-Jean. Et un kiss-in à Metz, devant la cathédrale Saint-Etienne,  ce samedi. Arrêtons de jouer les bécasses : c’est bien l’Eglise catholique qui est visée. Le mouvement LGBT (qui ne représente pas, loin s’en faut, la totalité des homosexuels) flatte ici sa base de gauche anticléricale, au grand dam de certains dont Stéphane Dassé, l’ancien président de Gaylib : « il est impératif de nouer un dialogue avec les responsables religieux. Je reste convaincu qu’il existe des bonnes volontés partout et que la volonté de mieux vivre ensemble fini par l’emporter dès lors que l’on commence à se connaître et à se respecter, même si beaucoup de chemin reste à parcourir […] Je conçois parfaitement qu’il puisse être jouissif d’organiser un kiss-in devant une cathédrale, mais est-ce bien malin et responsable ? On voudrait détourner des Lgbt les catholiques susceptibles de nous aider que l’on ne s’y prendrait pas autrement. Cela n’excuse évidemment pas les violences des extrémistes catholiques aveuglés par leur endoctrinement que je condamne très fermement. »

Côté Ultra-Catho, on récuse bien évidemment toute agressivité. « On ne fait que se défendre, c’est eux qui ont commencé », etc.  Mais sur les vidéos des différentes confrontations, on voit bien la jubilation, l’Ave Maria hurlé à la gueule de l’adversaire, et ce délicieux « Sieg Heil » final dont on proteste côté catho-ultra que c’est le fait d’une minorité non-catholique « qui avait toute sa place dans le rassemblement ».

Je déteste profondément cette affaire de kiss-in. Parce que les méthodes employées d’un côté comme de l’autre puent. Parce qu’il s’agit d’occuper le terrain médiatique, de créer de toutes pièces un affrontement entre deux communautés qui auraient bien besoin de se parler davantage. Il s’agit de vouloir récupérer, d’un côté comme de l’autre, des cardinaux dont par ailleurs on ne se prive pas de dire du mal : Mgr Barbarin à ce titre est exemplaire, qui se voit cloué au pilori par les ultras pour être allé dîner avec  des francs-maçons, les mêmes déformant le sens de ses propos et faisant de son interview au Progrès une incitation à contre-manifester devant Saint-Jean. Et en face, pareil : on somme le cardinal de prendre position [1]immédiatement en désavouant, je cite, « l’absence de condamnation par le Vatican des violences commises contre les personnes homosexuelles et transsexuelles au nom de la religion catholique » (au passage, j’aimerais assez que l’on me cite une ou deux de ces violences « au nom de la religion catholique », mais passons). Le but ultime ? Forcer Mgr Barbarin à faire de la politique, un peu comme quand on essayait de forcer Jésus à se positionner (et lui répondait en dessinant sur le sol)[2]. Et faire en sorte que nul ne puisse à l’avenir se dire homosexuel sans que l’étiquette du mouvement LGBT ne lui colle à la peau, ni catholique sans que l’on y ajoute immédiatement « facho ». En cela, j’ai beaucoup aimé la prise de position courageuse des frères Pouzin, du groupe Glorious, ainsi que celle de Jean-Baptiste Maillard, qui tentent de rappeler quelques évidences. Je rêve que d’autres voix s’élèvent en disant : « Assez de ce cirque ! »

Mais il en faudra plus pour que le cycle commencé s’arrête. On peut s’attendre à un kiss-in tous les samedis devant chaque cathédrale de France.  Ce samedi, c’est Metz. Et tous les diocèses seront touchés. Et l’on verra partout les mêmes agités ravis de trouver en face d’eux le nécessaire ennemi qui valide leur engagement. Et l’amalgame continuera. Les violences aussi.  Avec peut-être – et déjà je sens frissonner de plaisir les deux extrêmes – un ou deux « martyrs ».

Dans une histoire pas si éloignée sur le fond, qui s’est passée dans les eaux territoriales israéliennes, le Pape a déclaré : «  La violence génère un surplus de violence ». Ce serait bien que ceux qui brandissent si haut l’étendard du Vatican devant les militants LGBT fassent un peu plus de cas des paroles prononcées depuis le trône de Pierre.



[1] L’an dernier, alors que les mêmes manifestants pro-LGBT manifestaient devant Saint-Jean, le cardinal avait créé la surprise en invitant ces derniers à discuter. Il faut croire que cela n’a pas plu aux plus extrêmes d’entre eux ; alors qu’un dialogue avait été amorcé, pourquoi tout casser, si ce n’est justement parce qu’un adversaire avec lequel on ne discute pas – un cliché, en somme – est bien plus profitable en termes d’image médiatique qu’un partenaire avec lequel on avance ensemble ?

[2] Selon des sources autorisées, le cardinal Barbarin, à qui l’on rapportait les slogans chantés durant le kiss-in, a validé non sans humour l’un d’eux, hurlé par les pro-LGBT : « Deux planches, trois clous, Il l’a fait, pourquoi pas vous ? » « Celui-ci », a dit le cardinal, « je le valide, c’est le fondement de la foi chrétienne. »

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Published by Nystagmus - dans Société
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Choupinetti 17/10/2010 19:11



Cet article manque cruellement de bon sens. La place des catholiques est clairement dans la cité; quand nos églises sont attaquées (et Dieu sait qu'elles le sont chaque jour), notre place
est devant elles pour les défendre !


Avant de parler de nos "frères homoseuxels" comme le souhaite Glorious en crachant sur les courageux jeunes qui ont défendu Saint Jean; on ferait mieux de se parler entre frères chrétiens.


 


 


 



Frère Jean-Michel Prieur de la Communion Béthanie 25/06/2010 11:40



Et si nous proposions "un autre chemin"...!


Un regard contemplatif sue les personnes homosensibles et transgenres : le Regard du Christ. "Avec le silence du Christ, on peut faire beaucoup d'Espérance." Julien Green.


C'est le modeste chemin de notre Communion Béthanie, en Eglise et au service de notre peuple.


Sortir des simplismes idéologiques qui nous guettent tous et nous ouvrir à la nouveauté de l'Evangile. Et...! sur ce chemin, consentir à toujours commencer!


Merci de prier avec nous et pour nous.


Avec toute mon affection.


Frère Jean-Michel+


Prieur de la Communion Béthanie.


 



Nystagmus 25/06/2010 12:45



Un grand merci de vous manifester ici... Votre communauté est précieuse.


Amicalement



Arnaud 10/06/2010 21:19



 


Juste pour préciser.


( Vous n'êtes pas du tt obligé de répondre ni de même de me "publier".)


Excusez-moi de vous pousser ds vos retranchements mais j'ai la mauvaise manie d'aller trop au fond des choses. Je vous redis sincèrement que cet échange m'a permis d'élargir mon regard sur la
meilleure réponse à apporter à ces provocations. Après, effectivement, ce n'est pas pour cela que nos positions réciproques changeront radicalement. J'aime bcp le dialogue et suis sûr que cela
peut éviter bien des incompréhensions mais je dois avouer que si cela est nécessaire "la défense" est l'ultime recours.


Force m'est également de constater que l'Etat ne fait pas son boulot pour stopper ces outrages. (Désolé pour le "blasphème nazi"...c'était outrage qu'il fallait lire et autodafé en était une
illustration). Pour les évêques, je ne sais pas ce qui a été dit pour St Jean mais mon opinion est que le mieux serait de donner des consignes claires :


- soit on se tait.


- soit on fait autre chose.


Et je respecterai personnellement le choix de l'évêque.


Pour finir. Non je ne prétends pas être le meilleur mais je cherche simplement à être cohérent. C'est tout.


 



Arnaud 10/06/2010 19:39



 


Si donc c'était des outrages nazis (atoudafé par exple) que ce soit sur le parvis ou la place Bellecour et que l'Etat laisserait faire, apparement vous ne réagiriez pas.



Nystagmus 10/06/2010 20:17



Sincèrement, Arnaud, je ne vois pas l'intérêt de poursuivre cette conversation. Vous mélangez absolument tout. Vous vous éloignez du problème concret du kiss-in pour partir dans des
considérations hypothétiques absolument pas claires: des nazis qui commettraient un blasphème (par exemple insulter le Christ), ensuite ce serait un outrage (qui tombe sous le coup de la loi), et
à présent un autodafé (si j'ai bien saisi le terme "atoudafé") que l'Etat laisserait faire (c'est quoi l'Etat dans ce cas là? la justice qui n'appliquerait pas les lois? )


Libre à vous de vouloir absolument camper sur votre point Godwin ; de penser que vous vous montrez meilleur catholique que les évêques concernés par le kiss-in, qui n'ont jamais appelé à
contre-manifester ni même émis la moindre sympathie pour les contre-manifestations; mais cette conversation va s'arrêter là.


Cordialement.



Constance 10/06/2010 12:16



En effet Arnaud, je ne répondais dans mon commentaire, qu'à celui de Polydamas (sans d'ailleurs donner mon avis sur tout cela!)


Et comme le dit si bien Nystagmus, je disais simplement qu'il n'y avait pas de blasphème ;)


Après il y a en effet tout un autre débat -y compris juridique- quand à la protection de l'ordre public, le respect d'autrui et tutti quanti! :)



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